Le Royaume-Uni, deuxième pays le plus touché par le Covid-19, avec plus de 36.700 morts et 41.000 cas confirmés, est en train de s’offrir une crise politique aigüe en pleine pandémie.

Boris Johnson, déjà mis en cause pour sa gestion désastreuse de la lutte contre le Coronavirus, est sous pression face au scandale qui secoue le pays. Infecté par le virus et aujourd’hui guéri, Dominic Cummings (48 ans), son conseiller spécial, été pris la main dans le pot de Marmite : il est accusé d’avoir violé les règles du confinement, en vigueur dans le pays depuis le 23 mars, à plusieurs reprises.

Fin mars, quand il a eu les premiers symptômes, le stratège de la campagne pro-Brexit de 2016 a quitté son domicile londonien, avec sa femme et son fils de 4 ans, pour se rendre chez ses parents, à 400 km, à Durham, dans le nord-est de l’Angleterre. Cette entorse à la loi avait déjà été couverte par Johnson. Le Guardian et le Daily Mirror ont révélé qu’il avait également été repéré à Durham le 19 avril, cinq jours après son retour à Londres et sa reprise du travail. Information démentie par l’intéressé. Selon les deux journaux, Dominic Cummings a aussi été vu le dimanche de Pâques, le 12 avril, à Barnard Castle, à une cinquantaine de kilomètres de Durham. Un professeur de chimie à la retraite, qui affirme l’avoir aperçu, a porté plainte auprès de la police.

Cummings a agi « de manière responsable, légale et intègre »

Hier, le Premier ministre, qui a piloté au dernier moment la conférence de presse Covid que devait assurer son ministre du Logement, a défendu Dominic Cummings bec et ongles, affirmant qu’il avait agi « de manière responsable, légale et intègre ». Johnson a ajouté que son conseiller avait suivi son instinct de père. Il a évoqué certaines « allégations » ayant visé le comportement de son conseiller durant son auto-isolement.

Des conservateurs demandent la démission du conseiller de Johnson

Alors que le Premier ministre britannique avait commencé par miser sur une hypothétique immunité collective, ce qui explique en partie le lourd tribut payé par le Royaume-Uni, confiné tardivement, il avait bénéficié d’un regain de sympathie après avoir lui même contracté la Covid.

En pleine crise sanitaire, le voilà pris dans une véritable tempête politique que son entêtement à défendre l’indéfendable ne calmera pas, et qui souffle jusqu’au sein du parti majoritaire : une quinzaine de députés conservateurs, des évêques et des médecins du NHS (le système de santé public britannique), appellent aujourd’hui à sa démission.

Hier, Steve Baker, député influent du parti conservateur, avait demandé le départ de Cummings. « Il n’est certainement pas indispensable », avait déclaré Baker sur Sky News.
Avis partagé par Damian Collins. Également membre du parti conservateur, le député a tweeté que le gouvernement se porterait mieux sans Cummings, qui « a l’habitude de croire que les règles ne s’appliquent pas à lui ».

L’opposition travailliste a demandé l’ouverture d’une enquête : « Il ne peut pas y avoir une loi pour Dominic Cummings et une autre pour le peuple britannique », a tweeté le Labour hier. 

« Des millions de gens ont mis leurs vies entre parenthèses, ont fait des sacrifices énormes pour obéir aux règles pendant cette période », a déploré Sarah Jones, députée travailliste.
« Nous avons vu les cœurs brisés de gens qui n’ont pas pu assister aux obsèques de ceux qu’ils aiment », a-t-elle dénoncé sur Sky News.
Hier, après l’intervention de Johnson, un tweet mystérieux, émanant d’un compte gouvernemental, @UKCivilService, a été posté avant d’être supprimé : « Arrogant et grossier. Pouvez-vous imaginer d’avoir à travailler avec ces tordeurs de vérité ?« . Selon le gouvernement, une enquête sur ce message va être ouverte.

Les britanniques, sidérés par la clémence de Johnson, voient rouge. Une colère résumée par Alex Taylor, hier : « Les médias GB sont remplis de témoignages de britanniques incandescents de rage, n’ayant pu dire au revoir à des proches, respectant les consignes décidées par Cummings, l’homme anti-élite qui se croit tout permis« , a posté le journaliste sur Twitter.

C’est la troisième affaire de ce type au Royaume-Uni. Un influent conseiller scientifique du gouvernement, le Pr Neil Ferguson, et la cheffe des services sanitaires écossais, Catherine Calderwood, ont démissionné pour non respect du confinement. 

Cummings continuera d’influencer Johnson comme un Svengali

Brenda T., enseignante retraitée qui vit actuellement au Pays de Galles après plusieurs années passées en Angleterre, ne mâche pas ses mots quand elle fait le bilan de la gestion de la crise sanitaire par Bojo :
« Johnson est à la fois incompétent et menteur. Il a voulu laisser le virus tuer les vieux et les malades selon le conseil de Cummings. Mais au dernier moment il s’est rendu compte que les gens regardaient les autres pays en s’interrogeant, donc il a imposé des restrictions, mais trop tard. En plus il n’a pas protégé les résidents des maisons de retraite. Beaucoup sont décédés, mais il n’a jamais compté ces morts dans les chiffres. Il est en fait un assassin ».

Selon cette ex-militante anti-Brexit, Cummings doit démissionner, « mais même s’il le fait il continuera d’influencer Johnson comme un Svengali. Cummings a obtenu le Brexit avec des mensonges et des arnaques. Il doit être mis en prison », s’indigne-t-elle. « La façon dont Johnson a excusé Cummings signifie que tout le monde a le droit de bafouer la loi. Normalement ce gouvernement devrait tomber mais nous n’avons pas d’opposition et la démocratie n’est pas respectée au Royaume-Uni ».

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