Le ministre de la Santé, Olivier Véran au JT de France2 du 17 septembre après son point covid19 - Capture TV.
Le ministre de la Santé, Olivier Véran au JT de France2 du 17 septembre après son point covid19 - Capture TV.

Même si le virus circule de nouveau activement, voire dangereusement dans certains coins de France, avec un nombre record de 10.593 cas positifs enregistré jeudi, même si le chiffre des hospitalisations et des placements en réa gagne inéluctablement du terrain, les enfants peuvent embrasser papi et mamie.

C’est ce qu’on pourrait presque déduire de l’intervention d’Olivier Véran jeudi. Mais on s’en gardera bien et on tiendra bel et bien les bambins à distance de leurs grands-parents. Depuis qu’il nous a fait le coup des masques, on se méfie du ministre de la Santé. « Le port du masque n’est pas l’alpha et l’oméga de la protection », affirmait-il en mars. Ou encore : « L’usage des masques est inutile ». Aussi convaincant qu’hier, lorsqu’il a déclaré : « Les enfants sont peu actifs dans la chaîne de transmission du coronavirus ».

Beaucoup plus crédible, jeudi, que le Premier ministre une semaine plus tôt, Véran invoque donc aujourd’hui les recommandations du Haut conseil de la santé publique pour changer (encore) le protocole sanitaire scolaire et les règles pour les crèches. C’est sur la foi de la réflexion éclairée de cette instance que le cadre va s’assouplir, comme par magie, plus de 15 jours après la rentrée, alors que 2.100 classes et 81 établissements étaient fermés jeudi selon un bilan annoncé par le ministre de l’Éducation nationale. Il s’est dépêché de relativiser ces chiffres : seulement « 0,13 % des 60.000 établissements scolaires » sont touchés, a précisé Blanquer. Ce n’était qu’un début. Il fallait sans doute stopper l’hémorragie.

Il y a un risque, donc un danger, « rare », mais pas nul

L’avis du HCSP a été publié hier soir, comme annoncé par Olivier Véran. Que dit cet avis ? « Le risque de transmission existe surtout d’adulte à adulte et d’adulte à enfant et rarement d’enfant à enfant ou d’enfant à adulte. Les transmissions surviennent surtout en intra-famille ou lors de regroupements sociaux avec forte densité de personnes en dehors des établissements scolaires

Les adverbes « surtout » et « rarement », vous les avez remarqués ? Que signifient-ils ? Scientifiquement : absolument rien tant qu’ils ne sont pas assortis d’un pourcentage. Sémantiquement : il y a un risque, donc un danger, « rare », mais pas nul. et c’est écrit noir sur blanc. À multiplier par autant de milliers de jeunes en contact avec enseignants et parents au sein de centaines d’écoles, de collèges, de lycées.

Pas très carré tout ça. J’ai fait le test avec une cheffe d’établissement en Île de France. Pas rebelle, appliquée et impliquée. Elle s’efforce de suivre les consignes et navigue à vue depuis mars à la tête d’une structure qui accueille quotidiennement et protège plus de 2.000 élèves, du CP à la terminale, éduqués par près de 200 enseignants. Deux masques par jour sont distribués à tout ce beau monde. Que pense-t-elle de cette phrase du Haut conseil scientifique ? « C’est fou. Je suis interloquée. » Ha, on se disait bien. Constat de terrain : « Pour les petits, ok. En revanche à partir de 14/15 ce sont souvent les jeunes qui le transmettent aux parents ».

Des virologues éminents affirment que les enfants propagent le virus

Le Haut conseil ne cite aucune étude précise pour étayer son affirmation. Pourtant, elles ne manquent pas. Par exemple celle du professeur Robert Cohen, vice-président de la Société française de pédiatrie, menée en Ile-de-France par 27 pédiatres du 14 avril au 12 mai sur 605 enfants, et selon laquelle les « petits » jusqu’à moins de 15 ans « sont en réalité très peu contagieux ». « Les enfants sont moins dangereux pour leurs grands-parents que leurs parents eux-mêmes », avance même le pédiatre.

