Bernard Arnault et Donald Trump lors de la visite du président US d'un atelier Louis Vuitton à Rochambeau USA - Photo White House.
Bernard Arnault et Donald Trump lors de la visite du président US d'un atelier Louis Vuitton à Rochambeau USA - Photo White House.

Troisième en début de semaine lors de la publication du classement annuel des plus riches de la planète par Forbes, un frenchie dont le nom est associé à quatre lettres, LVMH, s’est discrètement hissé en deuxième position du classement en temps réel jeudi, passant sous le nez du patron de Tesla, Elon Musk, pour se positionner derrière le champion du monde pour la quatrième année consécutive, Jeff Bezos (192,9 milliards), avant de reculer à nouveau d’un rang. Patron d’un « empire de 70 marques dont Louis Vuitton et Sephora », Bernard Arnault affiche aujourd’hui 168 milliards de dollars. En fin d’après-midi jeudi, il talonnait Musk, (168,9 milliards).

S’il a annoncé une baisse des ventes de ses produits à cause de la pandémie, le plus fortuné des Français a su compenser ces résultats avec des acquisitions saluées par les marchés financiers et qui ont conforté sa position, souligne le magazine. Comme le rachat du joaillier américain Tiffany & Co pour 15,8 milliards de dollars, « la plus grande acquisition de la marque de luxe jamais réalisée » selon Forbes qui évoque également le rachat par la holding familiale de la marque de sandales allemande Birkenstock et une participation de 50% dans Armand de Brignac, « la marque de champagne haut de gamme détenue par le rappeur et homme d’affaires Jay-Z ». Tchin.

Bernard Arnault n’est pas le seul auquel la période de pandémie sourit. Il n’y a jamais eu autant de milliardaires sur la planète : ils sont passés de 660 à 2.755 en un an. On compte 11 % de femmes (328, en hausse de 36 %) dans cet inventaire 2020 de ces humains qui valent plus d’un milliard chacun… et 13.100 milliards collectivement. Même Forbes n’en revient pas et constate : « Les 20 personnes les plus riches de la planète cumulent une fortune globale de 1.747,5 milliards de dollars… Soit une hausse vertigineuse de 62 % en un an !

Ce sont toujours les États-Unis qui abritent le plus de ces richissimes (724), suivis de la Chine (698). Mais celle-ci, avec la nouvelle économie, portée par le numérique, rattrape son retard : 210 nouveaux milliardaires en un an. Pékin en a gagné 33, New York seulement 7.

En France aussi, le coronavirus a changé la donne, faisant grimper le nombre de milliardaires de 39 à 42, dont quatre nouveaux. Tout ce beau monde totalise globalement un peu plus de 510 milliard. Derrière le patron de LVMH, on retrouve ses deux éternels poursuivants. D’abord Françoise Bettencourt-Meyers (L’Oréal), par ailleurs détentrice du titre de femme la plus riche du monde, et qui a selon Forbes « notamment profité de la progression de 62 % du e-commerce dans son groupe ». Puis François Pinault (Kering et Christie’s), fort d’un chiffre d’affaires de 12,6 milliards d’euros. « Malgré une baisse de 15 % de ses ventes ».

Figurent dans le Top 10 tricolore : les frères Alain et Gérard Wertheimer (Chanel/28,8 milliards chacun) ; Emmanuel Besnier (Lactalis/15,9 milliards) ; Patrick Drahi (SFR /9,8 milliards) ; Rodolpe Saadé (CMA-CGM, armateur, 9 milliards) ; Xavier Niel (Free/7,3 milliards) ; Alain Mérieux (bioMérieux/6,8 milliards). La plus jeune de la bande des 42, Marie Besnier Beauvalot (Lactalis), a 40 ans. « Dernière de la fratrie Besnier, elle a également hérité de l’entreprise familiale, dont elle est actionnaire à 20 %, sans responsabilité opérationnelle dans le groupe », détaille Forbes.

Dans la catégorie des petits nouveaux, il en est un qu’on aurait mieux fait de voir venir de loin : Stéphane Bancel, 48 ans, patron de Moderna Therapeutics et ex-PDG de bioMérieux, se place directement 23e, avec 4,3 milliards de dollars. Il possède 8 % du capital de la société américaine de biotechnologie qui a enfanté le vaccin miracle, l’ARN messager.
Les autres entrants : Olivier Pomel (Datadog, société de surveillance du cloud), 34e ; François Feuillet (Trigano, notamment premier constructeur de camping-cars d’Europe), 35e ; Yves-Loïc Martin, 36e, et son frère, Gilles Martin, 24e (Eurofins, groupe de laboratoires d’analyses spécialisé dans l’agroalimentaire, la pharmacie, l’environnement et la biologie médicale).

Ce palmarès confirme que la misère des uns, tous ceux que le virus laisse sur le carreau socialement et économiquement, fait la richesse des autres, ceux qu’il fait prospérer. Il ne faut pas perdre de vue que certaines success stories individuelles d’entrepreneurs ayant le goût du risque, ainsi que de la vista, du flair et de la chance, ont des retombées bénéfiques pour tous : Moderna, antidote inespéré pour des millions de personnes sous la menace sanitaire, l’illustre parfaitement. Mais on sait aussi que certains richissimes ont fait beaucoup moins, parfois rien, pour avoir plus, pour avoir trop.

En France, la crise des Gilets Jaunes a mis au jour avant même la pandémie le ras-le-bol de tous ceux qui constatent que le ruissellement naturel invoqué pour justifier les mesures en faveur de 1 % les plus riches de ce pays est à sec alors que le débit devrait dense. En 2018, le gouvernement, par la voix d’Édouard Philippe, s’était engagé sur le principe d’une loi visant à encadrer l’évasion fiscale. Alors que le décret mettant en œuvre la réforme de l’assurance chômage à compter du 1er juillet a été publié Journal Officiel en mars, on attend toujours qu’un recadrage de la triche légale des Français revendiqués soit gravé dans le marbre.

L’idée est venue d’ailleurs : elle est portée par le programme de relance de Joe Biden aux États-Unis. Le nouveau pensionnaire de la Maison Blanche a besoin d’argent pour financer son plan de reprise stratosphérique. Il veut augmenter le taux d’imposition des sociétés de 21 à 28 % sur le sol américain et doubler la taxation forfaitaire des bénéfices réalisés hors des États-Unis par les multinationales. Dans le collimateur, l’évasion fiscale et les paradis fiscaux. L’instauration d’un seuil minimal de taxation mondial, projet de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), bénéficie désormais du soutien du Président américain et de sa ministre du Trésor : « Ensemble, nous pouvons utiliser un impôt minimum mondial pour nous assurer que l’économie mondiale prospère sur la base de règles du jeu plus équitables en matière d’imposition des sociétés multinationales », a plaidé Janet Yellen. Une ambition partagée par l’économiste en chef du FMI : « Les gouvernements sont confrontés à une évasion fiscale à grande échelle et au transfert d’argent vers les paradis fiscaux, ce qui nous préoccupe beaucoup ».

Un accord sur un taux mondial d’imposition, dont le montant reste à fixer, et qui ciblerait toutes les multinationales du monde y compris les plus rentables, et pas seulement les Gafa, pourrait voir le jour dans les mois qui viennent. L’ONG Tax Justice Network estime à 245 milliards de dollars annuels le montant de l’évasion fiscale imputable aux sociétés géantes et à 182 milliards le magot total placé dans des paradis fiscaux par des particuliers. Au-delà de la satisfaction de façade, le parfum de New Deal nettement perceptible avec les effluves printaniers ne doit pas plaire à tout le monde.

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