Les policiers de Toulouse psent leurs menottes à terre pour protester contre la "tolérance zéro" édictée par C. Castaner - via La Dépêche Twitter
Les policiers de Toulouse posent leurs menottes à terre pour protester contre la "tolérance zéro" édictée par C. Castaner - via La Dépêche Twitter

Ce soir, la plupart des chaînes d’info tournent en boucle sur les images de policiers jetant leurs menottes à terre, en signe de protestation contre les propos du ministre de l’intérieur – « tolérance zéro » à l’égard du racisme, et sanction au moindre « soupçon avéré » de dérapage – de ce début de semaine.

Les cycles médiatiques se succèdent à un rythme effréné. Ceux qui auront le malheur d’avoir repris une vie « normale », c’est-à-dire de n’être plus pendus aux chaînes d’info toute la journée, auront bien du mal à comprendre comment nous sommes passés d’une sorte d’indignation médiatique unanime face aux violences racistes, à une empathie tout aussi unanime pour des policiers qui – il faut le rappeler – exercent leur métier dans des conditions extrêmement difficiles et sont dans leur immense majorité irréprochables.

Au fond, plus le temps passe, plus on peine à voir comment le pouvoir pourrait enrayer l’escalade des revendications, apaiser les frustrations et les colères concurrentes voire opposées. Car la vérité, c’est que l’acte de défiance de ces policiers à l’égard de leur hiérarchie est extrêmement grave.
Grave car il traduit un ras le bol qui remonte à loin, fruit de l’accumulation de trop d’heures supplémentaires – souvent non payées d’ailleurs -, de trop d’humiliations subies, de trop d’injonctions contradictoires descendues d’une hiérarchie souvent ressentie comme déconnectée. Un ras le bol que ressentaient déjà les ministres de l’intérieur du quinquennat précédent, et qui s’est aggravé avec la succession des manifestations, parfois ultra violentes, des gilets jaunes puis des opposants à la réforme des retraites. Or, comme le disait Sartre, la confiance se gagne en gouttes et se perd en litres. Que de litres perdus depuis quelques années du côté des « gardiens de la paix » !

Grave, aussi, car dans le domaine régalien, l’autorité et la hiérarchie sont essentielles, plus encore qu’ailleurs dans la fonction publique. Quand un fonctionnaire de police s’émancipe des consignes qui lui sont données, quand il affirme ouvertement son désaccord avec le « Premier flic de France », c’est que quelque chose d’irréparable a été brisé.

Dès lors, l’exécutif s’enfonce dans une impasse : donner droit aux revendications des policiers, c’est avouer que le pouvoir politique est faible face aux policiers. Ce qui n’est jamais un bon signal en démocratie, quand bien même la Police serait elle républicaine (et heureusement, elle l’est). C’est aussi risquer de blesser, voire d’humilier et donc de galvaniser, ceux qui manifestaient hier ou avant-hier contre les violences et propos racistes. Et donc, mettre une nouvelle pièce dans la machine infernale. Et ne rien faire, c’est s’exposer à un pourrissement de la situation qui, compte tenu du climat social, est extrêmement dangereux.

Au fond, dans cette spirale infernale qui s’est enclenchée, et dont on espère que le Président de la République y mettra un terme dimanche – mais il faudra des actes, les mots ne suffisant plus à l’heure de l’hyper-défiance -, c’est le prix de la confiance que nous mesurons aujourd’hui. En effet, depuis des mois nous signalons, ici et ailleurs, que laisser prospérer la rancœur économique, sociale, ou identitaire – contre les violences policières d’une part, et la désespérance des policiers au quotidien d’autre part – est extrêmement dangereux. Mais tant que la défiance n’a d’autre réalité que les chiffres des sondages, le pouvoir a toujours la tentation de ne pas y répondre. De se dire : « pour le moment, tout va bien ». Or, la défiance a un coût. Et c’est dans les crises qu’on le mesure. Qu’on se dit « si j’avais su, j’aurai tenu compte des frustrations plus tôt »… avant que la situation ne pourrisse.

Désormais, hormis des actes forts, comme le remplacement du Ministre lui-même et l’ouverture d’un dialogue entre toutes les parties concernées, on peine à voir comment le pouvoir va enrayer l’escalade de la défiance, et de la violence.

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