Capture Instagram - Maman de Yuruy.

Yuriy, 15 ans depuis jeudi, a été massacré par une dizaine d’individus. Ils l’ont laissé pour mort, gisant sur la dalle Beaugrenelle, dans le quinzième arrondissement de Paris. Un déchaînement de violence extrême, à coups de pied et de battes ou bâtons, l’un des agresseurs ayant même utilisé un marteau ou un objet similaire pour frapper l’ado à plusieurs reprises au visage alors qu’il était à terre. Multiples fractures du crâne, le nez cassé, ainsi que les bras, les poignets, les doigts, et des côtes, a détaillé sa mère, Nataliya Kruchenyk. L’adolescent a été plongé dans le coma artificiel et a subi une opération de six heures à l’hôpital Necker. Dimanche, Yuriy se réveillait tout doucement, il essayait de s’exprimer mais était apeuré et avait des crises de stress et d’angoisse, a indiqué Nataliya Kruchenyk.
Le pronostic est encourageant, mais les médecins ne se prononcent pas sur les séquelles. Le malheureux a été pris en charge par des passants « qui l’ont trouvé inconscient en pleine rue », a relaté un proche sur Twitter.

Les faits se sont produits vendredi 15 janvier, à Paris, dans le quinzième arrondissement. Ils ont été filmés. Insoutenable, la vidéo de la meute s’acharnant sur le jeune homme au sol n’a été mise en ligne que quelques jours plus tard. Selon LCI et « une source proche de l’enquête », sa diffusion sur les réseaux sociaux « pourrait être issue du plan de vidéoprotection de la préfecture de police (PVPP) » et l’IGPN a été saisie d’une enquête administrative. Philippe Goujon, le maire du 15e, a déploré que ces images aient été mises en circulation : « Ça peut nuire à l’enquête ou mettre des personnes en danger ». Il a appelé les jeunes qui accompagnaient Yuriy à avoir le courage de témoigner.

C’est avec l’apparition de cette vidéo que l’affaire a été mise en lumière, mais la famille de la jeune victime a lancé des appels à témoins durant toute la semaine sur Internet, notamment sa maman via Instagram et son cousin qui a tout raconté le 18 janvier sur Twitter.

Concernant le scénario qui a conduit à cette terrible scène, rien n’est établi pour l’heure, aucun élément de source officielle. Des hypothèses circulent mais aucune n’est validée. Les agresseurs, qui seraient venus de Vanves, courent toujours et sont activement recherchés. Une enquête, menée par le troisième district de la police judiciaire, a été ouverte pour « tentative d’homicide volontaire en réunion ».

Quelles que soient les circonstances qui ont engendré cette ultraviolence froide et inhumaine, elle n’est malheureusement pas exceptionnelle. Phénomène jugé préoccupant depuis plusieurs années, elle n’épargne aucun arrondissement de Paris, y compris les plus chics, et le quinzième n’y échappe pas, avec plusieurs secteurs sensibles. Le syndicat indépendant des commissaires de police explique que « des bandes puériles et stériles » se battent pour marquer leur territoire qui correspond souvent à un quartier. Les prétextes sont majoritairement « idiots ». Sur fond de trafic de stup. La guerre se fait d’abord sur les réseaux sociaux. Puis sur le terrain. 46 bandes avaient été recensées en 2018 sur la capitale et la petite couronne. « Les rixes se donnent à voir au grand jour dans des espaces publics ou dans des lieux ouverts au public. Le déchargement de la violence y est explosif avec des comportements d’acharnement et de logiques de meute où le sentiment de responsabilité individuelle se dissout dans la dynamique collective. Enfin, ils reposent sur des motifs en apparence dérisoires dont l’importance est amplifiée par l’hyper sensibilité à la logique de l’honneur et à la défense de la réputation dans le groupe », décryptait en février 2020 le sociologue Gilbert Berlioz, après le décès d’un jeune de 14 ans, poignardé lors d’une bagarre dans le dixième arrondissement le 30 janvier.

La mairie de Paris, qui a enregistré près de 230 rixes entre 2016 et 2019, ayant causé la mort de huit jeunes, a lancé en 2018 des États généraux dans le but de définir une stratégie de prévention des rixes, comprenant notamment la mise en œuvre d’un dispositif local et collectif d’alerte. Les deux confinements de 2020 rendent difficile une évaluation du phénomène pour cette année.

Yuriy, lui, devrait s’en sortir. Avec le soutien d’Omar Sy, d’Antoine Griezmann et de toute la France sonnée par cette barbarie. Les images qui tournent en boucle à côté de sa frimousse au large sourire font physiquement mal. Chaque coup porté à ce jeune homme nous étreint le cœur. La conscience, aussi. Avec, quelque part, enfouie derrière l’émotion et la compassion pour cet ado et sa famille, l’idée que ces monstres-là, ces zombies encagoulés, ne sortent pas de nulle part, et qu’ils ont été, eux aussi, mis au monde un jour. S’ils sont des « sauvages », des machines à tuer, c’est qu’ils sont le sont devenus. Au degré zéro. En marge de l’ultraviolence engagée, comme celle du suprémaciste italien de 22 ans néo-nazi interpellé vendredi à Savone alors qu’il était suspecté de fomenter des actions terroristes comme celles d’Utoya en Norvège en 2011 et de Christchurch en 2019.

Les politiques récupérateurs préfèrent s’affranchir de se poser les bonnes questions et savent choisir les mots pour faire leur marché électoral en surfant sur le drame. À l’image de Marine Le Pen, qui n’en finit plus de se chamailler avec Gérald Darmanin et a accusé le gouvernement de ne répondre à l’ultraviolence que par la « culture de l’excuse ». Ce n’est de bon augure ni pour la clairvoyance collective, ni pour la surenchère sécuritaire déjà en cours entre deux ennemis qui ont un intérêt réciproque à ne pas rater une occasion de s’affronter.

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