Avant sa mort, Li Wenliang avait publié sur Weibo le procès verbal qu'il avait été contraint de signer, reconnaissant qu'il avait propagé une fausse rumeur : la présence de 7 infections au coronavirus à Wuhan.

« Trending in China », annonce le site du très sérieux média chinois Caixin. On est tenté d’aller voir ça de plus près. Sachant qu’un nouveau foyer de contamination a été détecté dans le sud de Pékin (au marché de gros de Xinfadi, qui vend notamment de la viande, du poisson et des légumes), que 57 infections au coronavirus ont été relevées et onze zones résidentielles confinées samedi.

Surprise : si l’éventualité d’une deuxième vague inquiète, l’événement qui a bouleversé les Chinois en fin de semaine, et qui côtoie curieusement cette actualité angoissante, c’est … la naissance du deuxième fils de Li Wenliang, médecin de Wuhan et lanceur d’alerte, près de quatre mois après sa mort. On la découvre forcément avec émotion. Comme un clin d’œil tout doux. Comme un joli pied de nez, aussi, aux autorités chinoises.

Le 30 décembre 2019, l’ophtalmologue de 34 ans, qui travaillait à l’hôpital de Wuhan, avait découvert en lisant le rapport d’un patient qu’une infection semblable à celle du SRAS avait été diagnostiquée chez sept personnes, qui l’avaient contractée au marché aux fruits de mer de la ville. Les malades avaient été mis en quarantaine quelque part dans l’établissement.

Li Wenliang avait prévenu un groupe d’anciens étudiants de son école de médecine via l’application WeChat, très populaire en Chine. Une capture d’écran issue de cette conversation privée avait fuité et était devenue virale. L’information avait circulé tous azimuts et Li Wenliang avait été interpellé le 3 janvier. Accusé d’avoir « répandu des rumeurs en ligne » et d’avoir « perturbé gravement l’ordre social« , le jeune médecin avait été contraint par la police de signer un document par lequel il reconnaissait ces infractions à la loi. « Je voulais seulement rappeler à mes camarades de classe de faire attention », avait-t-il expliqué à CNN.

Après cette mésaventure dont il s’était ouvert sur le réseau social Weibo en publiant le procès verbal, Li Wenliang était retourné s’occuper de ses patients à l’hôpital. Le 8 janvier, il avait soigné un glaucome chez une personne infectée par le coronavirus. Le 10, il avait commencé à tousser. Le 12 janvier, Ie verdict était tombé : contaminé, le trentenaire avait été hospitalisé. Malgré son âge et une surveillance constante, il avait commencé à développer une forme grave de la maladie, appelée, sur place, là où elle est née, « pneumonie de Wuhan ». La vidéo de Li intubé et racontant ses difficultés à combattre le virus avait fait le tour de la planète. Au début du mois de février, il avait tenté depuis son lit d’hôpital de répondre aux questions de CNN mais avait dû renoncer, à bout de souffle. Il est mort le 7 février.

Son décès a été annoncé puis démenti plusieurs fois par les médias autorisés avant d’être confirmé : une confusion révélatrice de l’embarras et de la fébrilité de Pékin. L’information a en effet déchaîné une vague de colère sans précédent en Chine et une compassion partagée internationale sur Internet. Pour endiguer l’émotion collective, jugée dangereuse, l’expression en ligne de la tristesse et de la révolte des Chinois a été modérée, comprenez censurée, par le pouvoir, qui a par ailleurs versé à la famille une « compensation pour décès occasionné par une maladie » de 785. 000 yuans (100.000 euros), élan de générosité relayé par le quotidien Ershiyi Jingji Baodao. Plusieurs collectes de soutien ont été lancées en vue de calmer les esprits.

Quand Li est mort, Fu Xuejie, son épouse, également ophtalmologue, dans un autre hôpital de Wuhan, était enceinte. « Nous n’accepterons aucun don de quiconque », avait-elle indiqué. « Les informations selon lesquelles je demande de l’aide sur Internet sont fausses ». Li Shuying, père de Li Wenliang, avait déclaré que le décès de son fils était la preuve de la vérité de ses affirmations et il avait demandé aux autorités de revenir sur les accusations proférées à son encontre.

Contrairement au parents du lanceur d’alerte, qui ont été isolés et traités, Fu Xuejie n’a pas été infectée. En plus de son chagrin infini, la fatigue de la future maman a toutefois nécessité son hospitalisation : elle avait de l’hypotension artérielle et des saignements. Quand le risque que sa grossesse tourne mal a été écarté, elle est allée s’installer au calme chez sa mère, à Zaoyang, dans la province du Hubei. Les médias chinois relatent que la famille a fait le choix de dire au premier fils du couple, âgé de 5 ans, que son papa était parti à l’étranger.

C’est au moment où Pékin s’interrogeait sur une deuxième vague de l’infection que la bonne nouvelle est tombée, quatre mois plus tard, le 12 juin : l’épouse de Li Wenliang a mis au monde leur deuxième fils, à Wuhan. La maman et le bébé sont en sécurité et se portent bien.
Fu Xuejie a fait part de l’heureux événement sur WeChat en l’accompagnant d’une photo du nourrisson, en pleine santé, et d’un commentaire :
« Mon mari nous regarde-t-il du ciel ? Son dernier cadeau pour moi est né aujourd’hui. Je ferai en sorte de l’aimer et de prendre soin de lui. »

Lâchée sur Weibo, une capture d’écran de cette annonce a été immédiatement commentée par 20.000 utilisateurs. Le hashtag « #La FemmeDeLiWenliangAccoucheàWuhan » avait été vu 52 millions de fois samedi.

Le bébé pèse 2 ,700 kg. Sa grand-mère, la mère de Li Wenliang, aide actuellement sa belle-fille à veiller sur l’enfant. Des millions et des millions d’humains lui souhaitent tout le bonheur du monde. Depuis que son héros de papa a prévenu qu’un vilain virus se baladait à Wuhan et que la police l’a traité de menteur, le SARS-CoV-2 a officiellement fait 430.530 victimes dans le monde, 7. 808.773 cas d’infections ont à ce jour été recensés.

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