On se doutait bien que les restrictions qui affectent les loisirs, les balades, les voyages, étaient plus faciles à encaisser quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle sur l’envie de s’évader. Ça se confirme : l’état d’urgence sanitaire est plus pénible au soleil.

À peine remis de près de deux mois de confinement, ou de stress pour ceux qui ont travaillé en première et deuxième lignes, les Français en prennent la mesure, alors que la météo affiche des températures qui dépassent les normales saisonnières de sept à huit degrés : plus de 20° à Paris, Marseille ou Bordeaux ce matin à 8 heures.

En ce jeudi de l’Ascension où le mois de mai s’est déguisé en juillet, les habitants des zones rouges rêvent du vert des jardins qui leur sont interdits. Tandis que ceux des régions vertes éloignées du littoral de plus de 100 kilomètres fantasment sur le bleu azur d’une mer qui leur sera inaccessible au moins jusqu’au 2 juin.

Résultat côté rouge : à Paris, dès hier soir, près de 5.000 personnes, des jeunes pour la plupart, se sont naturellement posées par grappes de moins de dix… ou plus sur la pelouse des Invalides, avec ou sans masques, pour pique-niquer, boire un coup, profiter des premières caresses d’un été au rendez-vous avant l’heure.

La police a fait le job, dans un climat bon enfant

Les forces de l’ordre se sont invitées au cœur de cette colo géante improvisée : pas pour déloger les contrevenants éventuels à coups de lacry comme au bon vieux temps d’avant le Coronavirus… mais pour rappeler gentiment quelques règles et conseils de prudence, ainsi que la nécessité de respecter la distanciation physique. Pas si simple de faire se bouger les étourdis qui avaient oublié de ne pas s’agglutiner. La police a fait le job, dans un climat bon enfant.

Cette scène inédite, conséquence directe de la fermeture des parcs et jardins, alimente une question : est-il opportun de maintenir cette mesure ? Un des effets secondaires est d’inciter des familles avec enfants, sur pattes ou en poussettes, à s’installer sur les trottoirs, aux pieds des arbres pour ne pas les quitter des yeux, du mauvais côté des grilles fermées. Est-ce vraiment plus propice au respect de la loi anti-épidémie de Covid ? Ceux qui défendent la levée de cette mesure assurent que non.

Hidalgo s’obstine face à un gouvernement têtu

Pour Anne Hidalgo, la réouverture de ces espaces de promenade est même une question de « santé publique ». Depuis le 10 mai, la maire de Paris plaide pour que la capitale bénéficie d’un régime particulier en raison de la densité de sa population : il faut selon elle « desserrer l’étau ».
L’élue a eu beau proposer une ribambelle de dispositions drastiques, comprenant le port obligatoire du masque ou des tranches horaires rien que pour les aînés, et visant à garantir la sécurité sanitaire des Parisiens, elle se heurte au refus têtu du gouvernement, à commencer par celui du ministre de la Santé.

Face à l’obstination un peu exubérante d’Hidalgo, un Véran un peu agacé a mis en garde contre le risque de voir anéantis tous les efforts consentis jusque-là par les habitants de la capitale.
Mais la maire de Paris n’en démord pas. Elle a même demandé le 19 mai une réunion en urgence au ministre de l’Intérieur pour « lever ce problème ». Le gouvernement « reste sourd », a-t-elle tweeté. Affaire à suivre. Les photos de certaines rues parisiennes transformées en jardins sans plantes, où la fameuse distance de un mètre obligatoire passe allègrement à l’as faute de place, pourraient finir par peser.

250 emplacements gratuits pour poser sa serviette de plage

Pendant ce temps-là, chez les verts du littoral, les tongs sont de sortie et on gère le casse-tête des plages, avec créativité parfois. La Grande-Motte, par exemple, est le seul endroit de France où il est possible, dès aujourd’hui, de poser sa serviette une demi-journée, sous réserve d’avoir retenu un des 250 emplacements proposés gratuitement aux amateurs de coups de soleil. Deux mille mètres carrés de bonheur, chacun dans sa case délimitée par des piquets en bois et une cordelette, avec interdiction d’emmener son chien, de fumer, de pique-niquer, un sens de circulation à respecter, et du personnel, en mode dynamique lui, pour contrôler le tout.

Cette configuration balnéaire vous tente ? Ne rêvez pas, c’est complet. Quand l’offre a été mise en ligne par l’Office du tourisme, tous les enclos ont été bookés en deux heures de temps, jusqu’à demain. Si l’initiative s’avère concluante, elle pourrait bien servir d’exemple ailleurs. Comme s’il n’était pas plus simple que chacun dessine un grand rond sur le sable pour que sa licorne géante ne contamine pas celle du voisin.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 1 commentaire

  1. COGER Sandrine

    Les poumons verts de Paris sont essentiels à ceux des parisiens… Notamment avec la chaleur, notamment pour les personnes fragiles…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.