Photo Lucélia Ribeiro - Licence Creative Commons

Après avoir passé deux mois de confinement à lire, écouter ce qui pouvait s’écrire et se dire au sujet de « l’informatique à l’École » (pour faire court), après presque trois mois d’enseignement à distance, je voudrais revenir sur ce qui semble aujourd’hui faire consensus  : la nécessité, voire l’obligation injonctive, d’utiliser les outils informatiques de la maternelle aux Grandes Écoles.

Je suis absolument persuadé qu’on n’échappe pas au progrès. Plus exactement qu’il serait irresponsable de le fuir au risque de « figer l’Histoire ». J’ai toujours, et moi avec beaucoup d’autres, été favorable à l’introduction massive de l’informatique à l’École. Ma propre salle de classe dispose (en collège) de Tableau blanc interactif et d’ordinateurs. J’utilise à titre personnel tous les outils informatiques actuels. Ils ne me sont ni étrangers, ni « antipathiques ».

Néanmoins, la science – et les technologies nouvelles en sont une – n’est pas la vérité. Elle est un outil permettant d’aller vers DES vérités qui constamment nous échappent. Parfois elle confirme des intuitions. Parfois elle les infirme.

En lisant certains propos sur les réseaux sociaux, en lisant des commentaires sur divers sites pédagogiques, en parcourant très attentivement les divers comptes-rendu des universités d’été Ludovia (e-éducation), force est de constater que l’Informatique à l’Ecole est souvent, voire toujours, présentée comme LA solution à de multiples problèmes, allant de la maïtrise de l’écriture à la réalisation de thèses de Doctorat en passant par la fin des erreurs d’orthographes ou de mathématiques. Je caricature à peine. L’Informatique « pédagogique » semblait pallier toutes les difficultés. Elle devient idéale, sans failles, technique, logique, imparable, indispensable et SEUL moyen de transformer un élève faible en bon élève (je l’ai lu), SEUL moyen pour faire d’un professeur fatigué un professeur heureux et efficace dans des salles de classes constellées d’écrans multiples. Les logiciels y sont décrits, tous, comme de merveilleux outils quasi dotés de pouvoirs magiques. Tout cela semblant être immédiatement à la portée du premier venu, sans apprentissage, sans formation, sans questionnement didactique. Mettez en route les ordinateurs, les machines feront le reste.

Or, chacun sait, les enseignants les premiers, que si les outils informatiques, quels qu’ils soient, sont et seront indispensables à l’avenir, leur apprentissage pour des applications pédagogiques doit être une obligation absolue dans le contenu de la formation des futurs professeurs. Il faut dire et redire que l’utilisation d’un TBI (Tableau blanc interactif), de tel ou tel logiciel, de l’ordinateur en classe ne sont pas des gadgets, gages de réussite systématique. Chaque utilisation de ces outils doit impérativement répondre à une nécessité pédagogique, faire l’objet d’une maîtrise de la part du Professeur et des élèves, avoir été préparée en amont pour un objectif précis et limité en aval. A la lecture de tout ce que j’ai pu découvrir ici et là, il me semble –  mais j’espère m’inquiéter pour rien  !  – que beaucoup se bercent d’illusions et induisent les collègues en erreur.

Les outils informatiques, que j’utilise, que je trouve merveilleux par la richesse des possibilités infinies – « infini » qui est d’ailleurs souvent aussi un handicap pour l’utilisateur- qu’ils offrent ne remplacent rien. Ils ne sont qu’un MOYEN supplémentaire mis à la disposition des enseignants et des élèves.

N’oublions pas l’Humain. Rien n’est plus beau que le silence d’une salle de classe quand le professeur saisit un livre, choisit un passage au hasard et obtient un « Ouahhh c’était trop bien M’sieur! » avant, pourquoi pas et si la leçon du jour s’y prête, de projeter un tableau de Vermeer ou une sculpture de Camille Claudel sur le beau Tableau Blanc trônant comme trônait jadis le globe terrestre sur l’armoire du Maître…

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