Masqués pour aller à l'École - Photo ©️ Daniel Perron

Au commencement, les enfants étaient jugés vecteurs actifs de propagation du coronavirus. C’est pour ça qu’en France on a vite vidé les écoles et les cours de récré, des maternelles aux plus grands. Et puis pendant les deux mois du confinement, savants et autorités françaises ont de plus en plus considéré qu’au contraire les bambins étaient inoffensifs. Personne n’a pris en compte l’étude du virologue allemand Christian Drosten, le seul à avoir vu venir le coronavirus en Europe et le premier à avoir mis au point un test PCR. Ses travaux suggéraient qu’au minimum les enfants étaient aussi contagieux que les adultes, même s’ils déclenchent des formes moins sévères voire asymptômatiques. Loin de cette hypothèse rabat-joie, l’idée selon laquelle l’enfant n’était pas propagateur du virus s’est installée dans les cerveaux en France. Elle collait parfaitement avec la nécessité d’une reprise de la vie économique et d’un retour des parents au travail. Le déconfinement a donc commencé par les écoles, dès le 11 mai.

Un mois et demi plus tard, une étude américaine, publiée jeudi par la revue médicale JAMA Pediatrics, risque de rouvrir le débat. Selon Taylor Heald-Sargent, William J. Muller et Xiaotian Zheng, l’ARN (acide ribonucléique) viral du coronavirus détecté dans le nez d’enfants de moins de cinq ans est dix à cent fois plus élevé que celui présent chez des enfants plus âgés et des adultes.

C’est ce qu’ont révélé des tests de dépistage avec prélèvement nasal qu’ils ont menés à Chicago, entre le 23 mars et le 27 avril, une semaine après l’apparition des premiers symptômes, sur 145 patients ayant une forme légère à modérée de la covid-19. Trois groupes distincts de malades ont été définis : 46 enfants de moins de 5 ans, 51 jeunes de 5 à 17 ans et 48 adultes de 18 à 65 ans. Résultat : présence de SARS-CoV-2 en quantité « dix à cent fois supérieure » dans les voies respiratoires… des enfants de moins de 5 ans.

« Notre étude se limite à la détection de l’acide nucléique viral, plutôt que du virus infectieux », expliquent les auteurs, qui précisent que les études pédiatriques sur le SRAS-CoV-2 ont signalé « une corrélation entre des niveaux d’acide nucléique élevés et la capacité à cultiver un virus infectieux ». Ce que ces scientifiques en déduisent, c’est que les enfants de moins de 5 ans, peuvent « être des facteurs importants de la propagation du virus dans la population générale ».

Quant à la conclusion des chercheurs américains, elle laisse perplexe: « Les comportements habituels des jeunes enfants et les endroits clos dans les écoles et les garderies posent la question d’une propagation du SARS-CoV-2 dans cette population à mesure que les mesures sanitaires s’assouplissent ». Au chapitre des certitudes, on se contentera pour l’heure de constater que le coronavirus aime aussi l’été, ce qu’on ignorait encore au printemps. C’est déjà ça.

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