À l’entrée de l’usine Luxfer, à Gerzat, en Auvergne, l'empreinte d'un combat âpre - Photo © Axel Peronczyk

Mise en sommeil depuis le mois de mai 2019 avec l’arrêt brutal de sa production pour non compétitivité, l’usine Luxfer de Gerzat, installée au cœur des volcans d’Auvergne, est toujours vivante. Née en 1939 et devenue filiale de Péchiney en 1960, elle a été nationalisée après la crise du pétrole, en 1982, puis a été rachetée en 2001 par Luxfer, et elle est aujourd’hui la propriété du groupe anglo-américain Luxfer Gas Cylinders basé à Riverside, en Californie, et à Nottingham, au Royaume-uni.

Jusqu’à 2018, Gerzat fabriquait essentiellement des bouteilles de gaz à haute pression : 62 % en bouteilles portées sécurisées contenant du gaz médical, oxygène ou argon ; 27 % en appareils respiratoires isolants, les plus haut de gamme du monde, pour les pompiers de Paris et Marseille notamment. Quand l’usine a baissé le rideau, son centre de recherches et développement, référence mondiale, déjà inventeur d’un alliage de luxe, avait mis au point la bouteille en aluminium la plus légère du marché, 20 % moins lourde que les autres, avec une durée de vie illimitée.

L’usine Luxfer de Gerzat est toujours opérationnelle

Grâce la combativité des salariés, qui ont empêché la destruction physique du site et des machines par la direction du groupe anglo-américain en faisant barrage de leurs corps pendant 53 jours début 2020, l’usine est toujours opérationnelle. Cette résistance n’a pas été inutile puisqu’un nouveau repreneur s’est mis sur les rangs. Son nom n’a pas officiellement filtré, mais selon les syndicats, son projet est validé par l’État, par les collectivités, à savoir la Région AURA (Auvergne-Rhône-Alpes) et Ia Métropole de Clermont-Ferrand, et par les représentants du personnel. Des négociations sont cours depuis quelques semaines entre Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie. des Finances et de la Relance, chargée de I’lndustrie, épaulée par ses équipes, le repreneur et la direction du groupe. Bien que les discussions continuent, l’usine de n’est toujours pas mise à la vente par le groupe anglo-américain, qui ne veut pas caler. Pourtant, selon Axel Peronczyk, délégué CGT, tous les feux sont au vert, ce nouveau projet de reprise est « intégralement financé » et rentre dans tous les critéres du plan de Relance du gouvernement.

Le syndicaliste souligne que la crise sanitaire est toujours là, en France, en Europe, dans le monde, et que les productions de bouteilles d’oxygène médical de Gerzat restent stratégiques, tant dans les hôpitaux que pour les traitements d’oxygénothérapie domicile. « À ce jour, l’Europe ne produit plus aucune bouteille d’oxygène sur son territoire et doit dépendre de deux approvisionneurs, Luxfer Nottingham au Royaume-Uni, qui spécule sur le marché en créant volontairement des retards d’approvisionnements pour faire flamber les prix, et MES, en Turquie, qui est aussi une importante usine d’armement…». Et pendant ce temps, l’usine de Gerzat est à l’arrêt.

Rassemblement de soutien le 30 septembre à Clermont-Ferrand

Par ailleurs, selon les syndicats, le repreneur propose plusieurs projets de diversification « qui pourraient générer de nombreux emplois dans les années à venir sur le bassin clermontois ». Un bassin industriel largement touché par de nombreuses délocalisations ces dernières années, cumulées à l’actuelle crise de l’aéronautique.

Parallèlement aux négociations sur une vente et une reprise de l’usine de Gerzat, les procédures entamées par les licenciés en 2019 ont suivi leur cours. Ils sont 124 : 97 salariés, 13 salariés protégés et 14 intérimaires. Mercredi, les dossiers des 97 passeront en conciliation aux prud’hommes. Ils invoquent le licenciement sans cause réelle et sérieuse, ou la mise en danger volontaire des salariés en lien avec le projet de fermeture de I’usine.

L’occasion pour les syndicats de lancer un nouvel appel au soutien des Auvergnats… conviés se rendre au Palais de justice de Clermont-Ferrand à partir de 9 heures mercredi 30 septembre, aux côtés des Luxfer pour les épauler et porter avec eux l’espoir de voir le l’usine de Gerzat redémarrer. Conformément aux engagements d’Emmanuel Macron sur les relocalisations et la souveraineté de la France dans le domaine sanitaire. Et pour donner un peu d’élan à la survie de l’industrie au pied des volcans.

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