Ramadan - Photo Jack Zalium - Creative Commons.
Ramadan - Photo Jack Zalium - Creative Commons.

Le ramadan, quatrième pilier de l’islam, doit être le préféré des musulmans en France ; le plus collectif, le plus profond et le plus festif. Cette année, il a commencé le 13 avril, dans un esprit de hâte autant que de hantise. Il faut s’imaginer le défi que pose ce jeûne d’une durée d’un mois. Au menu, si l’on peu dire : les croyants ne doivent ni manger, ni boire, ni entretenir de rapports sexuels, de l’aube au coucher du soleil. Quatre semaines d’abstinence, de purification des âmes, après avoir tant fauté le reste du temps… En fonction des exigences qu’impose l’islam. La France compte entre 4 et 6 millions de musulmans. Tous ne font pas la prière, autre pilier de l’islam, tous ne vont pas à la mosquée, tous ne se soumettent pas à la zakat (l’aumône), mais 80% d’entre eux s’adonnent volontiers à la pratique du ramadan, symbole d’une communion spirituelle.

Quant à l’épidémie de Covid, elle ne gâche pas le plaisir, même s’il ne faut pas se réunir en famille, et même si les soirées confinées après 19h00 ressembleront plus à une forme d’incarcération, qu’à une grande libération des griffes de la privation alimentaire. Petite consolation, en ces temps de pandémie, la mosquée de Paris rassure les fidèles en leur certifiant que la vaccination n’est pas considérée comme « nutritive », et donc qu’elle « n’invalide pas le jeûne »… Un risque de contamination en moins. D’autant que le ramadan est de plus en plus pratiqué par les musulmans, français et jeunes notamment. Dans les années 80, seuls 30% des croyants respectaient ce pilier, ce pourcentage grimpe à 60% dans les années 90, pour atteindre aujourd’hui près de 80% de musulmans. Un chiffre absolu qui révèle l’ampleur de la réislamisation d’une population en quête de spiritualité, de dépassement et de reconnaissance. André Malraux avait écrit que le 21ème siècle serait religieux ou ne serait pas. Une prédiction qui s’applique largement aux mohamétants de France, comme on disait au moyen-âge.

« Maitrise de soi, patience et endurance »

Le président de la Fondation de l’Islam de France, Ghaleb Bencheikh, explique ainsi l’importance de ce moment de jeûne qui confine, pour les musulmans, à l’élévation spirituelle : « Pour la tradition musulmane, c’est pendant ce mois là (le neuvième dans le calendrier lunaire sémitique) que le Coran a été révélé pour la première fois. De ce fait, il jouit d’une prééminence par rapport aux autres. La pratique du jeûne y est associée, comportant trois dimensions. Elle est d’abord personnelle, faite de maîtrise de soi, de patience, d’endurance, une sorte d’école de la vie pour apprendre à se retenir délibérément soi-même. Le jeûne comporte aussi une dimension familiale, collective, d’inscription dans la cité, une partie festive, mais aussi de solidarité à l’égard des plus fragiles. Dans la tradition, on ne peut pas rompre le jeûne en étant seul. Enfin, il y a une dimension spirituelle dans le fait de revenir à soi-même ».

Le ramadan s’achève au bout d’un mois par une bamboche appelée, « L’Aïd el Fitr » qui marque la fin du jeûne. Bien sûr, cette année, il s’agira réduire l’ampleur des agapes. Traditionnellement, les musulmans se réunissent pour des prières et des repas pantagruéliques et sucrés. Prévue pour le 13 mai, « la petite fête » se réduira à quelques échanges réduits, en attendant des jours meilleurs. En ce 13 avril, les adeptes de Mahomet se réjouissent, une nouvelle fois, de ce mois sacré qui les rapprochera de leur divin, par la privation diurne, et le sentiment d’appartenir à une communauté de vie, de destin et de dépassement.

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