Szczecin Pride Festival, 14 septembre 2019 en Pologne.

À minuit et une minute mardi, le premier mariage entre deux femmes a été célébré au Costa Rica, qui est devenu le vingt-neuvième pays du monde à légaliser le mariage gay. Une grande fête virtuelle, pandémie de covid oblige, a précédé cet événement attendu par des milliers de personnes. L’union d’Alexandra et Daritza a été retransmise en direct à la télévision publique et abondamment relayée sur Internet.

« Dans quelques heures, les couples de même sexe et leurs familles auront les mêmes droits que tout autre couple ou famille au pays. Ensemble, sous le même drapeau, construisons une nation meilleure« , a tweeté le président Carlos Alvarado avant l’heure H.

Décision historique de la Cour interaméricaine des droits de l’homme

Cette évolution, rendue possible par une décision de la Cour suprême, après celle, historique, de la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme, le 9 janvier 2018, n’a pas fait que des heureux dans ce pays où la Constitution reconnaît par son article 75 le catholicisme romain comme religion d’État. Au Costa Rica comme ailleurs sur la planète, le mariage pour tous a ses ennemis farouches et ils ne désarment pas. Le président de l’Assemblée législative, le pasteur évangélique Eduardo Cruickshank, s’est déclaré « déterminé à défendre la famille telle qu’établie et plaît à notre Père céleste ».

Le mariage gay toujours interdit dans la plupart des pays d’Amérique latine

Selon BBC Mundo , l’accès au mariage pour les couples de même sexe continue d’être interdit dans la plupart des pays d’Amérique latine. La Bolivie, Cuba, El Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou et la République dominicaine ne le reconnaissent pas. En Argentine, au Brésil, en Colombie et en Uruguay, il est garanti par la loi, ainsi que dans 32 États du Mexique. Le Chili et l’Équateur ont légalisé l’union civile, mais pas le mariage.

Le Canada (2005) et les États-Unis (2015), l’acceptent également. Seule l’Afrique du Sud le permet sur le continent africain, Taiwan en Asie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande en Océanie.

À l’inverse, l’union de deux personnes du même sexe est jugée illégale dans 67 pays. C’est ce que signale le rapport 2019 sur l’homophobie de l’Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuels, des trans et intersexes (ILGA).

Les homosexuels ouvertement et officiellement ciblés en Pologne

L’Europe est le continent qui affiche le plus de nations ayant franchi le pas : dix-sept pays. Mais parallèlement, l’homophobie gagne du terrain, notamment à l’Est. Depuis janvier 2019, les LGBTI sont ouvertement et officiellement ciblés en Pologne, sans que l’UE ait jugé nécessaire d’interdire et sanctionner cette tendance qui rappelle les pires moments de l’histoire contemporaine du vieux continent. Selon le recensement du site Atlas de la haine, créé par des chercheurs et militants, des arrêtés discriminatoires ont été pris par des élus locaux polonais dans un tiers du pays. Près d’une centaine de villes ou zones administratives se sont déclarées « libres de toute idéologie LGBTI ». 

Yga Kostrzewa, porte-parole de l’association polonaise LGBT Lambda Warszawa, analysait ce phénomène effrayant dans le numéro de mars de Jeanne Magazine. « Le gouvernement ultra-conservateur actuel (parti PiS) ne fait absolument rien pour sensibiliser l’opinion publique à ces sujets. Bien au contraire, devrais-je dire, puisqu’il a déclaré les termes « genre », « gay » et « idéologie LGBT » comme des ennemis du pays. Bien sûr, l’église catholique a emboîté le pas à ce message, et ce mélange a engendré une situation plus qu’explosive. Ces idées nauséabondes ont rencontré un large public en Pologne car la très grande majorité de notre population est catholique et suit les discours de l’église

« Un vent nauséabond et noir s’est levé sur l’Europe de l’Est »

Pour Romain Burrel, le directeur de la rédaction du magazine Têtu, la Pologne « sombre dans l’homophobie de masse ». Plus globalement, selon lui, « un vent nauséabond et noir s’est levé sur l’Europe de l’Est. L’Europe des droits LGBT+ n’existe pas. La France et l’Europe regardent ailleurs. Et la crise ne va pas nous aider. Nos minorités sont les boucs émissaires tout désignés des fascistes old school ou post-modernes« .

Illustration : l’adoption, par le  Parlement hongrois, hier, de la loi « omnibus ». Elle comporte une série de mesures pour « faire face à l’épidémie de coronavirus« , qui a décidément bon dos. Dans ces dispositions figure notamment l’obligation pour les personnes trans de mentionner leur genre de naissance sur leurs documents officiels (permis, pièces d’identité). « Seuls la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT et l’ambassadeur pour les droits de l’homme se sont émus de la situation. Jean-Yves Le Drian, lui, est aux abonnés absents« , déplore Romain Burrel sur Twitter.

La PMA bloquée aux portes de l’Assemblée nationale

Et en France ? Le mariage pour tous est autorisé depuis le 17 mai 2013, grâce à la détermination sans faille de Christiane Taubira et des associations en lutte depuis des années pour obtenir cette avancée majeure, qui en appelait d’autres. L’armada des opposants s’est parfois montrée radicale et violente, souvent sous la bannière de religions qui n’ont pas encore intégré que leur combat était perdu d’avance, face à une évolution sociétale déjà effective et irréversible. L’horizon s’est heureusement ouvert pour des milliers de couples qui attendaient de pouvoir vivre, simplement, depuis des lustres.

Sept ans plus tard, la possibilité pour les couples de lesbiennes et les femmes célibataires d’avoir recours à la PMA (procréation médicalement assistée), article 1 de la loi bioéthique, est bloquée aux portes de l’Assemblée nationale en raison du coronavirus, encore lui. À ce stade, et après son passage au Sénat, le texte ne permet le remboursement de l’intervention que sur « critère médical », après constatation d’une infertilité. Gilles Le Gendre, patron des députés LREM, qui a récemment déclaré que la loi ne serait peut-être pas adoptée avant la fin du quinquennat, s’est fait recadrer par le ministre de la Santé. Des milliers de Françaises attendent que le gouvernement se bouge.

1.870 victimes d’infractions homophobes ont déposé plainte en 2019

Pendant ce temps, l’homophobie n’a pas battu en retraite en France. Selon les chiffres communiqués samedi par le ministère de l’Intérieur, les actes homophobes ou transphobes ont augmenté de 36 % en 2019, alors que 2018 avait déjà été considérée comme une année noire, avec un niveau inégalé d’agressions physiques. Les forces de police et de gendarmerie ont enregistré 1.870 victimes d’infractions homophobes l’an dernier. Majoritairement des hommes (75%) et des jeunes (62% ont moins de 35 ans). On notera que ces données concernent les dépôts de plaintes par les victimes. Il y a en réalité davantage d’actes que de plaintes. Peut-être la tendance à déposer plainte évolue-t-elle par ailleurs dans le bon sens.  

« Ces chiffres témoignent de l’ancrage profond de l’homophobie et de la transphobie dans la société »., alerte Beauvau. « Cette hausse des actes de haine anti-LGBT appelle à une vigilance accrue des pouvoirs publics et à une mobilisation plus forte de toute la société« . À commencer par celle des députés. Quant à l’UE, elle ferait bien de se réveiller avant que l’obscurantisme fasse encore plus largement, et définitivement, tache d’huile.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Pascal JACOB

    On peut être contre la mariage de personnes de même sexe et pas homophobe pour autant.

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