Les quais à Paris - Photo Barbara W - Creative Commons

Ils ont osé faire la fête, une dernière fois, dans les bars et restaurants en un samedi soir pré apocalyptique, alors que le Premier ministre venait d’annoncer la fermeture des lieux d’accueil collectifs.

Ils ont chargé femmes, enfants, chien et poisson rouge dans le break familial – hybride – pour gagner la Normandie, envahir l’île de Ré ou les petits villages savoyards isolés.

Ils ont inondé les réseaux sociaux de leurs œuvres culinaires plus ou moins réussies, provoquant l’hilarité puis l’exaspération générale.

Ils ont étalé leurs bonnes résolutions de confinement – lecture, yoga, sport, « confinement apprenant » – pour mieux nous culpabiliser d’avoir laissé nos baskets prendre la poussière et hurlé des dizaines de fois sur les enfants.

Ils en ont remis une couche au déconfinement, en redoublant d’élans de générosité et de #letempsestvenu…

… tout en occupant les bords du canal Saint Martin ou les pelouses des Invalides par grappes, verres et paquets de chips (individuels bien sûr) à la main.

Nous adorons les détester. Ils sont devenus notre bouc émissaire favoris. Le putching ball d’une France déprimée et déclassée, confinée et frustrée.

Ils ont bon dos, les bobos. Ils incarnent cet autre que nous n’appréciions déjà pas beaucoup – 2/3 des Français pensaient déjà avant le COVID « qu’on n’est jamais trop prudent quand on a affaire aux autres » -, mais que nous sommes désormais ravis de tenir à distance « sociale ».

Par les temps qui courent, on trouve plus de monde pour revendiquer fièrement sa beauferie ou son droit au consumérisme débridé – cf scandale Amazon récent… – que pour assumer être un « bobo ».

Oui, nous adorons détester les bobos, d’autant plus que personne – ou presque – ne se revendique comme tel.

Né sous la plume de l’Américain David Brooks en 2000, le terme a bien plus de postérité en France qu’aux US. La fameuse chanson de Renaud a contribué à le populariser. On attribue notamment à ce groupe qui n’est pas une classe sociale, fondée sur des intérêts économiques partagés, mais plutôt une communauté de modes de vie et de valeurs, le basculement à gauche en 2001 de villes comme Lyon et Paris. Le bobo est vite devenu un bouc émissaire favori de la droite – notamment de Nicolas Sarkozy – ou du FN. Au fond, aujourd’hui, comme le souligne Jean-Yves Authier (professeur de sociologie à Lyon II) : « le bobo est une catégorie valise et n’importe qui peut s’en servir pour désigner n’importe quoi. On peut l’utiliser à droite comme à gauche pour stigmatiser tout ce que l’on veut, ce qui met au jour les limites explicatives de cette catégorie ».

Car au terme de multiples débats et réflexions, il semblerait que les sociologues et autres penseurs de turpitudes de notre monde étrange finissent par converger sur un constat : le bobo n’existe pas.

Mais en perdant ce paratonnerre de nos colères, ce déversoir de nos irresponsabilités, allons-nous donc devoir prendre conscience que pour beaucoup, ces jeunes qui s’égayent sur les pelouses, ces joggeurs matinaux, ces familles confinées à la campagne, ces resquilleurs du confinement, ces spécialistes du « faites ce que je dis…pas ce que je fais », ce sont nos amis, nos parents, nos voisins, nos enfants… Allons-nous devoir prendre conscience avec horreur que les bobo que l’on assassine sur les réseaux, que l’on insulte dans les repas familiaux, que l’on adore détester… c’est nous ?

Peut-être vaut-il mieux, pour des raisons de paix sociale et afin de soulager nos consciences déjà bien lourdes des culpabilités pas toujours légitimes que nous assigne la société, garder l’illusion que le bobo existe bel et bien. Et continuer à lui taper dessus.

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Cet article a 2 commentaires

  1. GIORDANI

    Si les bobos existent.ils votent pour la grande majorité d’entre eux LREM.Ils ont voté Macron,dès le 1er tour.Ce sont des « libéraux »évidemment;ils gagnent au moins 4000 euros /mois,habitent les centre villes des grandes villes,ont une résidence secondaires dans des coins plutôt « chics »,voilà pour les critères de base!

  2. Corso

    Pour la suite,les bobos roule dans la voiture dernier modèle,se déplace en trottinette électrique ou vélo,s’habillent plutôt classe au travail mais peuvent aussi être décontractés pour donner l’impression d’être »convivial »,mot très utilisé chez eux!

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