Emmanuel Macron au Panthéon pour célébrer "150 ans en République" le 4 septembre 2020 - Capture vidéo Nos Lendemains.
Emmanuel Macron au Panthéon pour célébrer "150 ans en République" le 4 septembre 2020 - Capture vidéo Nos Lendemains.

L’annonce de la fermeture de Bridgestone sonne comme un coup de tonnerre dans note vie sociale et politique. Un choc qui va laisser sur le carreau 863 salariés, 1500 en comptant tous les emplois indirects, le tout dans un bassin de vie déjà en grande difficulté et qui marque les esprits partout en France. Avec cette annonce, les déclarations politiques se sont multipliées plus fortes et virulentes que jamais. Une fermeture « révoltante » pour Bruno Le Maire, qui n’a rien vu venir mais promet de « se battre ». Un engagement de moyens et pas de résultats pour le ministre de l’Économie. Et une « trahison », pour le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, traite cette agression sociale comme une relation de couple.
Le gouvernement s’est même fendu d’un communiqué commun avec le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand pour dénoncer une décision « brutale ». « Ouh la la » dirait-on. Bridgestone et les conseils d’administration du capitalisme triomphant tremblent déjà. Comme tremblent Nokia, Airbus, Bénéteau, Auchan, Schneider Electric ou General Electric qui ont ou vont annoncer de semblables « vagues » de licenciements.

Quinze jours à peine après l’annonce du plan de relance et ses aides massives aux entreprises, la réalité du pouvoir politique est là et transparente aux yeux des Français. Cette réalité, c’est celle de l’impuissance, de l’incapacité à peser, de l’incapacité même à anticiper les évènements. Cette impuissance est un choix politique, celui du néolibéralisme qui ne conçoit l’intervention de l’État que pour distribuer des ressources et théorise les bienfaits du laissez-faire.

C’est à l’aune de cette impuissance choisie qu’il faut analyser le virage sécuritaire et droitier d’Emmanuel Macron.

Le journal Le Monde a publié ce lundi un article sur les dessous de ce changement de ligne politique d’Emmanuel Macron. Titré « À l’Élysée, la mue « républicaine » du macronisme », le reportage décrit plutôt l’arrière cuisine de cette course à l’échalote avec la droite ultra, voire extrême, qui n’étant pas assumée comme telle, doit être repeinte aux couleurs de la République.

Les petites phrases lâchées çà et là par « l’aréopage » de conseillers qui entourent le président en disent long sur leur état d’esprit et sur ce qui amène Emmanuel Macron à refaire la politique et la campagne perdante de Nicolas Sarkozy. Les « fins stratèges » justifient donc ce virage droitier par la volonté de « reconquête des classes populaires ».

« Je m’en fous des bourgeois, ils voteront toujours pour nous ! », a ainsi déclaré Patrick Strzoda, le directeur du cabinet du chef de l’Etat, à un visiteur. C’est le mépris social pour les milieux populaires qui transparait involontairement à chaque fois des petites phrases prononcées en off à l’Élysée. Et cela va bien au-delà du off. Ainsi les expressions vulgaires utilisées et réutilisées par Gérald Darmanin pour faire « populaire » et marquer les esprits disent aussi ce mépris. Le ministre de l’Intérieur qui surjoue depuis des années une origine « modeste » et une connaissance de « la vraie vie » devrait au contraire savoir que les classes populaires comme tous les Français apprécient qu’on les respecte et leur parler correctement. Quand Gérald Darmanin déclare sur LCI « La drogue, c’est de la merde, on ne va pas légaliser cette merde », il n’est pas dans ce respect.

Ce mépris social apparait aussi dans ce choix de donner aux milieux populaires ce que cette élite de droite pense qu’ils demandent : de la sécurité, de la haine de l’autre, de l’autorité.

Et c’est là que l’on en revient à cette question de l’impuissance sur le terrain économique. Quand on a aucune autorité face au capitalisme sans foi ni loi, quand plus encore ne souhaite pas peser et faire preuve d’autorité dans le domaine économique, il n’y a plus d’autre choix que celui de trouver un autre terrain d’autorité. Impuissant face aux grands patrons et aux financiers voyous, Emmanuel Macron a fait ce choix de se trouver d’autres sujets d’autorité. C’est ce que ses conseillers nomment pudiquement la mue « républicaine » du macronisme, en fait une offensive sur la laïcité, le communautarisme ou la sécurité.

D’autres l’ont fait avant lui. Le Chirac de la fracture sociale a gouverné à droite toute après 2002. Le Nicolas Sarkozy de l’ouverture en 2007 s’est transformé après la crise de 2008 pour s’entourer des Patrick Buisson et consorts, convoquant une identité nationale menacée jusqu’à ce discours indigne de Grenoble qui installe dans l’opinion un lien entre sécurité et immigration. C’est aussi François Hollande qui faute de volonté de résistance face à Mittal à Gandrange et aux dizaines de plans sociaux doit à mi-mandat faire appel à Manuel Valls, lequel surjoue l’autorité et la brutalité, jusqu’à fracturer la gauche et braquer des syndicats plutôt bienveillants.

Voilà donc qu’Emmanuel Macron utilise les mêmes détestables ficelles de l’ancien monde. Faute de résorber les fractures sociales et économiques, le Président de la République est parti pour en créer de nouvelles. Stigmatiser les faibles, dénoncer toujours plus forts les « sauvages », les séparatistes et les ennemis de la République, les vrais comme les supposés, permet de détourner le regard de ceux qui nous séparent vraiment. Ceux qui détruisent le lien social qu’est l’emploi et le service public de proximité et minent la cohésion sociale dont le Président de la République est pourtant le garant.

Cette mascarade de l’autorité et de la verticalité qui ne s’exprime qu’aux dépends des plus faibles n’a que peu de chance de convaincre les Français et encore moins de les rassembler. Tout au plus ce virage régalien contribuera une nouvelle fois à détourner les citoyens de la politique. Celles et ceux qui sincèrement de gauche ou du centre ont suivi un Macron prônant une vision ouverte de la société. Et celles et ceux qui ont eu l’espoir que l’énergie d’un jeune président allait remettre notre économie en marche et au service de tous. Les chances sont fortes que beaucoup des nouveaux déçus aillent grossir les rangs de l’abstention, donnant ainsi toujours plus de poids aux tenants de la haine.

Emmanuel Macron en choisissant l’impuissance a beau parer ce choix des atours du régalien et de la République, il risque bien d’en devenir le dernier fossoyeur.

Discours commémoratif des 150 ans de la République par Emmanuel Macron le 4 septembre dernier au Panthéon. Répétition pour une oraison funèbre ?

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