Photo shapro.net - Creative Commons (CC BY 2.0).

Il y a d’abord le choc, puis la douleur, et enfin la colère. Le coup de massue reçu par les salariés de Bridgestone de Béthune est à la hauteur de la sidération qui a suivi l’annonce de la direction : l’usine de pneumatiques, implantée dans la ville depuis 60 ans, va fermer ses portes en 2021, laissant sur le carreau 863 salariés, dans un bassin d’emploi déjà dévasté. L’entreprise japonaise met en avant le manque de rentabilité de l’unité nordiste et la difficulté sur le marché mondial face à la concurrence asiatique.

Des annonces qui ont provoqué la colère des salariés, mais aussi des élus, Xavier Bertrand en tête. Le Président de la Région des Hauts de France est virulent, parle d’un « assassinat prémédité », évoquant les millions d’euros d’aides dont a bénéficié Bridgestone, ces 10 dernières années, à travers le CICE, le chômage partiel et l’Union Européenne. Une vraie colère du patron de la Région mais qui masque mal l’impuissance des élus, des pouvoirs publics face à ces situations que l’on connaît trop bien et qui se répètent comme une méchante litanie dans ce secteur dévasté.

Souvenons-nous du combat des Conti, une lutte opiniâtre, entêtée et, en Juillet 2016, sept ans après l’annonce de la fermeture, la Cour de Cassation qui a condamné Continental au motif qu’aucun motif économique et aucune cause sérieuse » ne justifiaient la fermeture de l’usine de Clairoix. Souvenons-nous des Michelin ou des Goodyear. Plus largement, ce mauvais film se rejoue inlassablement depuis 20 ans en France, l’un des symboles les plus fort étant Gandrange. Dans le cas de l’usine de Béthune, les accusations pleuvent : mauvaise gestion, manque d’anticipation, de redéploiement, d’investissements. En clair, les élus locaux et les salariés accusent la direction d’avoir littéralement laissé « pourrir » l’usine tout en encaissant les aides publiques, sans jamais avoir accepté d’évoquer les difficultés avec eux. 

Au-delà de Bridgestone, dont les salariés entament à peine le combat pour leur survie, il nous revient de nous interroger à nouveau sur le monde qui vient et de poser des exigences.

Combien de groupes, petits ou grands, prendront le prétexte de la pandémie de Covid-19 pour restructurer, au lieu de tenter de préserver coûte que coûte les emplois ? 

Comment surveillera-t-on, de manière scrupuleuse, l’utilisation des dizaines de milliards qui ont été ou seront injectés dans les entreprises. Les promesses n’engageant que ceux qui les écoutent, la bonne parole de Bruno Le Maire ne peut pas suffire. Quel contrôle sera exercé par l’Etat et par les syndicats pour vérifier que cet argent ne sert pas uniquement à rattraper le temps perdu pour des actionnaires contrariés pendant quelques mois de pandémie ? 

On a le sentiment, lorsque l’on pose ces questions, que l’on est immédiatement disqualifié, renvoyé à un discours révolutionnaire inconscient qui refuserait la loi du marché ! Et bien ça suffit ! La suffisance de tous ceux qui savent n’est pas tolérable dans la période qui vient ! Oui, sans être un marxiste échevelé, il est normal que le fléchage de ces sommes soit contrôlé, que des contreparties fermes soient exigées, que la préservation de l’emploi, des salariés, soit la priorité ! 

Le plan de relance est déjà quasiment tourné vers les entreprises, sans réelles mesures de pouvoir d’achat pour les particuliers. Il n’est donc pas question qu’ils subissent la double peine à travers des licenciements dont ils seront les victimes. 

Le cas Bridgestone nous touche et nous émeut car il préfigure la longue liste des plans sociaux qui vont s’égrener dans les mois qui viennent, le désarroi de ces salariés attachés à leur outil de production, l’angoisse des élus de ces bassins d’emploi qui s’appauvrissent chaque fois qu’un Bridgestone ferme. C’est intolérable et la seule réponse ne peut pas être l’indignation. L’Etat tient les cordons de la bourse et, à ce titre, il doit agir, mettre du rapport de force, et ne pas se contenter de faire comme si.

La fameuse théorie du ruissellement, si chère à Emmanuel Macron, ne fonctionne pas. Avant la covid, elle produisait déjà plus de pauvreté pour les uns et plus d’enrichissement pour les autres. Depuis, l’économie mondiale est à terre et il ne suffit pas de faire des discours faussement volontaristes, sur un mode managerial, pour briser ce cercle infernal. Il faut être audacieux, créatif et ferme. C’est l’heure des travaux pratiques pour le nouveau monde, qui, depuis 3 ans, n’est que la reproduction de l’ancien… oui mais avec un costume neuf. 

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Ce sont les mêmes qui s’indignent devant les caméras et qui derrière signent ou on signé les traités de libre échange.
    Les capitalistes jouent leur partition et c’est leur rôle. Les politiciens font une politique qui les favorisent depuis plus de 30 ans et à chaque fois pleurnichent devant les catastrophes qu’ils ont eux-mêmes faciliter par leur politique. Quelle hypocrisie

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