Contre toute attente et malgré la mise en garde du Conseil scientifique qui prédisait des décisions difficiles, le chef du gouvernement n'a rien annoncé de majeur, en dehors de la réduction de l'isolement de quatorze à sept jours, évoquée en amont et qui n'a surpris personne.

Tout ça pour ça. Depuis que Jean-François Delfraissy a annoncé que le gouvernement allait devoir prendre des décisions « difficiles », on a tout imaginé. De la bulle sociale contraignant chacun à ne pas fréquenter plus de six personnes au confinement de quartiers en passant par l’isolement forcé des personnes âgées ou l’interdiction de circuler entre les départements. Certains ont même fait semblant de considérer un reconfinement général comme une hypothèse crédible, histoire d’appâter le téléspectateur terré dans son inquiétude.

Les Français ont donc ainsi sagement attendu, avec anxiété, de savoir à quelle sauce ils allaient manger le coro. On leur a d’abord dit qu’Olivier Véran leur expliquerait tout à 16 heures. Changement en milieu d’après-midi : ce sera Castex à 17 heures. Et puis non, finalement à 17 h30. Des revirements à l’image de la gestion de la crise sanitaire par les autorités françaises depuis le début. C’est le bazar.

Le Premier ministre est apparu en direct de Matignon à l’heure dite. Il a enlevé son masque en accompagnant son geste d’une mimique clownesque. Comme un faux-air d’Albert Dupontel qui incarnerait le chef du gouvernement dans une fiction humoristique. Sauf que non. Planté à côté des drapeaux européen et français, c’est le vrai Premier ministre qui a fait son cinéma et a enfin lu sa déclaration. Le ton solennel, en mode « l’heure est grave ». « Le coronavirus circule de plus en plus vite. Il y a une dégradation manifeste ». Oui, c’est pour ça qu’on est là, d’ailleurs. Élément inquiétant : « Les personnes qui arrivent en réanimation sont les mêmes qu’au mois de mars. Il n’y a pas de ligne Maginot. Même si le virus circule principalement chez les jeunes, il finit inévitablement par toucher les personnes les plus vulnérables ». Logique. Alors ?

Castex roule des mécaniques pour les tests… pas de quoi pourtant

Alors… Surprise : pas de surprise. Juste un énième rappel de la nécessité de respecter les gestes barrières. Un message réitéré aux personnes âgées, qui doivent être vigilantes. La durée de l’isolement sera réduite de quatorze à sept jours. Ça, on le savait déjà. Côté tests, l’État va « renforcer les circuits dédiés de dépistage pour les personnes présentant des symptômes, ayant été en contact avec des personnes positives au coronavirus ou exposées professionnellement ». Les laboratoires leur réserveront certains créneaux horaires et des tentes de dépistage qui leur seront dédiées seront installées dans les zones où le besoin se fait le plus fort. La France en a réalisé un million, trop fort, bravo.

Pas de quoi se vanter pourtant, au regard des délais parfois nécessaires pour boucler le dépistage. C’est pas tout, d’être le troisième pays qui teste le plus en Europe, si on n’est pas assez rapide, si les résultats arrivent six jours après le passage de l’écouvillon. Et la galère des voyageurs qui ont besoin d’un sésame attestant qu’ils sont négatifs pour quitter le territoire français, on en parle ? Le bilan n’est pas brillant. Rouler des mécaniques par rapport aux voisins européens, c’est carrément osé. On devrait plutôt faire profil bas.

Et si on traquait directement les clusters sources ?

En particulier vis-vis l’Allemagne, où le virologue Christian Drosten, qui a toujours un temps d’avance, préconise, face à l’urgence, la traque directe des clusters sources et non plus des contacts, une mise à l’isolement des membres du cluster sans tests pendant cinq jours (partant du principe que l’infection est à son pic un jour avant les symptômes et s’affaiblit au quatrième jour), et un test en fin d’isolement pour mesurer la charge virale. Pourquoi ? Pour libérer les cas positifs asymptomatiques et non contaminants, c’est-à-dire la majorité. Ils n’auront « perdu » que cinq jours. Une bonne priorisation des tests pourrait alors consister, pour aller plus vite, à les réserver : aux symptomatiques ; aux membres des clusters en fin de quarantaine ; aux personnels exposés et vecteurs ; aux voyageurs. On aimerait bien qu’en France le Conseil scientifique ait ce genre d’idée ou qu’il soit écouté s’il les formule en coulisses. Au lieu d’affoler le pays pour rien.

Le Premier ministre a également indiqué que 42 départements étaient désormais en zone rouge. Mais tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne, puisque ce sont les préfets qui, en lien avec les autorités sanitaires et les élus locaux, « déclencheront des mesures supplémentaires de réduction des risques, notamment sur le port du masque, les rassemblements sur l’espace public, les grands événements ou les horaires d’ouverture de certains commerces. » Concernant Marseille, Bordeaux et la Guadeloupe, où la situation est davantage tendue et préoccupante qu’ailleurs, Jean Castex a demandé aux représentants de l’État de lui proposer « d’ici à lundi et après avoir mené les concertations locales nécessaires » un ensemble de nouvelles mesures complémentaires. De quel type ? Mystère.

Bon week-end quand même.

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