Emmanuel Macron lors de la 73ème Assemblée mondiale de la Santé, le 18 mai 2020 - Source vidéo Élysée.
Emmanuel Macron lors de la 73ème Assemblée mondiale de la Santé, le 18 mai 2020 - Source vidéo Élysée.

Des policiers défiant frontalement leur hiérarchie, un syndicaliste – le secrétaire général du syndicat Unité SGP-Police-Force ouvrière, Yves Lefebvre – allant même jusqu’à déclarer que Christophe Castaner est « indigne » d’être ministre de l’intérieur…

Des manifestants contre les violences policières et le racisme qui doivent encore défiler demain samedi, et ne semblent nullement apaisés par les décisions annoncées en ce début de semaine par le ministre de l’intérieur – les mêmes décisions qui ont rendues les policiers furieux…

A ce malaise, viennent s’ajouter des rancoeurs et des critiques individuelles, comme celles de Gérard Collomb. Interrogé par Le Monde, l’ex-premier des macronistes, celui qui avait mis très tôt ses réseaux au service de celui qui n’était alors qu’un jeune ministre affichant des ambitions dont la plupart des politiques chevronnés se moquaient, lâche : « Parti comme il est parti, il ne peut pas être réélu ».

Et ceci, au lendemain de la publication par le Figaro d’une information selon laquelle le Président aurait confié à un cercle restreint envisager tous les scenarios, y compris celui d’une « démission-réélection ».

L’observation des évènements politico-médiatiques des derniers jours ne pourrait sans doute offrir spectacle plus déroutant, inquiétant, parfois absurde. La scène sur laquelle le Président de la République doit intervenir ce dimanche est celle d’un paysage dévasté, un climat de tensions maximales. La dramatisation est à son comble.

On en oublierait presque que le déconfinement, somme toute, se passe bien.

Que la situation sanitaire est même meilleure qu’attendu.

Et ceci, alors qu’il y a un mois encore, une seconde vague semblait très probable, et que la plupart des Français envisageaient le déconfinement comme un grand saut dans le vide sans parachute, et hurlaient à la mort pour avoir des masques (les mêmes que l’on retrouve partout par terre dans les rues…).

On en oublierait, aussi, que sous ce Ministre de l’intérieur – certes, sous la pression policière et sans doute dans la crainte d’une révolte – certaines décisions importantes ont été prises. Notamment, celle de payer enfin aux policiers les 240 millions d’euros en heures supplémentaires qu’ils avaient accumulées…

Mais sur le sujet sanitaire comme sur le sujet policier, l’Etat semble avoir payé son retard à l’allumage. D’une part, tout au long du confinement, les études d’opinion ont fait état des critiques adressées par les Français au gouvernement, et en premier lieu celle d’avoir toujours agi « trop tard, trop peu » – la pénurie de masques en est devenue le symbole. D’autre part, sur le sujet sécuritaire, le Ministre de l’intérieur n’a jamais agi résolument contre les violences policières lorsqu’elles touchaient les Gilets jaunes – une vingtaine de personnes éborgnées par les forces de l’ordre… -, et a attendu que les tensions avec la Police soient à leur comble, en pleine mobilisation contre la réforme des retraites, pour leur lâcher des concessions importantes (comme le paiement des heures supplémentaires).

Un Etat dont l’horizon semble trop souvent limité à l’exécution de son budget annuel, et verrouillé par l’objectif sacré et indépassable de maîtrise des déficits publics…

 Un exécutif qui, trop souvent, a peiné à identifier les signaux faibles, écouter les lanceurs d’alerte et les acteurs de terrain…

Au fond, l’exécutif paie aujourd’hui une organisation, un partage du pouvoir, et des modes de prise de décision publique qui ne semblent plus adaptés aux temps présents. Il faut être à la fois agile, car l’économie comme l’opinion sont d’une grande volatilité, et en même temps voir loin, pour ne pas subir constamment les évènements. Savoir aussi être proche du terrain, alors que l’Etat est extrêmement lourd et lent. Ces dernières années, on a cru résoudre la crise d’efficacité de l’action publique en concentrant toujours plus les pouvoirs – autour de l’exécutif, et particulièrement du Président -, mais au vu des dysfonctionnements et tensions des derniers mois, c’est manifestement une erreur.

Erreur que Macron lui-même semble avoir identifiée, puisqu’il confiait au Monde il y a quelques jours envisager de déconcentrer des pouvoirs qui l’étaient trop. Objectif louable. Reste à savoir si cette intention ne sera pas une victime de plus de l’inertie administrative, comme tant d’autres avant elles – on pense, par exemple, à la fameuse suppression de l’ENA, dont on reste à ce jour sans nouvelles…

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Cet article a 1 commentaire

  1. Ronan Pellen

    Jaunes, Noirs, Bleus: United Colors Of « Casse-toi Manu! »

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