Emmanuel Macron, le 14 Juillet 2019 - Capture Nos Lendemains.

Comme dirait l’autre, la roue-tourne tourne. Il y a trois ans (une éternité), les Français avaient dû se passer de leur traditionnel rendez-vous avec le président de la République le 14 juillet.
Fraîchement élu, modestement sacré devant la pyramide du Louvre et animé de la ferme volonté de rompre avec ce que son clan avait appelé « l’ancien monde », Emmanuel Macron, alias Jupiter, alias le « maître des horloges », incarnation quadragénaire du « nouveau monde », avait abandonné le rituel initié par Valéry Giscard d’Estaing en 1978, perpétué par François Mitterrand puis Jacques Chirac, boudé par Nicolas Sarkozy avant d’être remis au goût du jour par François Hollande, et qui conduit le Chef de l’État à se laisser aller à quelques confidences à l’oreille de ses concitoyens via le petit écran à la mi-journée de la Fête nationale.

L’Élysée avait fait savoir fin juin 2017 qu’Emmanuel Macron, qui avait d’abord affirmé qu’il répondrait à des questions d’actualité le 14 juillet, s’affranchirait finalement de l’exercice. Le Palais avait juré au journal « Le Monde » qu’il n’y avait pas de « refus d’obstacle avec la presse » mais que la « pensée complexe » du président se prêtait mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes.
C’était l’époque où la Macronie canal historique, avec Collomb, Castaner, Griveaux, Ndiaye et toute la bande qui avait pris les clefs du camion France sur un malentendu se voyait un avenir radieux, dans le sillage de son chef de file qui s’autorisait tout.

Depuis, le Président n’a pas donné l’impression d’avoir intégré qu’il avait été propulsé au sommet par défaut et non pour son programme. Il a en revanche compris qu’il avait davantage intérêt à utiliser les journalistes qu’à méditer sur leur aptitude à s’adapter à sa « pensée complexe« .
Pour compenser un ancrage défaillant dans les territoires, il n’hésite pas, par exemple, à solliciter l’ensemble de la presse écrite régionale en cas de besoin, comme l’an dernier, à cinq jours des élections européennes, ou plus récemment, pour la mise sur orbite du « nouveau chemin » présidentiel. La méthode fait mouche en termes d’impact, puisque tous les quotidiens des régions sortent le même jour le même article, gommant au passage un pluralisme qui mériterait pourtant plus que jamais de respirer.

L’entretien du Chef de l’État, ce mardi, avec la doublette Salamé-Bouleau, la cinquième apparition présidentielle télévisée depuis le 12 mars après celles des 16 mars, 13 avril et 14 juin, sera le point d’orgue du plan médiatique massif déployé par le Président de la République, au départ un peu dans la confusion, juste après la parution de son interview dans la PQR, avec l’annonce de la démission d’Édouard Philippe, le vendredi 3 juillet au matin. Il y a dix jours seulement. Ressenti : dix mois. C’était sans doute le but, faire oublier l’avant : Benalla, les Gilets jaunes, la gestion calamiteuse des crises, celle du Coronavirus comme les autres.

Depuis le départ d’Édouard Philippe, c’est communication tous azimuts, avec un soin particulier pour le thème sécuritaire. Ça donne le tournis. Dans le désordre et pêle-mêle, Castex et les ministres, Darmanin et Dupond-Moretti à la corde, ont occupé le terrain à : Corbeil-Essonnes, Bayonne, Dijon, Estagel, Bobigny, Les Mureaux, Port-Sainte-Marie, Fresnes, Mérignac, Calais, Épinay, Paris, Cergy, Nice, liste non exhaustive.
Sans compter le séminaire, les plateaux télé et prestations radio des uns et des autres, la palme revenant à Gabriel Attal, porte-parole contraint de tourner à vide et de faire du vent en attendant le discours du boss.

Le nouveau Premier ministre a squatté TF1 le soir même de sa nomination, il a été médiatiquement omniprésent toute la semaine suivante, jusqu’à se propulser en Guyane hier (dimanche) pour une défense expresse de l’action de l’État qui n’a pas convaincu sur place. Yvanne Goua, du collectif Mayouri Santé Guyane, a même mis un carton rouge à Castex. Elle estime « assez désolant que l’État lui-même ne reconnaisse pas ses erreurs ». C’est aussi ce que le Premier ministre a entendu à Dijon, il a fait la sourde oreille.

Bouquet final avant l’entrée en scène de Macron demain, la signature, aujourd’hui, discours de Castex à l’appui (deux, un court et un long, on craque), d’un protocole d’accord dit « historique » pour le Ségur. Un événement en grande pompe, télévisé bien sûr, avec Véran en guest-star, alors que ce dénouement ne fait pas que des heureux puisque six organisations, dont CGT-Santé, SUD santé, Amuf (urgentistes), SNPI (infirmiers), appellent à une journée d’action et à une manifestation à Paris demain.

Jean Castex aura en tout état de cause fait le max côté com, il en aura même fait trop, avec un phrasé entêté et entêtant, pour préparer le terrain au Président. Emmanuel Macron peinera malgré tout à convaincre que son « chemin » est « nouveau » s’il ne range pas la réforme des retraites dans un tiroir pour l’été et l’automne, comme le lui demandent unanimement les partenaires sociaux, sur tous les tons, depuis plusieurs jours. C’est à ça qu’on verra si le Président écoute enfin. Ou toujours pas.

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