La langue française est riche de vocabulaire, de tournures de phrases, de sophistication. Pourquoi faut il toujours la ratiociner au travers de quelques adjectifs bateaux qui apparaissent inlassablement sur nos bandeaux ou le titre de nos journaux ? Prenons par exemple l’adjectif « surprise ». Il fleurit depuis le dernier remaniement : Jean Castex détient pour le moment le record de ces visites « surprise », au commissariat, chez les pompiers, au chevet de la cathédrale de Nantes. 

Talonné de près désormais par Gerald Darmanin, qui l’a annoncé haut et fort « je ne prends pas de vacances » et qui s’est fendu d’une énième visite surprise ce matin au commissariat de Lille. Tellement surprenante, cette visite, qu’elle est à suivre quasiment en live à la télé.

Mais un troisième concurrent n’a pas dit son dernier mot : Emmanuel Macron lui même qui doit regarder,  avec un mélange de satisfaction, l’hyperactivité de son tandem de droite préféré, et une pointe d’inquiétude. Il ne s’agirait pas que l’on puisse imaginer le chef de l’État se prélassant dans un farniente estival au bord de sa piscine. Il a donc lui aussi passé la vitesse « surprise ». Dîner surprise dans une pizzeria du Lavandou, la même qui avait eu la «  surprise » de la voir l’an dernier, arriver en famille en «  toute simplicité » nous explique les gazettes ! Et une Margarita pour la 4 ! 

Et ce matin, nouvelle visite surprise chez des personnes âgées à Toulon. Avec une mamie qui le couvre de louanges, évidemment et tout cela, sous l’œil des journalistes pas si surpris de la surprise. 

Bref, dans cette course au « plus surprenant que moi tu meurs », nous n’avons pas fini d’aller de surprises en surprises (tant que ça n’est pas de Charybde en Scylla).

Nous aurons l’incroyable surprise de découvrir le président en maillot remontant de la plage, et le premier ministre chez lui à Prades, pour un instant de repos parmi les siens (je fais déjà la légende du grand papier auquel nous aurons forcément droit dans un grand hebdomadaire politico-people).

À dire vrai, ce qui serait une formidable surprise, c’est qu’il n’y en ait pas. Que les dirigeants et les citoyens soient assez sages pour comprendre que chacun a besoin de se reposer de l’autre au moins pendant 15 jours et que si les étés peuvent être meurtriers, comme ça à été le cas pour François Hollande en 2012, ils sont aussi nécessaires à un ressourcement pour chacun de nous.

Ce qui serait une surprise, ce serait qu’on cesse de nous prendre pour des idiots qui ne comprennent pas les grosses ficelles de la communication à outrance. 

Qui peut croire qu’un président ou un premier ministre, quel qu’il soit, ne sont pas sur le qui vive, même en vacances ? Personne hormis quelques esprits querelleurs. Ils sont élus pour ça et, à part dans la caricature extrême et violente qui fut faite de François Hollande ou de Jacques Chirac , les rois fainéants n’existent pas à ce niveau de responsabilités. 

Voici donc un message  de service : reposez-vous et travaillez, même loin de nos yeux. Ne vous inquiétez pas, on ne vous oublie pas. Comment le pourrait on d’ailleurs. Non, vous n’êtes pas obligés de suer sang et eau, dans  des température es caniculaires, de vous déplacer, obligeant ainsi l’armada de l’organisation à suer sang et eau à son tour. Non, ça n’est pas nécessaire de nous envoyer une carte postale surprise par jour. Nous avons déjà tellement de mal à expédier les nôtres. Reposez-vous bien pour bien travailler pour nous dans les mois qui viennent.  Ça, ce serait la bonne surprise de ce nouveau chemin du nouveau monde de la nouvelle ère du nouveau siècle. Merci.

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