À quinze jours du retour éventuel des salariés dans les entreprises, la menace de transmission du coronavirus par aérosol s'invite dans le débat sur les mesures de sécurité sanitaires - Photo Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier - Creative Commons
Les entreprises haut lieu de la transmission du coronavirus - Photo Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier - Creative Commons

Les chiffres ont beau démontrer que les entreprises sont des lieux de contamination intense, leurs dirigeants demeurent dans la circonspection face à la mise en place du télétravail. Si cette organisation a connu ses heures de gloire durant le premier confinement de mars-avril 2020, le retour en force du présentiel s’impose depuis. Et au grand dam du gouvernement, ce conservatisme et cette méfiance patronale perdurent, dans une France en voie de reconfinement. Les chiffres sont fournis par le dernier baromètre de Malakoff Humanis qui indique une pratique du télétravail au niveau d’avant la crise sanitaire. 31% des salariés sont aujourd’hui en télétravail, soit le même pourcentage qu’en 2019, et 10 points de moins qu’au printemps 2020, juste avant le déconfinement estival.

 Derrière ces chiffres se cachent d’importantes disparités entre secteurs professionnels. Visés par le gouvernement, les mauvais élèves pour qui télétravail rime avec « télé pendant le travail » : les banques, les assurances, et surtout l’industrie et le commerce où le travail à distance ne concerne que 10% des salariés. Autant dire une multiplication de nids à virus. Côté fonction publique, le tableau apparait plus en relief, avec un secteur d’Etat encore assez figé, avec 30% de fonctionnaires évoluant en distanciel, tandis que dans les collectivités locales, le seuil des 50% d’agents en télétravail est souvent franchi. Pourtant, un accord a été signé, le 26 novembre, entre les partenaires sociaux pour organiser le travail à distance où chacune des parties y trouverait son compte. Au menu, des repères et des conseils pratiques aux entreprises, la possibilité d’articuler ce principe « opérationnel et pragmatique » d’organisation entre les signataires. Seul regret de la CGT, un texte non-contraignant…

La réticence des patrons exaspèrent gouvernement et salariés

Face à cette inertie, et une épidémie galopante, le gouvernement a décidé de hausser le ton, en se montrant encore plus directif. Dans son intervention du jeudi, le Premier ministre, Jean Castex, a adopté un message plus impératif servi par son accent rocailleux : « Au moins quatre jours sur cinq en télétravail, c’est l’objectif qu’il faut atteindre. Et, reconnaissons-le, beaucoup d’entreprises en sont encore loin aujourd’hui ». En ligne de mire, plutôt les chefs d’entreprises qui préfèrent voir leurs salariés en entreprises ; et pour qui le pic de la pandémie ne fut qu’un épisode de télétravail imposé.  En réalité, un gouvernement impuissant à imposer, et plutôt enclin à négocier avec des patrons démotivés. Résultat, des entreprises qui s’arrangent avec les contingences liées au virus. Sauf qu’à la fin, c’est Covid 19 qui gagne !

Pour illustrer ce manque de volonté des dirigeants, le quotidien Libération a donné la parole à ces salariés privés de télétravail, malgré le coronavirus. Pour Arielle, salari-é-e à Disneyland : « Les récentes analyses et sondages montrent que le télétravail dans la plupart des cas, améliore la productivité et la motivation des collaborateurs puisqu’ils en sont à l’origine et le souhaitent ». Arthur, lui, ne comprend pas : « Mon entreprise me refuse le télétravail car je ne suis pas encore équipé d’un ordinateur portable, alors que pendant le confinement j’ai été très fortement incité (pour rester pudique) à utiliser mon matériel personnel ». Parfois, la présence au bureau confine à l’angoisse existentielle. Elsa explique, ainsi, être « enfermée toute la journée dans mon bureau et j’applique certes les gestes barrières au maximum, mais je vis une angoisse permanente sur mon lieu de travail ». Quant à Henri, il admet les mêmes troubles : « J’ai la boule au ventre de venir travailler chaque matin. Je me replie sur moi-même, évitant les contacts avec d’autres bureaux ».

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