Les Arcs - Photo Stuart Allen - Creative Commons.
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L’ouverture, ou pas, des domaines skiables pour les vacances de Noël a déclenché une bataille de boules de neige européenne au sommet entre autorités psychorigides sur le sanitaire et gouvernements braqués sur l’économique. Les populations et secteurs géographiques concernés se sont unis pour défendre leurs intérêts — avec le renfort des allergiques aux restrictions… et celui des fans de glisse.

En France, le Conseil d’État, saisi la semaine dernière par six Régions (Nouvelle Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est), quinze départements et quatre syndicats professionnels, ne ramènera pas à la vie tire-fesses, télésièges ou téléphériques avant les vacances de Noël : il a rejeté leur recours contre la fermeture des remontées mécaniques.

Le juge des référés a considéré que l’épidémie de covid-19 se maintenait à un niveau élevé « qui crée une forte pression sur le système de santé, notamment dans les régions où se pratiquent les sports d’hiver » . Le cœur des domaines skiables français devrait pouvoir à nouveau battre pleinement à partir du 7 janvier. C’est ce qui est ressorti de la rencontre, à Matignon vendredi matin, entre les représentants des professions et territoires touchés et Jean Castex entouré de cinq de ses ministres, rapporte « Le Dauphiné ».

À l’issue des discussions, le secrétaire d’État chargé du Tourisme a détaillé un plan d’aide de 400 millions sur un mois en faveur de tous les acteurs économiques des stations. Dans l’après-midi, le Premier ministre a précisé à l’« Indépendant » que l’aide aux remontées mécaniques ne serait « pas plafonnée ».
Cet engagement semble globalement satisfaire les montagnards, les maires entre autres. Forts d’une mobilisation inédite, avec des manifestations dans les Alpes, les Pyrénées et même en Auvergne, ils veilleront au grain pour que les actes soient à la hauteur des mots.

Sur le front européen, la France et l’Allemagne ont commencé par s’emmêler les spatules dans la complexité d’une stratégie visant à empêcher leurs ressortissants respectifs d’aller goûter la poudreuse à l’étranger. Angela Merkel s’est retrouvée prise dans les congères après avoir tenté de faire interdire par l’UE l’ouverture de tous les domaines skiables, dont ceux de l’Autriche, jusqu’au 10 janvier. Au terme d’une phase de circonvolutions diplomatiques, le chasse-neige a finalement déblayé la voie au dégel des relations entre Vienne et Berlin : l’Autriche a fait savoir qu’elle n’ouvrirait ses pistes que le 24 décembre et resserrerait ses frontières en imposant une obligation un isolement de dix jours à tous les voyageurs en provenance des zones à risque épidémique du 7 décembre au 10 janvier.

L’idée allemande de mettre en quarantaine, à leur retour, les mordus de ski de descente qui s’aventureraient au Tyrol, a inspiré la France. Les têtus qui essaieront de s’incruster ni vu ni connu dans un pays limitrophe seront coincés durant sept jours s’ils se font attraper en rentrant. La maréchaussée va devoir, sous l’autorité des préfets et avec discernement, procéder à des contrôles « aléatoires » aux fins de démasquer et isoler les skieurs alpins qui prétendront revenir d’une chasse au Dahu en raquettes. Bonne chance.

C’est sans doute du côté de l’Espagne que la tentation sera la plus grande. Gouvernement et Generalitat sont parvenus à un accord, vendredi pour une ouverture des pistes lundi. D’autres accueillent déjà les skieurs ou suivront, à Madrid et à Grenade par exemple. Côté Andorre, le chef du gouvernement a annoncé jeudi dernier que les stations de la principauté pyrénéenne de 77.000 âmes seraient verrouillées au moins jusqu’au début du mois de janvier. Une décision « difficile et douloureuse » mais qui « s’impose dans les circonstances actuelles ».

En Italie, c’est le retour en force du coronavirus qui a mis tout le monde d’accord : interdiction des déplacements entre régions à partir du 21 décembre au 6 janvier. Les pistes de ski et remontées mécaniques ne pourront rouvrir qu’à partir du 7 janvier.

En Suisse, la situation épidémique se dégrade, notamment en raison des différences de restrictions d’un canton à l’autre. Résultat : 5.136 cas positifs détectés supplémentaires vendredi, pour 8,5 millions d’habitants. Malgré le tour de vis annoncé face à la menace, les pistes resteront « ouvertes au tourisme intérieur » selon Reuters. Remontées mécaniques, trains, télécabines et autres transports fermés sont limités aux deux tiers de leur capacité. Après le 22 décembre, les stations de ski devront recevoir le feu vert des autorités locales pour rester ouvertes.

Avec tout ça, l’exode hivernal vers les hauteurs, qui pousse chaque année des cohortes de vacanciers à aller s’agglutiner plus haut, devrait être contenu. Jean Castex, échaudé par le brassage estival aux effets désastreux, a bien fait, cette fois-ci, de se caler dans la trace d’Angela Merkel. Avec un peu de chance, le Premier ministre finira, dans le sillage de la chancelière, par se poser sans tabou la question de l’influence éventuelle des vacances scolaires sur la courbe épidémique.

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