Photo via La Manufacture ScPo Lille.

Lorsque nous nous retournerons sur cette étrange période épidémique, nous pourrons contempler, avec surprise, voire une part d’effroi, la facilité avec laquelle nous nous sommes départis de notre pouvoir démocratique, nous avons accepté sans discuter, ce qui, en temps normal aurait été combattu avec la vigueur démocratique qui caractérise notre société.

Depuis deux mois, le coronavirus a bon dos.

D’abord sur les libertés publiques. Pas question ici de remettre en cause le confinement, qui était vital et a permis de stopper l’épidémie. Mais on s’interrogera longtemps sur la docilité avec laquelle nous avons abdiqué à peu près tout : notre liberté de circuler, notre liberté de culte, notre liberté de manifester, notre liberté de nous réunir. Une abdication basée sur la peur d’un virus, une abdication sans le moindre coup de fusil tiré, sans le moindre coup de canon. Submergés que nous étions par nos émotions, notre terreur collective, nous n’avons même pas songé à protester, à tenter de mettre des bémols. Nous avons donné les clés de la maison républicaine sans la moindre protestation.  Il ne s’agit pas de se flageller. Il faut simplement s’interroger sur ce que nous faisons réellement de notre pouvoir, et sur la conscience que nous en avons.

Pas le temps pour la PMA, mais la loi Avia en express

Et dans cette société endolorie, qui sort lentement de l’anesthésie générale, la tentation est grande de pousser les limites acceptables.

Prenons la PMA. Un long combat pour les femmes, qui devront néanmoins attendre. Selon Gilles Le Gendre, le patron du groupe LREM à l’Assemblée nationale, le texte pourrait ne pas être voté avant la fin du quinquennat pour cause de redressement économique. Immédiatement corrigé par Olivier Véran qui parle d’un retard de quelques mois, ces déclarations laissent rêveur. Peut-on imaginer que l’ensemble du temps parlementaire à venir sera uniquement consacré au redressement économique ? Accepterons-nous de réduire notre vie démocratique à la question du redressement industriel, qui certes est essentiel, mais ne peut pas contenir l’ensemble des aspirations d’une nation. Repousser ad vitam aeternam le vote sur la loi bioéthique, c’est, symboliquement ignorer les intérêts spécifiques, la diversité, tout ce qui justement fait une nation.

Pas le temps pour la PMA, mais du temps, en revanche pour passer, dans un état d’urgence sanitaire, la loi Avia. Tout a été dit sur ce texte médiocre, inutile et dangereux. Avec une décision sur la nature du contenu aux plateformes, qui, devant l’urgence de 24h, vont se retrouver à censurer à la louche, sans aucun discernement, étant donnée l’amende astronomique de plus d’1 million d’euros qu’ils encourent. Qui peut juger de ce qu’est un contenu haineux. Quand il s’agit de racisme ou de discrimination sexuelle, c’est assez simple. En revanche, comment prendre le temps de discerner la validité de signalements abusifs, qui n’auraient d’autre but que de bloquer des propos qui dérangent leurs intérêts. Toute l’ambiguïté, et la dangerosité de cette loi se trouve dans ce terme et ce délai de 24h qui interdit toute réflexion judiciaire et morale.

Comment avoir permis de passer cette loi en express, alors qu’elle aurait mérité de longues heures de discussions et de prise de conscience des citoyens, qui, globalement, n’y ont vu que du feu.

D’autres bastions risquent de tomber. Comme celui du non cumul de mandat entre une fonction de ministre et un mandat d’exécutif local. Gerald Darmanin, élu maire de Tourcoing, sera autorisé, selon toute vraisemblance, à cumuler son mandat de maire et de ministre. Au nom de quoi ? Du caractère indispensable du ministre du budget dans la gestion de crise à venir ? Si tel est le cas, pourquoi ne renonce-t-il pas à son mandat de maire ? Quelles sont les priorités ? Au nom de quelle urgence décide-t-on de détruire la règle Jospin, introduite en 1997, qui certes n’est pas écrite mais reste une règle de bon sens, pragmatique. Il semble difficile, voire impossible de galoper sur deux chevaux en même temps.

Et quid d’Édouard Philippe ? S’il est élu maire du Havre (bien qu’il soit en situation défavorable à l’issue du premier tour) sera-t-il autorisé à cumuler ? Nous ressentions un certain malaise à le voir se découper en rondelles entre la semaine à Matignon et le week-end pour faire campagne au Havre. Sera-t-il obligé de faire un choix, lui aussi. Ou sera-t-il autorisé à ne pas le faire, au moins jusqu’au remaniement ?

Où sont passés les beaux discours sur le nouveau monde, sur la moralisation de la vie politique ?

Certes, la France est encore sous anesthésie, l’économie sous perfusion mais le débat politiqué mis entre parenthèse, va reprendre toute sa vigueur très vite. Et ces coups de canifs, au nom du Covid19, pèseront lourd, très lourd, dans les mois à venir, y compris pour beaucoup membres de la  majorité , qui, en leur for intérieur, doivent se demander jour après jour s’ils ont vraiment signé et milité pour ça.

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