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Dimanche 25 Avril 

– Le Pen et les généraux : la tentation du pu-putsch

« On tombe toujours du côté où l’on penche », disait François Mitterrand. Marine Le Pen n’a pas fait mentir l’adage de l’ancien Président. En retweetant l’appel inquiétant et grotesque de 20 généraux à la retraite et en leur demandant de venir la rejoindre pour « la bataille pour la France » selon ses mots, la Présidente du Rassemblement National renoue avec la grande tradition d’extrême-droite de son père. En creux, la démocratie a failli, « la France est au bord du chaos, de la guerre civile », écrivent ces généraux, et seule l’armée pourrait rétablir la situation. Ils ne l’écrivent pas ainsi, n’appellent pas au fameux “pu-putsch” (expression de Jean-Marie Le Pen à propos de Bruno Megret) mais l’idée développée dans cette tribune grandiloquente est que la France sombre dans la décadence, la déliquescence et, à terme, la guerre civile en opposition bien sûr à la force morale, la hauteur de vue et l’intégrité de l’armée. Faites le lien, c’est facile. Tout cela, naturellement mis en musique par Valeurs Actuelles, et relayé par l’une de favorites de l’élection présidentielle.

Opération politique téléphonée, au moment où les Français sont une nouvelle ébranles par l’assassinat sauvage d’une fonctionnaire de police à Rambouillet, Stephanie Monfermé, le chagrin et les questionnements que cette barbarie provoquent.

La tribune et le procédé de récupération politique en disent long sur la ligne lepeniste, qualifiée de « trop molle », on s’en souvient, par Gérald Darmanin. Dans un tweet, Marine Le Pen, après l’attentat, demande un tour de vis. De quoi parle-t-on ? Que ferait-elle si elle était élue ? Déjouerait-elle mieux les attentats islamistes ? Percevrait-elle mieux les signaux faibles ? Une politique massive d’expulsions d’étrangers en situation irrégulière règlerait-elle le problème ? Évidemment que non ! S’il existait une formule miracle contre les attentats, il y a belle lurette que les dirigeants du monde entier l’auraient appliquée. Même ceux qu’elle admire, comme Vladimir Poutine et sa méthode forte, n’arrivent pas à se dépêtrer du terrorisme islamiste sur leur territoire. Le tour de vis ne règle rien et surtout, il laisse croire à un laxisme qui n’existe pas. Tous les services de renseignements marnent au-delà de la raison. 50 attentats ont été déjoués depuis 2016. Faire croire qu’il existe des réponses simplistes à des solutions aussi complexes est une pure escroquerie morale. Laisser penser que seule l’armée possède la hauteur morale et la passion de la Patrie, comme l’écrivent les généraux, en supplantant d’un trait de plumes ainsi les piliers de la démocratie que sont les forces de l’ordre et la justice, est une pure escroquerie morale et … dangereuse.

Finalement, cette tribune, applaudie par Marine Le Pen, aura au moins la vertu de nous rappeler que la stratégie de normalisation du Rassemblement National n’est qu’un leurre et que les bonnes vieilles méthodes à la Papa font toujours partie de l’attirail frontiste. 

La justice, bouc émissaire inquiétant.

Dans ce climat délétère, nous devrions nous inquiéter de la mauvaise chimie à l’œuvre ces deniers jours. Le déchaînement sur la justice a atteint son paroxysme depuis le verdict de Viry-Châtillon. Les magistrats seraient trop laxistes et auraient été trop tendres en appel contre certains accusés. Ces propos, la violence des réactions des syndicats de policiers, laissent entendre que nous serions désormais aux mains d’une justice aveugle et défaillante. Sur les faits, rappelons que les prévenus ont été jugés en appel par des jurés populaires, c’est à dire des citoyens comme vous et moi, tirés au sort et donc peu soupçonnables de rendre des décisions idéologiques, à moins que le hasard ait placé une concentration d’islamo-gauchistes dans le prétoire ! 

Rappelons que le directeur de l’enquête lui-même a affirmé qu’il n’était pas sûr de la culpabilité de certains accusés. Rappelons enfin qu’il y a suspicion de faux en écritures publiques, les propos tenus pendant l’interrogatoire et enregistrés de certains accusés ayant été tronqués ou falsifiés sur les procès-verbaux écrits.

Rien ne justifie la violence de meute sur la police. Rien ne peut l’excuser mais rien ne justifie cette hargne des syndicats, leur violence verbale à l’égard de la justice qui serait coupable de tous les maux de notre société. Plus grave encore : alors que la police et les politiques tapent à bras raccourcis sur cette institution, il se trouve peu de personnes, pas même le Garde des Sceaux, pour la défendre. Bien au contraire. Même Emmanuel Macron intervient dans ces affaires, semblant donner raison à la colère policière alors qu’il sait parfaitement que la justice, parente pauvre de la République, souffre du même manque de moyens que la police et n’est pas uniquement composés d’idéologues gauchistes qui auraient deux obsessions dans la vie : traquer Nicolas Sarkozy et relâcher les délinquants. Je caricature à dessein, même si nous ne sommes pas très loin de cette caricature dans la logique des arguments développés depuis des mois. En gros, la France serait gangrenée par des ennemis intérieurs, la gauche, dans tous les domaines essentiels, justice, éducation et il serai temps de nettoyer les écuries d’Augias. Voilà le raccourci idéologique des temps actuels, qui emmène des généraux à prendre la plume, des syndicats de policiers à cracher sur les magistrats, des élus à tricoter un programme démagogue et une majorité à se mettre à ce diapason délétère. Tout cela n’annonce pas des jours heureux. Réveillons-nous et démontrons-leur que les Français sont bien souvent plus matures et clairvoyants que ceux qui les gouvernent ou aspirent à les gouverner, si l’on en croit leur opinion sur l’euthanasie, la dépénalisation du cannabis, la PMA ou le mariage pour tous. Les Français ne sont pas résumés par les emballements sur Twitter ou sur les plateaux télés.  

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Assez effrayant de voir la droite dite républicaine alignée sur l’extrême droite. Défendre un appel à la sédition par des généraux qualifiés à tort de généraux à la retraite. Ils ne sont jamais à la retraite car mobilisables et touchent pour cette raison la totalité de leur solde jusqu’à leur mort.
    Alexis Brezet du Figaro tout en tendresse pour les séditieux. Faisant de la conclusion très ambigüe une interprétation édulcorée.
    Plus de différence entre la droite et l’extrême droite. Flippant

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