L'incendie à Martigues atteint l'A55 ce mercredi 5 Août 2020 - Capture vidéo La Provence
L'incendie à Martigues atteint l'A55 ce mercredi 5 Août 2020 - Capture vidéo La Provence

Sur les réseaux sociaux, les images sont impressionnantes. Elles montrent un équipage de pompiers à Antibes pris dans les flammes avec leur véhicule. Ils auront la vie sauve par le système d’autoprotection du véhicule; système de projection d’eau qui entoure le véhicule quelques minutes lui permettant de se dégager autant que faire se peut. Elles montrent ce qui peut se passer sur un feu de forêt. Elles nous rappellent de façon spectaculaire qu’un feu de forêt est un risque mortel permanent pour tous les personnels qui s’y engagent, au sol d’abord, et bien évidemment dans les airs lorsque les moyens aériens sont convoqués. Il l’est aussi pour les populations qui vivent soit en forêt soit dans leur immédiat abord.

Chaque été, nous le savons, la forêt brûle. Nous venons de le voir à Martigues, à Anglet… C’est désormais un marronnier journalistique, le moment où les média s’intéressent à la forêt alors qu’ils l’ignorent globalement le reste du temps malgré l’importance des sujets qu’elle porte. En France, sur la seule zone méditerranéenne dite « Promethée » qui regroupe 15 départements dans 4 régions, les statistiques générales sont édifiantes et notre pays a enregistré en moyenne entre 2015 et 2019, 1745 feu par an qui ont brûlé 9288 ha annuellement. Ce n’est ici qu’une photographie statistique ciblée sur la zone méditerranéenne qui regroupe les 2/3 des surfaces incendiées en France. Le feu est un risque majeur constant.

Selon le ministère de la transition écologique, en moyenne sur la période 1980-2017, les feux de forêt en Europe ont représenté par année :

  • Au Portugal : 18 176 feux ; 118 797 ha
  • En Espagne : 14 761 feux ; 162 352 ha
  • En Italie : 9 121 feux ; 107 354 ha
  • En France: 4 707 feux; 24 702 ha
  • En Grèce: 1 449 feux; 44 084 ha

Le feu en tant que tel n’est pas un phénomène nouveau. Il a même été à l’origine d’évolutions dans la gestion du risque pour les propriétaires forestiers comme pour les pouvoirs publics qui l’ont toujours redouté. Entre 1869 et 1872, dans le département des Landes, vingt-quatre mille hectares étaient partis en fumée. En 1870, le département de la Gironde perdait dix mille hectares… Les acteurs forestiers créèrent l’Union forestière qui fixait les statuts d’une société d’assurance mutuelle pour les feux de forêt dans toute la France et en Algérie. Plus tard, en 1918 et 1919, les massifs des Maures et de l’Estérel seront les proies de feux qui feront de nombreux dégâts humain aussi. L’urgence aidant, après la première guerre mondiale, le ministre Henry Chéron prit l’initiative d’un projet de loi voté le 26 mars 1924 pour réorganiser la lutte contre les incendies.

Le sujet reste constant et occupe les services de l’État comme les collectivités locales dans les régions les plus sensibles. La prévention joue un rôle essentiel, avec l’éducation liée aux comportements à avoir en forêt ou bordure de forêt. En effet, 90% des feux sont d’origine anthropique (activité humaine) et la moitié est due à une imprudence. C’est bien la présence humaine qui est LE risque incendie. 80% des feux se déclenchent à moins de 50 m d’habitations. Si les moyens de lutte ont considérablement évolué, si la législation s’est faite plus rigoureuse au fil du temps et de l’expérience, le réchauffement climatique, en accroissant les périodes de chaleur caniculaire et les périodes de sécheresse, fragilise les forêts devant le risque incendie en augmentant la période de risque de trois mois à bientôt six mois dans l’année. Aujourd’hui, il existe les Plans de Prévention des Risques (PPR), issus de la loi du 2 février 1995 qui a soumis tous les risques naturels à une procédure unique de prévention (article L. 562-1 et s du code de l’environnement).

Que la France brûle peu relativement à sa surface forestière (la quatrième en surface de l’Union européenne avec 17 M ha, derrière la Suède, la Finlande et l’Espagne) marque la pertinence de son système de prévention et de lutte, mais pas l’absence de risque inhérent à ses forêts. Encore faut-il relativiser les effets de ce risque incendie au regard des risques qui cernent nos forêts.

Les flammes sont télégéniques; les pompiers et pilotes de la sécurité civile prennent des risques considérables au prix de leurs vies. Mais d’autres problématiques touchent la forêt. Les maladies forestières silencieuses et moins visibles dans l’immédiat font plus de dégâts. À titre d’exemple, le département de santé des forêts du ministère de l’Agriculture (DSF) estimait, pour 2019, pour les deux seules régions Grand Est et Bourgogne Franche Comté, à la fin 2019, l’épisode « scolyte » était à l’origine d’environ 7 M de m3 d’épicéas qui devraient être exploités (soit l’équivalent d’environ 20 000 ha). L’invasion de scolyte et la fragilisation des arbres impose le défrichement et donc un reboisement, au même titre que les forêts incendiées. Il convient même en principe de couper largement les zones scolytées pour éviter la propagation du ravageur. Le reboisement a par ailleurs un coût, environ 5000 €/ha. Et l’on ne parle ici que d’épicéa, pas des maladies sur d’autres essences forestières, pas des problématiques d’adaptation au changement climatique.

Le temps n’est pas le même et ce que vous plantez, vous, ne sera le plus souvent récolté qu’après votre vie professionnelle, si ce n’est après votre mort. L’économie forestière résiste au diktat du court-termisme pour installer ceux qui en vivent dans une autre relation temporelle au gain et à l’exploitation. C’est cette temporalité qui impose que l’on pense la forêt et les politiques forestières au-delà de nos temporalité humaines, et encore plus de l’immédiateté politique et / ou journalistique.

Les incendies braquent les feux journalistiques sur les forêts en flammes. Mais nous cherchons en vain les signes d’une perspective longue, d’une relance nécessaire de notre industrie du bois. Le Gouvernement a fait de la lutte contre la déforestation importée un axe de sa politique. Il s’agit de s’inquiéter à juste titre de l’impact quotidien de nos comportements ou du commerce mondial sur cet écosystème forestier mondial en recul. Le commerce mondial alimentaire est cause de déforestation considérable notamment avec les feux qu’il alimente aussi comme moyen de défrichement de l’Amazonie ou de certains pays asiatiques qui ont fait de l’huile de palme ou autres cultures rapidement rentables des sources de revenus forcément légitimes pour leurs populations paysannes pauvres. C’est cela, la « déforestation importée ». Elle mérite que l’on s’y attarde et s’y attaque.

Mais il ne sert à rien de s’inquiéter des forêts d’ailleurs si nous ne regardons pas ce qui se passe à côté de nos maisons. La Forêt occupe 30% de notre territoire. Elle mérite mieux que les marronniers estivaux ou les reportages sur les sapins de Noël. Il faut la regarder pour ce qu’elle est : une ressource économique et climatique stratégique de proximité qui mérite enfin une politique résolue.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.