Carnaval de Marseille ce dimanche 24 mars 2021 - Capture vidéo France 24.

« Le maître du temps, c’est le virus », a concédé la semaine dernière celui qui préside au destin de la France depuis mai 2017. On peut voir dans cette phrase un aveu d’échec du président de la République. Ou une figure de style qui lui permettrait à l’inverse de se dédouaner. C’est aussi une réponse à ceux et celles qui ont baptisé le quadragénaire « maître des horloges » après de son accession à l’Élysée… alors qu’il n’avait jamais exercé de mandat électoral avant de s’installer au Palais.

Nous l’avons dit souvent ici, se retrouver aux commandes du pays au moment où une pandémie frappe la planète n’est pas un cadeau. Il est par ailleurs plus facile de s’en prendre à la gestion de la crise que d’agir. La protection sanitaire des citoyens fait cependant partie des missions qui incombent au chef de l’État. Il a signé pour. Contrairement aux enseignants soumis au système D et exposés par un ministre de l’Éducation nationale dans le déni sur la contamination en milieu scolaire, même avec le variant. La transparence est venue d’Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique : « L’école est le talon d’Achille assumé du dispositif actuel », a confié le Professeur au JDD. « Avoir un collégien chez soi accroît de 30 % le risque d’infection.» Au moins, c’est dit. Enfin.

Le « freiner sans fermer » appliqué depuis samedi à seize départements laisse la majorité des scientifiques sceptiques. Les plus modérés demandent à voir. Les plus remontés prédisent des lendemains sombres. Rares sont les épidémiologistes à juger les restrictions en vigueur depuis samedi suffisantes pour faire reculer le variant UK désormais dominant en France. Il redoutent presque unanimement que les restrictions s’étendent à d’autres départements puis à l’ensemble du pays.

Dans ce débat, le profane n’a pas son mot à dire. Seul l’avenir apportera une réponse. Le souci présidentiel d’éviter un verrouillage strict a ses bonnes raisons. Le choix de favoriser les activités en extérieur aussi.

Mais au regard des erreurs de l’exécutif depuis le début de la crise sanitaire, ajoutées aux cafouillages répétés, il y a de quoi s’interroger. Jusqu’à présent, le bilan n’est pas reluisant : défaillance du système de surveillance sanitaire, fiasco sur les masques puis sur les tests, déconfinement raté des Français qui, encouragés par le chef de l’État, ont foncé joyeusement vers les « jours heureux » l’été dernier avant de plonger dans la deuxième vague qui a conduit au confinement 2. Démarrage catastrophique de la vaccination.

Que dire du manque d’anticipation du président de la République sur le vaccin. Bien sûr, il n’a pas été le seul à ne pas croire que des antidotes seraient mis au point aussi rapidement, puis à se méfier de Pfizer-BioNtech jusqu’à ce que les données fournies par le laboratoire fassent l’objet d’une publication scientifique. N’aurait-il pas dû, lui, le Président, connaître un peu mieux que ça l’ARN messager, au moins aussi bien que Donald Trump ? Être mieux renseigné que vous et moi (archi perplexe) sur les avancées de la recherche biotechnologique et montrer la voie au lieu de se mettre au diapason des anti-vaxx, pourtant minoritaires ?

Poutine, fort de son Spoutnik V, a annoncé dès le mois d’août la vaccination massive des Russes. On l’a pris pour un mytho. Huit mois plus tard, Angela Merkel s’est dite prête à acheter le vaccin russe s’il est autorisé par l’UE et à faire bande à part pour la commande si nécessaire. Le commissaire européen en charge des vaccins et ancien ministre de l’Économie français, Thierry Breton, a déclaré le lendemain que l’Europe n’aurait « absolument pas besoin » du vaccin russe. « Nous ne manquerons pas de vaccins, ils seront là et très rapidement ». La veille, la présidente de la Commission européenne avait menacé de bloquer les exportations d’AstraZeneca. N’en jetez plus.

Avant de savoir à quelle sauce ils allaient être confinés, les Français ont attendu longtemps, trop longtemps, submergés par une communication gouvernementale omniprésente et porteuse de tout et son contraire. Au bout d’un processus de décision opaque, un seul homme a décidé. 90.000 commerces ont baissé le rideau. La liste peut évoluer, a précisé le ministre en charge : « Si jamais il y a vraiment aberration, c’est possible, on sait jamais ». Oui, c’est possible. L’épisode ridicule de l’attestation en vigueur une journée samedi puis supprimée l’a démontré. Quant aux tergiversations sémantico-politiques autour du mot « confinement », dont le Président ne veut pas mais qui continue à figurer sur les textes officiels, elles sont plutôt inquiétantes, comme le reste, quand on a fini de rire jaune.

Dans cet environnement déjà surréaliste, les images du Carnaval de La Plaine, surnommé « Carnaval de la honte », montrant des centaines de fêtards agglutinés sans masques, et dont certains chantaient leur détestation des forces de l’ordre, ont déclenché une tempête de réactions sur les réseaux sociaux. Le maire de Marseille, Benoit Payan, comme de nombreux élus, s’est mis en colère : « Rien ne justifie qu’on détruise les efforts collectifs pour endiguer le virus ». L’événement a rassemblé six à sept mille personnes dans le quartier de La Plaine, dimanche, refermant une semaine de grand n’importe quoi en France. Martine Vassal, présidente de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence, a fait part de son intention de porter plainte « suite aux dégradations commises » demandant à la mairie de s’associer à elle « dans cette démarche ».

La préfecture du Bouches-du-Rhône a tweeté en live : « Ni déclaration en préfecture, ni masques, ni distanciation physique. Irresponsabilité totale des participants au carnaval de #LaPlaine à #Marseille en pleine crise sanitaire ». Bien vu. Les « Que fait la police ? » en retour n’ont pas manqué. La question reste entière, même si l’on sait que les forces de l’ordre font avant tout ce qu’on leur dit, ou pas, de faire.

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