200 invités sans masques lors de la cérémonie organisée par Donald Trump dans les jardins de la Maison Blanche le 26 septembre pour officialiser la nomination de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême - Photo White House / Domaine Public.
200 invités sans masques lors de la cérémonie organisée par Donald Trump dans les jardins de la Maison Blanche le 26 septembre pour officialiser la nomination de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême - Photo White House / Domaine Public.

L’hélicoptère Marine One stationné devant la Maison Blanche, attendant Donald Trump pour le conduire à l’hôpital militaire Walter Reed « pour quelques jours ». C’est l’image forte qui aura marqué la soirée des Américains, vendredi, après l’annonce choc, quelques heures plus tôt, des tests positifs du couple présidentiel. 

C’est sur Twitter que le Président des États-Unis a fait savoir que lui-même et son épouse avaient été infectés par le coronavirus. « Ce soir, la première dame et moi-même avons été testés positifs au Covid-19. Nous allons entamer notre quarantaine et le processus de rétablissement immédiatement. Nous nous en sortirons ENSEMBLE ! ».

Rapidement, le réseau social a été inondé de messages de chefs d’État ou opposants politiques, notamment Barack Obama ou Joe Biden, souhaitant à Trump « a speedy recovery », un prompt rétablissement. Pas rancuniers avec celui qui avait eu beaucoup moins d’égards il y a quatre ans vis-à-vis de son adversaire démocrate, Hillary Clinton, atteinte d’une pneumonie. Au milieu des tweets courtois, certains ont tout de même plutôt plaint Melania d’être coincée pour dix jours avec son époux ou ont suggéré à celui-ci de s’injecter du désinfectant, comme il l’avait recommandé il y a quelques semaines aux citoyens américains, avant d’assurer le lendemain, devant le tollé, s’être exprimé de façon « sarcastique ».

Des symptômes légers à l’hospitalisation

Les informations sont actuellement confuses sur l’état de santé réel du président américain, jugé « préoccupant » samedi matin. CNN cite même une source qui évoque des troubles respiratoires et une très grande fatigue. Bien qu’il ait posté une vidéo avant son hospitalisation puis tweeté depuis Walter Reed : « Going welI, I think! Thank you to all. LOVE!!! ». Trump est considéré à haut risque compte tenu de son âge (74 ans) et de sa surcharge pondérale : en juin, il pesait 244 livres (110 kilos) et mesurait 6 pieds 3 pouces (environ 1 m 90), ce qui lui donne un indice de masse corporelle de 30,5, soit une légère obésité.

Plus tôt dans la matinée, deux sources « familières » avaient indiqué sous couvert d’anonymat qu’il avait une fièvre légère, une toux et une congestion nasale. Selon des officiels cités par le journaliste de CNN Jim Acosta, Donald Trump était fatigué, mais son état ne se détériorait pas. Il prend la situation « très au sérieux ». Il était temps. Des experts médicaux et de la sécurité nationale ont soulevé des questions sur le calendrier de l’infection, du diagnostic et du traitement du Président, certains notant des incohérences.

En début de journée vendredi, le médecin de la Maison Blanche avait fait savoir via un communique que Donald Trump allait bien, qu’il y resterait pendant sa convalescence, qu’il continuerait à assumer ses fonctions et ferait l’objet d’une « veille vigilante ».  À ce stade, le Président présentait officiellement des symptômes légers.

Anticorps de synthèse et Remdesivir

Quelques heures plus tard, Sean Conley a annoncé par un nouveau communiqué que Trump avait reçu une injection de huit milligrammes (la dose maxi) d’un cocktail expérimental d’anticorps développé par la société de biotechnologie Regeneron, le REGN-COV2, qui a donné des résultats préliminaires encourageants lors d’essais cliniques menés sur 275 patients. Une nouvelle accueillie avec surprise par certains médecins, comme Gilbert Deray : « L’administration d’un cocktail d’anticorps dont on ne connaît pas l’efficacité et la tolérance est étrange. Ce n’est pas un traitement que l’on administre pour un patient qui va bien ». Le professeur Peter Horby, l’Université d’Oxford, co-chercheur en chef de l’essai Recovery a déclaré samedi à la BBC que depuis le week-end dernier le traitement était utilisé dans « environ trois » hôpitaux du nord de l’Angleterre qu’il serait déployé dans 30 à 40 hôpitaux la semaine prochaine.

Dans la soirée, alors que le Président avait été transféré à Walter Reed, Sean Conley a publié un nouveau communiqué : « Ce soir, je suis heureux d’annoncer que le président se porte très bien. Il ne nécessite aucun supplément d’oxygène, mais en consultation avec des spécialistes, nous avons choisi d’initier un traitement par Remdesivir. Il a terminé ses premiers essais et se repose confortablement ».

