Emmanuel Macron se rend ce mardi, à une semaine du « Déconfinement Day », dans une école avec son Ministre de l’Éducation. Il s’agissait de rassurer les parents, enseignants, et élus, nombreux à être inquiets des défis logistiques et sanitaires imposés par cette reprise vécue par beaucoup comme précipitée.

L’école, lieu de l’élévation. Temple du savoir. Lieu de la formation de futurs citoyens, de leur éveil aux valeurs communes et en même temps aux savoirs scientifiques. Quelle ironie, dès lors, que ce soit l’école qui ait précisément offert à Emmanuel Macron, le 13 avril dernier, l’occasion d’une rupture fracassante de son idylle du mois de mars avec les Scientifiques.

Souvenons-nous : à la surprise générale, il annonçait alors la réouverture des écoles, contre l’avis du Conseil scientifique installé par lui. Quelques jours plus tard, il démentait une nouvelle fois les recommandations du Président du conseil scientifique, en affirmant que les personnes fragiles ne seraient pas contraintes à un confinement prolongé. Rupture consommée.

Les dernières semaines ont vu s’établir un dialogue entre politiques et scientifiques aussi étonnant que confus. D’abord béquille utile d’un pouvoir désorienté, appelée à la rescousse pour projeter la société dans l’impensable et lui éclairer le chemin de l’inconnu, la science a fait l’objet d’une utilisation à géométrie variable, au fil de décisions que le pouvoir n’osait pas toujours assumer seul. De sauveuse, elle a pu se muer, dans les mots de certains politiques et commentateurs, en force totalitaire en puissance lorsqu’elle a osé – par la voix du Président du conseil scientifique – proposer sur un ton sans doute trop péremptoire de confiner les plus de 70 ans pour des mois.

Science salvatrice, Science dictatoriale.

Quelques figures professorales ont bien profité des lumières de plateaux TV pour se sentir pousser des ailes et déborder le cadre de leur légitimité, en étalant leur morgue comme une sorte de revanche sur une société jugée trop insouciante et ignorante de ce qu’elle doit à la médecine. Et pourtant, à ces exceptions près, la Science n’a jamais eu dans cette crise que la place que le Politique lui a laissée.

Paravent, lorsqu’il a fallu prendre les premières décisions, notamment celle du confinement.

Caution, lorsqu’il a fallu justifier l’inutilité des masques pour le grand public.

Prétexte au « circulez, y’a rien à voir », pour un pouvoir reprochant à ses opposants de ‘vaines polémiques’ là où souvent ils ne faisaient que relayer les questions que se posaient des Français inquiets et confus.

Puis…

Paillasson, lorsqu’il s’est agi de revenir à la verticalité jupitérienne pour choisir – sur des critères qui restent à ce jour inconnus – la date du 11 mai pour amorcer le déconfinement, et renvoyer les enfants à l’école.

Cible de toutes les critiques, pour ses « revirements » – sur l’utilité des masques, notamment, et bientôt pour son discours sur l’utilité des tests -, ses hésitations, sa tendance à ne jamais aller assez vite.

Le Politique saute sur sa chaise en criant « Vaccin ! Vaccin ! Vaccin ! », mais critique le lendemain les querelles des mandarins. Il embrasse la science puis la rejette, loue le médecin dont il disait hier qu’il coûtait trop cher, et dira demain qu’il devra rationaliser ses dépenses…

Tout se passe comme si le Politique ne savait pas avoir de relation équilibrée ni maintenir de saine distance par rapport au Savant. Sans même se rendre compte que par ses propres divisions, ses propres atermoiements – cacophonie ministérielle, concurrence entre Premier ministre et Président, ou zigzags en série sur les masques, les tests, puis la fermeture des frontières ou encore la mise en quarantaine des malades -, par ses louanges et ses insultes, il est en train d’entraîner avec lui dans une abîme de défiance une science qui était jusqu’ici encore épargnée par l’opinion publique.

Le Philosophe Max Weber concluait ses conférences, données en 1919 – d’autres temps de crise … – sur le Savant et le Politique de la manière suivante : « On ne peut pas être en même temps homme d’action et homme d’études, sans porter atteinte à la dignité de l’un et de l’autre métier, sans manquer à la vocation de l’un et de l’autre. » On mesure ici les dangers de la confusion entretenue depuis des semaines.

Notre fascination étrange pour un « gouvernement des experts » (49% des Français jugeaient, au début de la crise, qu’il faudrait que ce soient des experts plutôt que des politiques qui décident de ce qui est bon pour le pays) résistera-t-elle à la crise que nous traversons ?

Il se pourrait qu’après le triomphe du bon sens sur la Science, avec l’épisode des masques – ce qui était intuitif, « de bon sens », a fini par s’imposer au discours « officiel » -, nous assistions bientôt à une nouvelle vague de dégagisme, où experts, mais aussi hauts-fonctionnaires, viennent grossir les rangs des politiques mis « à la casse ».

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