Jean-François Copé plaide aujourd'hui pour que LR travaille avec E. Macron - Capture video France 5.

Comme elle parait loin l’époque où la droite gaulliste faisait sa loi, à l’Assemblée nationale, d’un bleu horizon, une chambre introuvable. Au Palais Bourbon comme au Sénat, les héritiers du grand Général, masculins et grisonnants à souhait, déambulaient dans les couloirs sûrs d’eux-mêmes et dominateurs. Et des élus nationaux du peuple, ils en comptaient des centaines au sein même de ces enceintes, jusqu’aux perchoirs que les gaullistes trustaient sans vergogne. Mais ça c’était avant, avant d’abord la déferlante de la gauche à partir de 1981, le grignotage électoral de l’extrême droite lepéniste, et aujourd’hui le triomphe de la macronie qui a mordu les mollets des gaullistes par sa gauche. Une espèce de nouveau giscardisme, alors qu’avec l’UMP, les héritiers de de Gaulle pensaient avoir effectué la jointure de la droite extrême au centre. En juin 2022, avec une soixantaine de députés, le parti Les Républicains s’apparente à une formation d’appoint, tout juste susceptible de faire le compte, sans possibilité d’imposer ses vues… Quoi que !

Après que Valérie Pécresse, candidate LR aux élections présidentielles, a dit que « le programme d’Emmanuel Macron ressemble comme deux gouttes au programme des républicains », difficile en effet de se différencier. De manière plutôt velléitaire, le patron des républicains, Christian Jacob avertit : « Nous avons fait campagne dans l’opposition, nous sommes dans l’opposition, et nous resterons dans l’opposition. Les choses sont très claires ». Sauf que du côté de Jean-François Copé, vieille gloire de la droite triomphante, on n’entend pas s’opposer pour s’opposer, le maire de Meaux envisage une collaboration avec Renaissance, sur des projets comme la retraite à 65 ans, le RSA conditionné, pour peser à long terme. Au final, un rôle de supplétif puisque les programmes Macron et LR visent le même objectif libéral et le même électorat que désormais les deux entités se disputent. À défaut d’une franche camaraderie programmatique et politique, les députés LR devraient devenir une force d’appoint au gouvernement, notamment sur les sujet économiques et sociaux.

LR courroie de transmission du projet présidentiel

Avec 245 députés, l’ex LREM ne peut plus frimer comme en 2017, époque bénie de son triomphe électoral. Son salut, Macron le trouvera en se penchant sur sa droite, tandis que la gauche nupsiale promet de ne pas faire de cadeau « au président des riches ». Le parti Les républicains a conscience de ce talon d’Achille présidentiel, et compte bien pousser ses pions jusqu’au bout. S’il veut faire passer ses projets de loi, le président réélu devra s’appuyer de ce côté-là de l’échiquier. Un rapprochement qui peut devenir un piège pour LR, qui s’apparentera non à un partenaire, mais à une courroie de transmission, comme le furent les centristes au temps du gaullisme hégémonique. Au contraire, certains dirigeants de la droite se voit en faiseur de roi, et en sauveur tout court face à un président sans majorité et aux abois. Laurent Wauquiez s’y voit déjà : « Notre position : pas de combine pour négocier des petites places. Mais pas de blocage : le pays va être très fracturé, il va découvrir l’extrême gauche, les Français vont chercher des espoirs, nous devons être à la hauteur des attentes et être, entre des extrêmes et un parti macroniste perdu, un repère pour les Français qui sont très inquiets ».

Dans un entretien donné à l’hebdomadaire Marianne, le politologue Bruno Cautrès se montre moins optimiste pour LR supplétif et supplicié par un président qui les a réduits au rôle d’aide de camp, à l’Assemblée nationale. Selon Bruno Cautrès, cette fonte d’élus nationaux entraine des conséquences politiques et de représentation rédhibitoires. Les députés LR sont devenus de faibles porte-voix, limitant ainsi leur influence électorale et idéologique : « La place que va désormais occuper LR dans la vie politique française est incertaine. S’agissant des lignes de conflit qui structurent l’espace politique, LR est tiraillé entre le pôle libéral-mondialisateur et le pôle de droite conservateur-identitaire. S’agissant de ses soutiens dans l’électorat, LR a perdu sa domination dans la grande bourgeoisie urbaine et s’est replié dans le monde rural. S’agissant du fonctionnement du système partisan, LR n’est plus un parti pouvant revendiquer prendre la tête d’un gouvernement ».

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