Récompense de 10 000 € pour retrouver l'assassin de l’ours tué en Ariège - Source Rewild.
Récompense de 10 000 € pour retrouver l'assassin de l’ours tué en Ariège - Source Rewild.

La ministre a posté les photos sur Twitter mardi : la dépouille d’un ours, tué dans l’Ariège. Commentaire : « L’ours est une espèce protégée, cet acte est illégal et profondément condamnable. La préfète s’est rendue sur place. L’État va porter plainte ».

L’animal, qui pesait 101 kilos, avait 4 ans. Il a été abattu de plusieurs balles, à Ustou, près de la station de sports d’hiver de Guzet, et découvert en bas d’une pente de près de 300 mètres de dénivelé. Une autopsie a été pratiquée à l’école vétérinaire de Toulouse mercredi. Elle confirme l’hypothèse d’un acte délibéré « en lien avec l’utilisation d’une arme à feu », a indiqué le parquet de Foix, qui n’a toutefois pas précisé, « pour préserver l’enquête », combien de projectiles avaient atteint le plantigrade, tout en indiquant que l’autopsie avait mis au jour « des informations balistiques importantes ». Le jeune ours est mort d’une « hémorragie thoracique importante ».

Après le tweet d’Élisabeth Borne, onze associations ont annoncé via un communiqué commun qu’elles déposaient plainte pour « destruction d’espèce protégée », délit passible de trois ans de prison et 150.000 euros d’amende.

« Ce nouveau pas franchi dans la violence s’inscrit dans un contexte d’impunité des opposants à l’ours radicaux et violents que nos associations dénoncent depuis des années », déplorent-elles. « Il n’est pas admissible dans un État de droit que certains cherchent à imposer par la violence un point de vue qu’ils n’ont pas réussi à faire valoir par les voies démocratiques et légales », ajoutent les signataires.

50 ours sur 10.400 km ²

Les associations demandent à la ministre de la Transition écologique de confirmer « dès maintenant » que l’État « respectera son engagement de remplacer rapidement tout ours mort de cause humaine et procédera donc à un lâcher pour compenser ce tir illégal et inacceptable ».

Selon l’association Pays de l’Ours-Adet, l’effectif minimum détecté était, en 2019, pour l’ensemble des Pyrénées, de 52 ours (-2 morts), sur 10.400 km ² : six dans les Pyrénées Occidentales (Béarn, Navarre, Aragon) et 46 dans les Pyrénées Centrales (Comminges, Couserans, Val d’Aran, Catalogne, Andorre, Pyrénées Orientales, Aude).

En 2019, cinq portées de deux oursons ont été repérées, deux jeunes n’ont pas survécu, rapporte Pays de l’ours-Adet, qui mentionne même les prénoms des parents : Sorita, Bambou, Fadeta, notamment, pour ces dames, Goiat, Néré, Cachou côté mâles. En 2020, quatorze à quinze femelles sont susceptibles d’avoir des oursons, les spécialistes tablent sur cinq à neuf portées.

Ce tableau attendrissant n’émeut pas les opposants à la présence de l’animal, accusé de menacer le pastoralisme en raison des attaques de troupeaux. Ainsi, l’Association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège-Pyrénées affirme ne pas être chagrinée par la mort violente du jeune ours. « Nos pensées vont tout d’abord vers les centaines de brebis qui pâturaient paisiblement et qui ont été tuées par cet ours et ses congénères. Elles vont vers ces éleveurs qui seront momentanément épargnés de la mort d’une partie de leur troupeau auquel cet ours a fini de faire du mal. Elles vont enfin vers tous les éleveurs qui subiront la pression et les attaques des 50 ours restant, bien vivants eux, contre lesquels l’Etat ne les protège pas », affirme l’ASPAP dans un communiqué.

500.000 euros en plus pour protéger les troupeaux

En avril, un autre ours, auquel il était reproché d’être un prédateur insistant, a été retrouvé sans vie au fond d’un précipice, de l’autre côté des Pyrénées, en Espagne. Les causes de sa mort n’ont pas été révélées, une autopsie a été pratiquée à l’Université autonome de Barcelone.

À chaque fois qu’un animal paye au prix fort sa présence dans le secteur, la bataille fait rage entre les écologistes, qui défendent la réintroduction de l’ours brun dans le massif pyrénéen, mise en œuvre dans les années 90 conformément à la législation européenne sur la protection de la biodiversité, et les éleveurs, dont les troupeaux sont attaqués : ils revendiquent 1.063 ovins tués entre janvier et septembre 2019, soit presque deux fois plus qu’en 2018 (589), et cinq fois plus qu’en 2016 (190), selon France 3 Occitanie.

