Bercy, ministère de l’Économie et des Finances, Temple de l'Orthodoxie budgétaire - Photo Fred Romero - Creative Commons.
Bercy, ministère de l’Économie et des Finances, Temple de l'Orthodoxie budgétaire - Photo Fred Romero - Creative Commons.

Comme il parait dépassé le temps où les thuriféraires libéraux se scandalisaient de la dette abyssale de la France, une dette que devraient avoir à payer les prochaines générations. A cette époque, c’est-à-dire l’an dernier, les tenants de l’économie classique se croyaient définitivement vainqueurs de la guerre culturelle en matière économique : libéralisation, austérité et moins disant social pour plus d’efficacité économique disaient-ils… Jusqu’à l’apparition du Covid 19 qui a mis fin à leurs certitudes plus idéologiques que pragmatiques.

Aujourd’hui, ces contempteurs de l’intervention étatique en appellent à l’État pour soutenir leur modèle. Ingrédients : politique de subventions, de financements, et de crédits. Un point donné à la théorie keynésienne de la relance budgétaire.

Et ces aides financières en faveur des États européens donnent le tournis : les 27 pays de l’Union européenne disposeront, dès 2021, d’un plan de relance de 750 milliards d’euros. Techniquement, la Commission européenne accordera des aides directement aux États, sans passer par le biais habituel des banques. 70% de ces aides seront attribuées sur trois ans, entre 2021 et 2023. A la manière keynésienne, ces plans de relance seront destinés aux investissements pour rattraper le trou de croissance vécu par tous les pays, en raison des mesures de confinement généralisé, et d’arrêt de production. Saisir cette opportunité pour moderniser la vieille Europe.

Bruno Le Maire : « Le plan de relance, c’est maintenant »

Invité sur France Info, Bruno Le maire, ministre des Finances, s’est voulu offensif et optimiste en lançant sur les ondes : « La relance, c’est maintenant, il n’y a pas un instant à perdre, donc. Nous disposons dès maintenant de 40 milliards d’euros supplémentaires que nous allons pouvoir ajouter à l’argent du budget français à l’intérieur des 100 milliards. Avec ce pactole constitué de subventions et de crédits, le gouvernement compte bien dynamiser la machine à produire : climat, nouvelles technologies, plan hydrogène, recyclage, baisse des impôts de production, petites lignes de chemin de fer… Et, cerise sur le gâteau, ambitieux plan pour l’emploi des jeunes. De quoi enchanter les adaptes de Keynes convaincus de l’effet multiplicateur de l’intervention publique.

De ces milliards, version distribution par hélicoptère, le Medef, chantre des équilibres budgétaires, n’en n’a même peur, qui attend ces fonds comme d’autres attendent un vaccin antivirus : « Au regard de l’ampleur de la crise inédite du Covid qui a soudainement arrêté l’économie dans le monde entier, le MEDEF salue les choix du plan de relance, notamment celui de privilégier la transformation de l’économie et les secteurs d’avenir. Le MEDEF s’inscrit complètement dans l’objectif d’une économie décarbonée et souveraine. En particulier, le MEDEF salue les 30 milliards consacrés à la transition écologique car celle-ci nécessite de la part des entreprises et en particulier des PME des investissements massifs ».

Vers une annulation générale de la dette Covid ?

La droite française, et les libéraux en général, ne trouvent rien à redire non plus à ces aides, même européennes, et pas vraiment financées. Leur bouclier ? La politique du général de Gaulle : métropoles d’équilibre, Airbus, une espèce de Keynes de droite. Tout en avertissant : « il y a le mur de la dette. Et le mur de la dette aujourd’hui sera le mur des impôts demain ». Pourtant, le patron des députés LR à l’Assemblée nationale, Damien Abad, revendique la proposition d’une TVA à 5.5% pour les restaurateurs pendant 3 ans, et une annulation des charges pour les TPE. Des budgets à piocher dans le plan de relance de 100 milliards, celui qui rapproche justement la France « du mur de la dette »…

Reste la perspective d’une annulation de cette dette, véritable chiffon rouge de tous les gouvernements. Dans la cadre du projet de relance européen, la possibilité, apparemment chimérique, existe. Elle est soutenue par les économistes néo-keynésiens. Jézabel Couppey-Soubeyran Maîtresse de conférences en économie à l’université Paris-1 et conseillère scientifique à l’Institut Veblen défend l’idée d’une annulation, dans le numéro d’Alternatives Économiques du mois de novembre. Sa démonstration relève du bon sens bancaire : « Si la BCE (Banque centre européenne) annule une partie des dettes publiques qu’elle détient, cela occasionne bien sûr une perte pour elle. Mais ce qui serait problématique pour n’importe quelle entreprise ne l’est pas pour la banque centrale, car elle n’a de dette que vis-à-vis d’elle-même et peut toujours créer, à partir de rien, la monnaie qui lui permet de rembourser ce qu’elle doit. C’est la seule institution dotée d’un tel pouvoir ».

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