Il est 9h. Ma garde de 24h aux urgences se termine. Une garde calme qui fait suite à une autre garde calme 48 h auparavant. 

Le service des urgences, au même titre que les cabinets médicaux de ville, est devenu un lieu à éviter, avec toutes les conséquences sanitaires que cela implique à moyen terme.  Alors que le monde entier est obnubilé par sa santé, les médecins n’auront jamais été aussi peu sollicités (en dehors des services d’urgences et de réanimation des zones de haute tension).

Après une période d’affolement d’une quinzaine de jours, le centre 15 de mon département rural a vu son activité revenir quasiment à la normale, et les services d’urgences hors COVID se vider… C’est à se demander à quoi nous pouvions bien servir auparavant! Ou plutôt « confinons tout le monde tout le temps, et il n’y aura plus de trou de la sécu« !!

Il n’en reste pas moins que les 2 mois que les équipes soignantes viennent de traverser ont été éprouvantes psychologiquement et physiquement, et ce qui restera pour tous c’est le sentiment d’avoir fait partie de l’Histoire et la fierté ou le soulagement d’avoir tenu.

Mais maintenant mon angoisse n’est plus celle du médecin qui se demande s’il va être à la hauteur de sa tâche, mais du citoyen qui se demande si le « remède confinement » ne va pas tuer le malade « économie mondiale », comme ces chimiothérapies lourdes qui guérissent le malade de son cancer en le tuant.

Le dernier paradoxe du moment, et non des moindres, c’est qu’aujourd’hui en tant que soignant je ressens un vrai sentiment de culpabilité, car je fais partie des gens qui socialement se sortiront le mieux de cette crise et que je serai probablement le dernier des derniers à perdre mon emploi…. à condition bien entendu que le COVID continue à m’épargner!

Un médecin urgentiste.

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