Donald Trump avait déclaré jeudi soir qu’il prévoyait de se mettre en quarantaine après l’infection d’une de ses plus proches collaboratrices, Hope Hicks, qui a voyagé avec lui à plusieurs reprises récemment, l’a accompagné lors du premier débat à Cleveland mardi, et a été vue à bord de Marine One avec plusieurs autres des plus proches collaborateurs de Trump : Jared Kushner (testé négatif ainsi que son épouse Ivanka Trump), Dan Scavino et Nicholas Luna. Aucun d’entre eux ne portait des masques, relate CNN. Selon Kaitlan Collins, correspondant de la chaîne, un petit groupe de responsables de la Maison Blanche savait dès jeudi matin que Hope Hicks avait contracté Covid-19, mais Trump s’est tout de même rendu dans le New Jersey pour une collecte de fonds. Compte tenu de la légèreté avec laquelle les trumpistes considèrent les mesures barrières et notamment le port du masque, les infections pourraient fleurir.

200 invités sans masques à Rose Garden le 26 septembre

La Maison Blanche a précisé dans l’après-midi de vendredi qu’elle effectuait une recherche des contacts sur les personnes qui ont croisé Trump et Hicks. Ça fait du monde. Les annonces de résultats positifs et négatifs se sont succédé durant toute la journée. Le fils du président, Eric, sa femme Lara et Barron, 14 ans, fils du couple présidentiel, ont été testés négatifs. Dès samedi matin, les noms de personnalités infectées et qui ont fréquenté la Maison Blanche ont commencé à pleuvoir.

Huit cas d’infection pourraient être liés à la cérémonie organisée… le 26 septembre au Rose Garden de la Maison Blanche pour fêter la candidature de Amy Coney Barrett (testée négative) à la Cour suprême. La plupart des 200 invités ne portaient pas de masques et n’ont pas respecté les règles de distanciation sociale, en particulier lors du cocktail qui a suivi. Outre les sénateurs Thom Tillis et Mike Lee, testés positifs, six autres sénateurs républicains étaient présents à l’événement. Le président de l’université Notre-Dame et au moins un journaliste sont également infectés. C’est aussi le cas de l’ex-conseillère de Trump, Kellyanne Conway, dont le mari s’est fâché tout rouge, mettant en cause la cérémonie, photos à l’appui. Le directeur de campagne de Trump, Bill Stepien, a également été diagnostiqué positif. Mike Pence a été testé négatif vendredi, mais il devra subir un nouveau dépistage.

À un mois jours d’une élection présidentielle déjà incertaine, l’infection du président américain signifie l’arrêt de sa campagne. Il devait partir en Floride pour tenir un meeting, qui bien sûr a été annulé. L’évolution de sa covid-19 va être déterminante, dans un contexte déjà extrêmement tendu. Négatif, Joe Biden a maintenu un déplacement dans le Michigan vendredi soir. « J’espère que cela servira de rappel : portez un masque, maintenez la distanciation physique, et lavez-vous les mains », a déclaré le candidat. Lors du débat de Cleveland, Trump s’était une fois de plus moqué de son adversaire démocrate en raison des précautions qu’il prenait face au virus. Le SARS-Cov-2 s’est chargé de lui clouer le bec.

Avant lui, Boris Johnson et Jair Bolsonaro, qui eux aussi ont méprisé le virus et sous-estimé sa virulence, ont fait les frais de leur inconséquence. Le PM britannique, partisan de l’immunité collective et du serrage de mains avant de contracter la bestiole le 27 mars, avait tout de même été placé une semaine en soins intensifs et avait eu besoin de deux semaines de convalescence. Il avait changé de stratégie après avoir été malade. Au contraire, le président brésilien, âgé de 65 ans, a gardé le cap après avoir été infecté, malgré les plus de 145.000 morts dans le pays. L’un comme l’autre ont curieusement tiré profit de leur infection en termes de popularité.

Pence et Harris doivent s’affronter jeudi

Si Trump terrasse à son tour le SARS-Cov-2, ce que tout le monde lui souhaite ouvertement, on n’a pas fini de l’entendre revendiquer sa victoire sur l’ennemi invisible. Alors que le Président sortant, qui reste aux commandes du pays même hospitalisé, était distancé par Joe Biden dans les sondages et ne semblait pas disposé à lâcher le pouvoir en cas de défaite, l’entrée en piste du coronavirus, qui a déjà fait plus de 200.000 morts aux États-Unis, pourrait changer la donne dans un pays plongé dans le chaos, entre pandémie, tensions sociales et incendies gigantesques.

Dans ce contexte, le débat prévu jeudi entre les deux vice-présidents des candidats à la Maison Blanche, Mike Pence et Kamala Harris (négative), vaudra le détour… s’il est maintenu. D’abord établie à sept pieds (deux mètres), la distance entre les deux participants sera finalement de douze pieds (trois mètres). Fort à parier que cette fois-ci les supporters républicains garderont leurs masques, ce qui n’avait pas été le cas à Cleveland : ils l’avaient enlevé, malgré les conseils d’un médecin sur place. Mauvaise idée.

La juge Amy Coney Barrett aux côtés de Donald Trump et devant les 200 invités non masqués le 26 septembre 2020 – Photo White House / Domaine Public.

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