Nombreux sont les médecins qui, comme lui, défendent l’hypothèse selon laquelle les jeunes élèves ne sont pas contagieux, et plaident depuis des semaines pour que l’étau se desserre autour des lieux de scolarisation. Le hic, c’est que d’autres champions de la médecine, et pas des moindres, affirment à l’inverse que les enfants sont aussi chargés viralement que les adultes, même s’ils sont moins sévèrement malades et souvent asymptomatiques. On citera bien sûr le virologue allemand Christian Drosten, créateur du premier test PCR le 23 janvier, quand la France se pensait à l’abri.

À l’inverse du HCSP français, le conseiller d’Angela Merkel et les membres de la Society for Virology ont appelé dès cet été à la prudence vis-à-vis de l’infectiosité des plus jeunes. « Nous mettons en garde contre l’idée que les enfants ne jouent aucun rôle dans la pandémie et dans la transmission. Sous-estimer le risque de transmission dans les écoles serait contre-productif pour le bien-être des enfants et la reprise économique », ont-ils averti avant que celles-ci commencent à rouvrir, puis à fermer, en Allemagne. « Des publications scientifiques plus récentes et des observations concrètes dans certains pays indiquent que le rôle minimal des enfants initialement partiellement assumé doit être remis en question ». Argh.

« Vivre avec le virus », le nouveau leitmotiv de l’exécutif

Il y a tout juste une semaine, une enquête épidémiologique a été publiée par le Response Team des Centres de contrôle et de prévention (CDC), situé à Atlanta. Elle démontre que les jeunes enfants infectés par le coronavirus au sein de crèches et garderies peuvent le transmettre en milieu familial. Les CDC préconisent le port du masque… dès l’âge de 2 ans. Et à défaut par les professionnels comme ce sera d’ailleurs désormais le cas en France. Pas forcément pour la bonne raison, puisqu’il s’agit officiellement de protéger l’enfant, « rarement » contaminant selon le Haut conseil de la Santé publique.

En réalité, que ça plaise ou non aux autorités françaises, le débat sur le rôle « peu actif » des enfants, même les plus petits, dans la transmission du SRAS-Cov2 n’est pas tranché à ce jour. Si le profane n’est pas supposé avoir un avis, il peut tout de même constater que tous les experts n’ont pas le même. Et considérer que dès lors, deux options s’offre aux décideurs : obéir au principe de précaution… ou pas. Le président de la République et le gouvernement ont choisi de s’en affranchir tout en respectant les gestes barrières via l’avis d’une instance scientifique. Les classes ne fermeront que lorsque trois élèves sont positifs, sans masques en-dessous de 11 ans. On saura d’ici quelques semaines si ce choix n’est pas hasardeux, notamment pour les enseignants et parents vulnérables.

Quant à ce qui a guidé ceux qui ont tranché dans ce sens, là aussi, plusieurs possibilités, plutôt compatibles. La nécessité impérieuse d’assurer l’instruction et de limiter l’isolement social des enfants tout en permettant aux parents d’aller travailler. La recherche moins avouable d’une hypothétique immunité collective sous couvert de « vivre avec le virus », nouveau leitmotiv de l’exécutif, qui prétendait en mars être en guerre contre l’ennemi invisible, avant d’accumuler les erreurs dans la stratégie pour le combattre. Bas les masques.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Elie Arié

    Le risque zéro n’existe pas ( vous ne roulez jamais en voiture ni en vélo?), les certitudes scientifiques absolues, définitives et unanimes face à un phénomène nouveau n’existent pas, on ne peut pas arrêter la vie au nom du principe de précaution.

  2. Patrick FLEURY

    Le problème de la presse aujourd’hui s’est qu’ elle propage des informations anxiogènes.
    Elle nous dit que les cas sont augmentation.
    Elle ne nous dit pas que les indicateurs ont changé et que s’ils étaient restés lew même qu’en juin, toute la France serait en vert.
    Elle ne nous dit pas que la dangerosité du virus se réduit de jour en jour.
    Elle ne nous dit pas que le masque laisse passer les virus et que les risques de le porter sont de plus en plus dangereux pour notre santé.
    Elle ne nous dit pas que le nombre de morts avec covid ne correspond pas au nombre de mort du covid, ni que le nombre de morts est inférieur à l’année 2018 année sans covid.
    Elle ne nous dit pas que nos anciens meurent d’ennui.
    Quel intérêt de maintenir un tel discours?

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