Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance au 20h de France2 le 15 juillet 2020 - Capture TV.
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance au 20h de France2 le 15 juillet 2020 - Capture TV.

La doxa libérale a bien failli convaincre la planète avec son expression favorite : « L’État n’est pas la solution, il est le problème… » Jusqu’à l’arrivée de Covid-19 et son virus très certainement antilibéral !

Dès le mois de mars, qui donc se sont retournés vers le monstre étatique empêcheur de commercer en rond ? Les entreprises, les penseurs et les thuriféraires du libéralisme sans entraves. Tous demandant aux États de venir à la rescousse d’une économie confinée, arrêtée, comme prise dans les filets d’une pandémie globale.

Et pas une aide symbolique ou idéologique. Non, un soutien massif sonnant et trébuchant. Les entreprises françaises n’ont pas été les dernières à se réfugier vers cet état protecteur, volontiers vilipendé pour ses taxes, ses impôts et ses contributions qui asphyxient « nos entreprises et nos lendemains »… Une liste de protections à la Prévert notamment assurée par Bpifrance :  aides aux prêts auprès des banques, réaménagements des crédits, prêts garantis par l’État (PGE) pour la trésorerie, 1500 € pour toutes les très petites entreprises, travailleurs indépendants, micro-entrepreneurs, aide de 2000 € attribuée par les régions à compter du 15 avril 2020 pour les entreprises les plus en difficultés. Une aide portée à 5 000 €.

Un État « en faillite » mais plein de ressources

Sans compter les reports de charges et de contributions, sine die, qui risquent fort d’être effacées pour alléger le poids d’entreprises déjà fragilisées par l’arrêt des activités. Une série de financements assurés par la puissance publique, à coups de dizaines de milliards entrainant un endettement de l’État, qui, à en croire François Fillon, était déjà en faillite en 2007 ! Sauf qu’aujourd’hui la France n’est pas la seule subir les affres du Coronavirus, et tous les pays européens ont plongé dans ce bain délicat de l’endettement, qui se révèle finalement ne pas être un embêtement. Car même pour les tenants de l’orthodoxie, c’est la dette ou la mort.

En l’espèce Keynes n’est pas mort, au contraire il retrouve des belles couleurs, et une certaine unanimité auprès de tous ; l’État joue un rôle prépondérant dans la marche d’une économie qu’elle soit libérale ou dirigée. Au-delà des partis politiques, les défenseurs et les penseurs de l’économie libérale ne jurent désormais que par l’enseignant britannique. En ces temps de Covid, l’État a une mission première de financement des entreprises, et s’il le faut même de nationalisations momentanées. Partie prenante et influente en Europe, la France peut pousser à une mutualisation des dettes, dans le cadre de la monnaie commune. De fait, tout le continent est dans le même bateau. Ce qui entraine un véritable élan en faveur d’un endettement qui confinera à la reprise économique.

100 milliards d’aide pour faire repartir le marché intérieur

Période de pandémie et de déclin à marche forcée oblige, plus personne ne mégote sur l’endettement. Certainement 100 milliards d’euros concernant la France, dont 35 qui serait apportés par la Banque centrale européenne (BCE). Et déjà les milliards, flambent avec l’assentiment général : 7 milliards pour les soignants, 30 milliards pour la prise en charge des salariés à temps partiels, 4 milliards pour les petites entreprises, des dizaines milliards pour les grandes.

Une dette Covid-19 que d’aucuns rêvent de placer dans le congélateur à créances de la BCE. En attendant, l’investissement étatique prouve son efficience, avec une activité économique qui repart, soutenue à bout de bras par les subsides nationaux et européens.

Comme un goût de victoire, dans la douleur, pour les tenants du rôle essentiel de l’État dans le bon fonctionnement de l’économie. Tant que tout va bien, le marché se passerait bien de la puissance publique…

Mais à la moindre anicroche, c’est vers elle que se tournent tous ses contempteurs.  Dès le mois d’avril, dans une interview au Journal du Dimanche, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, tenant d’une ligne libérale, confirmait le poids futur de l’Etat dans la reprise économique : « Sur huit jours, 20 milliards d’euros de prêts garantis par l’État ont été demandés par plus de 100.000 entreprises. Je préfère que nous nous endettions aujourd’hui, en évitant un naufrage, plutôt que laisser détruire des pans entiers de notre économie ».

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Cet article a 1 commentaire

  1. Alexandre lamiaud

    Tribune fort intéressante, bravo à l’auteur ‼️
    Petite nuance, selon moi : ça fait bien longtemps que les tenants du Libéralisme ont remisé leur ultra-libéralisme (l’Etat ne sert à rien, seul le Marché est compétent) pour un neo-libéralisme (l’Etat doit protéger et soutenir le Marché)…

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