Rêve forestier - Photo ©️ Daniel Perron
Rêve forestier - Photo ©️ Daniel Perron

Les nouvelles sont mauvaises sur le front climatique. Chaque jour un peu plus.

La Sibérie connaît des hausses de températures démentes. La forêt sibérienne part en flammes, augmentant le dégagement de CO2 et diminuant l’albédo du pôle Nord (fraction de l’énergie solaire réfléchie vers l’espace, qui permet donc à la surface de ne pas s’échauffer – plus l’albedo est élevé moins la surface s’échauffe).

La fonte du pôle Nord prend des proportions démesurées. Et désormais, selon le journal Science et Avenir, les climatologues s’inquiètent de la fonte possible d’une partie orientale de l’Antarctique, avec comme conséquence une montée de 4 m du niveau des eaux. Les frugaux Pays-Bas n’y survivraient pas plus que de nombreuses iles et c’est jusqu’aux paysages continentaux qu’i faudrait revoir la cartographie. Dire l’humanité en danger dans de telles conditions est un euphémisme.

Dans ce contexte, chacun le comprend, le virage écologique des politiques mondiales n’est plus une option mais une obligation. C’est ce qu’explique notamment le climatologue directeur de recherches au CNRS Christophe Cassou dans une série de tweets alarmante. Faire redémarrer la machine post Covid est impératif. Mais la faire redémarrer sur le modèle qui conduit à noyer l’humanité qui devra alors se battre pour les terres restantes surchauffées serait irresponsable.

De ce point de vue, le virage de l’accord européen de cette semaine est important. Mais peut-être pas là où tout le monde le signal, à savoir la solidarité financière et la peur des déficits budgétaires. N’en déplaise, mourir riche et sans dette reste mourir et il ne sert à rien d’être le plus riche du cimetière. Nous devons donc collectivement – et ce n’est pas question de droite ou de gauche, de centre ou d’extrême – repenser nos usages du monde. En imposant un objectif carbone dans le financement des plans de relance, les chefs d’État ont acté une prise de conscience. Est-elle suffisante ? Sans doute pas au regard des timidités collectives de l’action dans chaque pays. L’Allemagne, avec son utilisation du charbon participe à la catastrophe climatique d’une façon indigne au nom de l’abandon du nucléaire sans alternative.

Concrètement, l’accord prévoit de consacrer 30% des dépenses à la lutte contre le changement climatique. et bien évidemment, l’accord de Paris de 2015 devra être respecté tout comme l’objectif de neutralité carbone en 2050. Voilà pour les mots. Nous verrons très rapidement comment les États membres vont agir? Les 30% sont un minimum, et aucunement un plafond. Chaque État bénéficiaire pour donc se servir de la manne pour booster sa politique écologique, non pas de manière « punitive » comme disent les opposants aux écologistes, mais en fondant une économie verte.

La France dispose à cet égard d’atouts considérables. On pense évidemment à la mer, enfin reconnue par l’existence de son propre ministère. Elle peut être un élément de production d’énergie marine encore balbutiante dans les énergies propres. Peut-être la nouvelle ministre de la mer, Annick Girardin, pourra-t-elle faire prendre conscience des atouts de cette immense ressource dans notre vieux pays agricole qui oublie si souvent qu’il possède la deuxième surface de zone économique exclusive maritime du monde derrière les Etats-Unis. Mais l’on oublie aussi trop souvent les espaces forestiers, qui couvrent 30% de notre territoire hexagonal (17 M d’hectares), territoire aussi considérable dans les territoires ultra marins, dont la Guyane, évidemment.

Pourquoi la forêt ? Évidemment l’espace forestier public est un espace de loisir, d’approche de la Nature et de la Biodiversité. Ce n’est sans doute pas un hasard si la ministre Barbara Pompili a choisi immédiatement après sa prise de fonction à l’écologie, de visiter une forêt domaniale avec les agents de l’Office National des Forêts, par ailleurs en très grande difficulté financière et dont les effectifs ont baissé de 25% depuis le début des années 2000 et continuent de baisser. L’image forestière est porteuse, il n’est qu’à observer une vitrine de librairie pour s’en rendre compte. Mais la forêt est aussi un espace économique essentiel dans la construction d’une économie circulaire résiliente. Loin du fantasme d’une déforestation entretenu par une vulgate qui confond certains pays africains et le Brésil avec les pratiques européenne et française, la forêt française continue de grandir chaque année. Avec ses 17 millions d’hectares, sa surface a gagné 70% par rapport au début du XXe siècle et continue d’augmenter sa présence puisque nous n’exploitons que 50% du croît annuel forestier. Derrière cet espace forestier, ce sont très largement les territoires que l’on classe dans le rural profond qui sont intéressés par l’activité économique forestière. Avec 400 000 emploi, la filière aujourd’hui en déclin sur le plan de l’industrie pourrait contribuer à la création du même nombre d’emplois. De ce point de vue, les zones de déprise agricole ont été depuis un demi siècle largement remplacées par de la forêt, non exploitée, parfois très mal entretenue, avec les risques d’incendies que cela génère. Elles offrent de vraies opportunités de développement forestier, avec des pratiques qui pourraient même lier agriculture et foresterie après deux siècles de spécialisation des espaces (le principal instrument de séparation Forêt/Agriculture a été le code forestier de 1827 en lien avec la pensée agraire de l’époque).

Il est temps aujourd’hui de repenser cette gestion de notre espace forestier, non pas de déforester, mais bien d’exploiter de manière soutenable (le mot apparaît dès 1346 pour la gestion des forêts du roi Philippe VI de Valois) une ressource qui nous accompagne au quotidien. Bien sûr, une attention particulière devra être portée sur la santé des forêts dont les services spécialisés disent désormais la fragilité, en lien avec le réchauffement climatique. Utiliser le bois, qui emprisonne le carbone, est ici une solution efficace dans la mesure où nous accompagnerions la régénération des forêts, ce que notre droit impose de toute manière. Vos bancs urbains en bois pourraient ainsi provenir de votre région, mais pas seulement : vos maison, et de nombreux objets ou instruments que nous ne concevons plus qu’en plastique dévoreur de CO2 et destructeur du climat… Nous l’avons oublié mais c’est en bois que les premiers avions ont décollé. Nous pourrions aussi accélérer sur la voie de la lutte contre la déforestation importée, pratique qui consiste par nos choix de consommation à favoriser la déforestation de pays en développement – l’exemple de la consommation d’huile de palme est ici idéal typique mais ce n’est pas le seul -. La France est pionnière dans cette approche de la lute contre la déforestation importée. Un plan a été conçu par le gouvernement d’Édouard Philippe. Il faut aller plus loin en accentuant nos efforts collectifs pour la certification des bois, l’émergence d’une industrie du bois plus pointue encore, fonder un écosystème de recherche et d’application sur les matériau bois, les usages du bois…

Le temps des forêts est peut-être revenu après deux siècles de dérives carbonées. Il permettrait en outre d’impliquer prêt de 3,5 millions de propriétaires forestiers dans la reconnaissance de ce qu’o appelle parfois une économie de la photosynthèse. On peut être écologique et dynamique, écologique et prospectif. L’accord européen laisse cette possibilité ouverte et même semble l’encourager.

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