Des chiffres relativisés par les pro ours. Ils affirment que ces données sont dopées par les nouvelles modalités d’indemnisation : s’il n’y a pas de preuves de la responsabilité de l’ours et si celle-ci est possible, le doute profite désormais aux éleveurs.

Quelques jours avant que le jeune plantigrade soit abattu, le ministère de la Transition écologique et solidaire a rendu publiques les principales mesures envisagées pour le pastoralisme et l’ours en vue de la saison d’estive 2020 : une « feuille de route améliorée » conforme aux engagements pris par le Président de la République, à Pau, en janvier.

Elle sera officiellement présentée début juillet et « confirmera l’engagement de l’État à ne pas procéder à de nouvelles introductions d’ours dans le contexte d’une dynamique favorable de la population ursine ». Elle prévoit notamment une enveloppe de 500.000 euros supplémentaires pour la protection des troupeaux, ou encore la mise en place de « mesures expérimentales d’effarouchement ».

L’effarouchement ne fait pas peur qu’aux ours

L’effarouchement, comme son nom l’indique, consiste à effrayer la bête quand elle se fait menaçante, n’est permis que par exception et dûment réglementé. Une méthode, dite « simple », utilise des moyens sonores (cloches, sifflets, les cornes de brume ou les pétards), olfactifs et lumineux (torches, phares…). Une autre, dite « renforcée », autorise le recours à des tirs non létaux de « toute arme à feu chargée de cartouches en caoutchouc » ou à double détonation. « Pour tenir compte du bilan de l’expérimentation de 2019, deux évolutions majeures ont été introduites concernant la production des comptes rendus d’opération et la durée de l’autorisation pour l’effarouchement renforcé », détaille la consultation publique sur le projet d’arrêté « relatif à la mise en place à titre expérimental de mesures d’effarouchement de l’ours brun dans les Pyrénées pour prévenir les dommages aux troupeaux ». Les associations de protection des animaux considèrent que ces moyens sont à la fois dangereux pour l’homme et pour le plantigrade. Elles suggèrent d’« autres solutions bien plus satisfaisantes et rationnelles ».

Alors que le débat fait rage, la mort par balles du jeune ours a ravivé la colère de ses supporters et, plus largement, soulevé la révolte des âmes sensibles : on ne peut qu’être dégoûté par l’image de la dépouille de cet animal, qui, lui, n’y est pour rien. Il ne tue pas par cruauté ou exaspération et n’a pas choisi de vivre dans les Pyrénées plus qu’ailleurs. Contrairement aux bipèdes d’apparence humaine qui se livrent à ce genre d’exécution sommaire.

Sea Shepherd offre une récompense de 10.000 euros

Certaines réactions se montrent à la hauteur de cet acte odieux et illégal. Pour appuyer l’enquête menée par les gendarmes de la brigade de recherches de Saint-Girons, aidés par des agents spécialisés de l’Office français de la biodiversité, l’association Sea Shepherd (co-fondatrice de Rewild) offre une récompense de 10.000 euros « pour motiver ceux qui auraient des informations » permettant de faire avancer les investigations. Elles seront transmises aux autorités en charge de l’affaire et « la récompense sera versée si le témoignage aboutit à l’inculpation du ou des coupable(s) ».

Sur Twitter, depuis mardi, les cintrés de la gâchette sont ciblés et n’ont que peu d’avocats. Un dégoût général et légitime vise les braconniers. Mais aussi les chasseurs, bien qu’eux pratiquent en toute légalité un loisir mortifère qui ne fait pas des victimes que chez les animaux : entre 2015 et 2019,  533 accidents de chasse ont provoqué 46 morts humaines.

Également dans le collimateur, Emmanuel Macron, en raison de son enthousiasme ouvert pour la chasse à courre, ex-privilège devenu barbare, qui suinte la souffrance animale, et des affinités assumées du Président avec le lobby de la chasse tout court, qu’il chouchoute ouvertement. Ces penchants décomplexés s’étant accompagnés d’un net recul de la protection animale en France depuis le début de son mandat. Certains viandards qui commençaient à filer doux se sentent forcément des ailes, pensent en cœur les twittos furieux qui ne manquent pas de l’exprimer, tout en saluant la mémoire de l’ours.

Loin des tensions ensanglantées, comment ne pas s’émouvoir en visionnant la vidéo postée sur Youtube par France 3 Occitanie et filmée par un enfant de 9 ans qui regarde l’ours, s’émerveille, et chuchote à son papa, avec cet accent qui sent le soleil : « Ho… qu’il est beau… ».

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