Livreur Uber Eats à vélo au Japon - Photo Yuya Tamai - Creative Commons.
Livreur Uber Eats à vélo au Japon - Photo Yuya Tamai - Creative Commons.

On les croise dans les grandes villes, sur leurs maigres et vieux vélos, affrontant la pluie, le vent, le froid, la chaleur, lestés de leurs sacs chargés de nourriture à transporter à dos d’hommes… Et ces automobilistes impatients qui collent ces frêles silhouettes en quête d’une livraison, en ces temps de mode au confinement. Eux, ce sont les livreurs, souvent de jeunes hommes, à l’allure maigrelette. Ils ont fait leur apparition au moment du lancement des véhicules Uber, concurrents direct des taxis. Une ubérisation qui touche désormais l’ensemble de l’économie, y compris la livraison de fast-food, par des cyclistes virtuoses, et souvent mal payés. Qu’à cela ne tienne, à l’heure du Covid, de la fermeture des restaurants, de la peur de la pandémie, les citadins ont adopté ce type de commandes, en fermant les yeux sur le spectacle désolation sociale qui s’offrent à leurs yeux.

Uber Eats et Deliveroo dominent le marché de ce secteur qui allie nouvelles technologies et rigoureuse exploitation de l’homme par la machine. Une espèce de retour aux forçats de la route. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur les rémunérations de ces « auto-entrepreneurs » paupérisés par la nature même de leurs missions sous-rémunérées. Les années passent, les recours s’accumulent, les contrats précaires et à la tâche demeurent. En moyenne, les deux mastodontes anglais et américains pratiquent des salaires, à l’heure et distance, similaires. En moyenne 2.85 euros la course et 80 centimes du kilomètre. Si « ça eut payé » pour paraphraser Fernand Reynaud, ça ne paie plus du tout. Une concurrence acharnée s’impose désormais ; et la fin des contrats à la journée avec la crise économique a suscité des vocations de livreurs à vélos, sans condition d’âge, ni de diplômes encombrants.

Les prud’hommes menacent Deliveroo et Uber Eats

Sous l’apparence d’une soumission aux diktats des sociétés donneuses d’ordre, la colère commence à se faire entendre. Pas une révolution, certes, mais plutôt une révolte qui passe par le recours aux tribunaux, notamment dans les grandes métropoles. Dans un entretien au quotidien 20 Minutes, un avocat lyonnais de travailleurs indépendants parie sur une évolution des contrats pour ces faux auto-entrepreneurs : « On parle de requalifications en CDI. Mais en réalité, si on veut être précis, on a saisi les Prud’hommes pour qu’ils constatent que le contrat qui lie ces livreurs aux plateformes Deliveroo ou UberEats est de fait un contrat de travail ». En effet, ces livreurs ne fonctionnent souvent qu’avec un seul donneur d’ordre, au quotidien, et sous ses conditions, ce qui les assimile à des salariés.

Pourtant, le vent commence à tourner, car la justice a décidé de se mêler de ces contrats trop défavorables aux livreurs à vélos. Le 28 novembre, la Cour de Cassation a jugé que ces livreurs, administrativement enregistrés comme auto-entrepreneurs, étaient en actes et en faits des salariés pouvant bénéficier de ce statut. Principal argument de la cour : « le système de géolocalisation permettant à l’entreprise de suivre en temps réel la position du coursier, ainsi que l’existence d’un pouvoir de sanction, ne permettent pas d’écarter la qualification de contrat de travail ». Une décision de justice qui fait suite à un recours de 2017 contre la société de livraison Take Eat Easy. Au final, une bien mauvaise nouvelle pour Deliveroo et Uber Eats, si ce jugement fait jurisprudence. L’avocate de la CGT, Manuela Grévy, devant la Cour de Cassation en est désormais persuadée : « Cet arrêt a le mérite de dire les choses clairement: il n’y a pas antinomie entre contrat de travail et travailleurs des plateformes. L’arrêt montre qu’il faut regarder au cas pas cas ».

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