Emmanuel Macron en conférence de presse à Kiev, Ukraine - Capture vidéo.

À Reims, samedi, la femme qui a mis des années à dédiaboliser l’extrême droite pour la rendre plus fréquentable a frappé fort… en douceur. Marine Le Pen a quitté son perchoir et s’est avancée sur la scène. Debout à quelques mètres de ses supporters, les traits assouplis, humble, humaine, elle a raconté ses épreuves. D’enfant, de « fille de », puis de mère mono-parentale. Elle a reconnu ses échecs. « Je suis tombée, je me suis toujours relevée ». Elle a dévoilé tout ce qui a conduit à ce qu’aujourd’hui elle se dise « prête » à être présidente de la République. Carrément. On croit rêver. De l’anti-Zemmour en barre, plus ou moins réussi si l’on en croit les enquêtes d’opinion que le moment ne semble pas avoir particulièrement regonflées pour la patronne du RN. Pour Valérie Pécresse, il y a urgence. En panne, privée de lumière médiatique à part pour éteindre les débuts d’incendie, la candidate LR ne parvient pas à devenir charismatique. Acculée à étouffer son âme propre, coincée entre ses faux-amis et ses ennemis à droite à gauche, la présidente de la Région Ile-de-France ne trouve pas la clef pour se redonner de l’élan et s’expose au siphonnage de ses électeurs. Par Zemmour, notamment.

Le spot intime que l’ex-patronne du RN a offert samedi le ferait presque perdre de vue, mais Le Pen, c’est Le Pen. Même si, contrairement au Reconquistador, elle fait opportunément le distinguo entre Islam et islamisme, elle est de ces Français oublieux d’une évidence universelle et intemporelle qui devrait pourtant habiter tout humain provisoirement déposé sur la planète : « Être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard ». Le nationalisme débridé à toutes les sauces, même la patriote, et qui s’affranchit de cette vérité basique, se vend bien, par temps de crise, à ceux qui ont a la chance d’avoir vu le jour à l’abri des misères. À ceux qui élèvent des murs infranchissables contre l’« envahisseur », même s’il a 3 ans et qu’il a fait 6.000 kilomètres à pied dans les jupes de sa mère qui pleure tout le temps. « On est chez nous », ont-ils crié à Reims. Loin du malheur qui contraint un jour à tout quitter, ses gosses sous le bras parfois, pour survivre, en prenant le risque de finir avec eux au fond de la Manche ou de la Méditerranée, dans le grand cimetière marin où reposent tous ceux qui n’étaient pas grand-chose aux yeux de tous ces gens. 

Pourtant supposés pourvus de la capacité d’analyser les maux de ce siècle, certains prétendants à la fonction suprême font leur marché électoral en déployant une xénophobie ou un racisme féroces, insupportable, ciblant les femmes, les hommes, les enfants propulsés un jour sur le marché de la vie hors des frontières de la France et qui ne sont pour rien dans tout ça. Les tribuns du made in rance à la recherche de ressources économiques et de bulletins de vote se trompent délibérément d’ennemis : au lieu de crier au grand remplacement, ils feraient mieux de s’en prendre à l’évasion fiscale qui prospère, aux milliards de dollars qui volent de paradis en paradis pendant que des dizaines de milliers de voyageurs forcés traversent l’enfer. La « fierté » d’être un Français « de souche » irremplaçable est une arnaque. Quand on a pour tout mérite celui d’être né dans un pays où il fait bon vivre, moins mal qu’ailleurs en tout cas, il faut être un tordu ou un imbécile pour ne pas relativiser cet exploit. 

Macron était supposé endiguer l’inquiétante percée des vendeurs de haine, aux portes du pouvoir. Il a échoué. Ils n’ont jamais été aussi nombreux, conquérants, agressifs. C’est ce qui permet au pensionnaire de l’Élysée d’imaginer gouverner cinq ans de plus avec 75 % d’hostilité. Lui ou le chaos. Encore. Ça promet. À un peu plus de deux mois de l’échéance présidentielle, et bien qu’il ne soit pas encore en lice, la candidate du RN a déjà donné rendez-vous au Président pour le deuxième tour : « Nous devons clore la parenthèse Macron, nous allons la clore ! Faites en sorte, les amis, que les cinq prochaines années, ce soit : sans lui !!! ». Le chef de l’État, lui, compte sur Poutine et l’Ukraine pour marquer des points à l’extérieur. Avec le soutien exubérant de l’info en continu qui distillera le images du Président « casque bleu » au Kremlin. Entre deux pages de promo pour Zemmour et ses sbires. 

Côté gauche, c’est Fabien Roussel qui est le nouveau chouchou des télés en campagne, avec l’approbation des porte-voix de La République en marche, qui n’ont d’yeux que pour le candidat communiste. Ce qui ne mange pas de pain et ne fait pas de mal au macronisme, ou si peu. Parallèlement, tout se passe comme si prononcer le nom « Mélenchon » était interdit aux journalistes qui passent des heures à décortiquer la présidentielle en boucle. Il leur arrive de parler de la gauche. Jamais de JLM, ni de son programme. Pourtant toujours en tête des sondages dans son camp, autour de 10 %, paré au décollage, le candidat de l’Union populaire, invité, tout de même, par Anne-Claire Coudray dimanche soir, fait le plein et le show partout où il passe. À Tours jeudi dernier , il a lancé un appel amical aux communistes. Certaines chaînes qui n’ont pas traité son meeting ont en revanche diffusé ceux de Zemmour (encore) et Le Pen samedi, avant pendant après, des heures durant, ainsi que celui de Roussel, qui a annoncé sans rigoler dimanche son intention de tripler l’ISF. 

Tout semble prêt pour l’entrée en lice d’un Emmanuel Macron au-dessus de la mêlée nauséabonde, et auréolé, à son retour d’Ukraine, mardi, d’un maigre succès en trompe-l’œil, immédiatement démenti par Vladimir Poutine, dont le porte parole a démenti les affirmations du Président Français selon lesquelles le président russe se serait engagé à une désescalade. Et de rajouter que l’OTAN, et donc les USA, sont les seuls interlocuteurs pour ce type de négociations , la France ayant une faible influence. Séquence portée aux nues pendant 48 h dans les médias …
Les temps sont durs pour la vérité.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Rosa

    c’est rien de le dire, mais merci de le faire ( enfin : de l’écrire ) l’art déployé par les journalistes dont certains sont loin d’être la honte de leur métier pour éviter Mélenchon tient tout simplement du prodige. Et lorsque l’évitement devient impossible ( après un week end de meeting dont on ne retiendra que le  » duel de l’extrême droite ») quelle subtilité dans le tacle ….du très très grand art !

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