Alimentation - Photo ©️ Daniel Perron

On savait que nous n’avions pas été tous égaux face au confinement, mais les chiffres publiés hier par l’INSEE n’en sont pas moins impressionnants, voire choquants tant ils montrent l’ampleur de la fracture sociale qui traverse notre pays.

D’abord, les personnes appartenant au premier (les 20% des Français au niveau de vie le plus bas) ou deuxième quintile de niveau de vie sont 35% à 38% à avoir subi une restriction d’activité (pour l’essentiel du chômage partiel, engendrant donc une baisse de salaire de 16%), contre 27% des salariés du 5e quintile (les 20% de Français les plus aisés). Autrement dit, ceux qui gagnaient déjà le moins ont été plus nombreux à perdre 16% de leur salaire. Et l’on sait que perdre 16% quand on appartient aux 20% les plus modestes, ce n’est pas comme perdre 16% quand on fait partie des 20% des plus riches. Pour les uns, c’est la différence entre boucler son budget ou pas, voire entre aller à la banque alimentaire ou pas, pour les autres, c’est quelques week-ends ou vacances en plus…

De même, les Français n’ont pas été égaux face au télétravail. Là encore, on ne découvre rien, mais compte tenu des risques pris par les salariés qui ont dû continuer à travailler « sur site », il n’est pas inutile de le souligner : 40% environ des salariés des deux premiers quintiles de niveau de vie ont continué à travailler « sur site », contre 26% seulement des salariés parmi les 20% les plus riches. La sociologue Dominique Méda rappelait d’ailleurs récemment que les « premiers de corvée » avaient été plus touchés que les autres par le COVID.

Le confinement a joué un rôle d’accélérateur et d’amplificateur des fragilités sociales et des inégalités, y compris entre les hommes et les femmes. Ainsi, l’INSEE nous apprend – bien des lectrices se reconnaîtront hélas ici – que la prise en charge des enfants a été davantage assurée par les femmes. Globalement, 83% des femmes vivant avec des enfants y ont consacré plus de 4 heures par jour, contre 57% des hommes. Parmi les personnes « en emploi », les mères ont deux fois plus souvent que les pères renoncé à travailler pour garder leurs enfants (21% contre 12%). Plus grave, note l’INSEE : « parmi les personnes en emploi qui n’ont pas été en autorisation spéciale d’absence pour garde d’enfant, 80 % des femmes passaient plus de 4 heures quotidiennement auprès des enfants (contre 52 % des hommes) et 45 % assuraient une « double journée » professionnelle et domestique, cumulant quotidiennement plus de 4 heures de travail et 4 heures auprès des enfants, contre 29 % des hommes. »

Si ce flot de statistiques n’a pas encore entamé votre moral, poursuivons : 35% des personnes ayant des enfants ont eu des difficultés à assurer leur suivi scolaire, et là encore ce sont les plus modestes qui ont le plus été en difficulté – la moitié des personnes du 1er quintile, contre un quart de celles du 5e quintile… Parmi les plus touchés par ces difficultés à accompagner les enfants, on trouve notamment les femmes, notamment celles en emploi, ou familles monoparentales…  

Enfin, autre série de chiffre qui appelle une action publique urgente : la situation financière des plus modestes s’est bien plus dégradée que celle des autres. 30% des personnes du premier quintile (donc des 20% de Français les plus pauvres) déclarent que leur situation financière s’est dégradée pendant le confinement, contre 11% de celles du 5e quintile.

On mesure ce que tout cela signifie de retard scolaire accumulé, de vacances d’été auxquelles on renonce, de beurre disparu des épinards, voire de temps passé à faire la queue à la banque alimentaire… Les associations de solidarité alertent depuis déjà plusieurs semaines. Il y a peu, c’était le secours populaire qui déclarait faire face à un « ras le marée » de misère. A n’en pas douter, l’été s’annonce difficile pour bien des Français, et ce, alors même que les plans sociaux qu’on nous promet pour bientôt n’ont pas commencé à pleuvoir…

Voilà qui nous annonce un été meurtrier…


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