Laetitia Avia dans la salle des 4 colonnes de l'AN - Photo G. Garitan - Creative Commons - Texte Censuré via Maitre Eolas.
Laetitia Avia dans la salle des 4 colonnes de l'AN - Photo G. Garitan - Creative Commons - Texte Censuré via Maitre Eolas surTwitter.

La décision du Conseil Constitutionnel vient de tomber. Sans équivoque. À l’école, on appelait cela un zéro pointé. De cette loi qui visait à lutter contre la haine sur internet en imposant la suppression sous 24h par les plateformes (Facebook, YouTube, Google, Twitter) des «  contenus manifestement illicites », il ne restera rien.

C’est un soulagement parce que cette loi menaçait nos libertés publiques. Mais c’est aussi un soulagement parce que, comme l’écrivait la politologue Chloé Morin dans nos colonnes, la loi Avia allait accroitre une défiance déjà abyssale envers la politique et donc la démocratie.

Près de 80% des dispositions de la loi portée par la députée de Paris Laetitia Avia ont donc été « censurées ». L’avocat bloggueur Maitre Eolas s’est amusé à souligner en rouge les articles jugés non conformes par le Conseil Constitutionnel. C’est un massacre.

Le Conseil Constitutionnel a estimé que la loi incitait « les opérateurs de plate-forme en ligne à retirer les contenus qui leur sont signalés, qu’ils soient ou non manifestement illicites », à titre préventif. De ce fait, le conseil a jugé que la loi Avia portait « une atteinte à l’exercice de la liberté d’expression et de communication qui n’est pas nécessaire, adaptée et proportionnée ».

C’est exactement ce que tous les opposants à ce texte n’ont cessé de clamer des mois durant. Mais le Gouvernement et la majorité LREM n’ont eu de cesse de soutenir contre vents et marées cette proposition de loi d’évidence liberticide dans ses conséquences. Sept ministres dont la Garde des Sceaux Nicole Belloubet en principe chargée de la défense de nos libertés, et avec elle Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner, sept ministres pas un de moins ont soutenu dans une tribune publiée par Le Monde cette proposition de Laetitia Avia « contre la haine en ligne ».
On aurait pu penser que le confinement aurait pu amener un peu de réflexion. Mais non, le vote de la loi Avia était aussi selon le gouvernement d’Edouard Philippe le texte le plus important et le plus urgent du déconfinement. C’est le premier texte sur lequel a dû se pencher l’Assemblée nationale à au sortir de cet historique « grand confinement ».

Un entêtement totalement irrationnel que seule l’Histoire de cette présidence d’Emmanuel Macron pourra un jour expliquer. Pourtant le Chef de l’État a été alerté par son ami et inlassable défenseur des libertés publiques François Sureau. L’avocat qualifiait la proposition Avia de « loi effarante », expliquant que ce texte « fait à peu près tout ce qu’il ne faudrait pas en ne faisant rien de ce qu’il faudrait ». Et François Sureau d’accuser. « Les lois liberticides prospèrent sur notre démission collective » déclarait-il.

Ce texte qui apparait pour ce qu’il est : un texte de gribouille. Il laisse derrière lui l’image lamentable d’une majorité sourde, incapable de prendre en compte les avis extérieurs et éclairés. Une image d’amateurisme et d’incompétence qui teintera l’ensemble du quinquennat Macron.

Parce que la loi Avia ne fait pas exception. N’oublions pas la réforme des retraites. 18 mois de travail, de concertation des syndicats par le haut-commissaire Delevoye. Et au final, un texte qui est rejeté y compris les syndicats réformistes pourtant favorable dans son principe à une réforme.

Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir en promettant une forme d’expertise, de professionnalisme. Le jeune président a ainsi mis aux commandes et à l’Assemblée nationale « la société civile », en fait beaucoup de cadres supérieurs du privé et de hauts fonctionnaires experts. On allait voir ce qu’on allait voir. L’efficacité. Un monde nouveau.

Sanctionné d’un zéro pointé, ce travail de gribouille sonne le glas de ce récit, de ce « storytelling » de communicants. Quelque chose ne tourne pas rond dans la Macronie. Et maintenant cela voit comme le nez au milieu de la figure.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Lamiaud Alexandre

    « Ce texte apparait pour ce qu’il est : un texte de gribouille. Il laisse derrière lui l’image lamentable d’une majorité sourde, incapable de prendre en compte les avis extérieurs et éclairés. Une image d’amateurisme et d’incompétence qui teintera l’ensemble du quinquennat Macron. »

    Faut toujours abuser des bonnes choses, comme disait le célèbre philosophe Karadoc ‼️ Et moi, des articles comme ça, et je m’en lasse pas 😁

    Merci merci pour merci ‼️

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