Il n’avait pas prévu de parler politique. Contrairement à toutes les rumeurs de rédaction, comme en pareil cas, Emmanuel Macron voulait consacrer son intervention de ce soir au déconfinement. L’accélération, l’ouverture des frontières, la relance économique. Mais le bras de fer entre la police et son ministre de l’intérieur l’oblige, ce soir, à une clarification. Et à une prise de parole forte et sans ambiguïté. D’un côté, des syndicats de policiers chauffés à blanc, dont la rupture avec leur ministre de tutelle semble consommée. Et même s’il est souvent arrivé que nous ne donnions pas cher de la peau de Christophe Castaner, notamment après le saccage de l’arc de triomphe, le 1er décembre 2018, jamais il n’a semblé aussi proche de la sortie.

Les frictions entre État et forces de l’ordre ont toujours fait trembler de peur tous les exécutifs. Emmanuel Macron n’échappe pas à la règle.

Il devra donc ce soir rassurer les policiers, leur montrer tout son soutien.

Mais le chef de l’État a une autre peur : la colère des mouvements anti-racistes qui ne redescend pas. Encore 20.000 personnes hier place de la République, et beaucoup de cortèges en province.

Cette colère liée au racisme mais aussi aux violences policières. Lors de la campagne de 2017, le candidat Macron avait eu des propos très durs pour sanctionner les moindres débordements policiers, la moindre bavure. Le président Macron a bien changé, lui qui n’a prononcé aucune parole, ou presque, d’apaisement pendant le conflit des gilets jaunes, aucune parole de consolation pour les mutilés de ces manifestations. Au contraire, ils évoquaient ces foules haineuses.

Ce soir, il n’aura pas de haine à invoquer. Hormis quelques incidents, il n’y a pas eu de débordements lors de ces manifestations.

Il sait que le mouvement est profond, qu’il peut s’agréger avec un mouvement social plus fort, qui sommeille et ne demande qu’à se réveiller. Il sait également que si la jeunesse des quartiers, comme les policiers, demandent à la république de les respecter, les deux protagonistes actuels ont bien des points communs sur la stricte revendication sociale.

On ne sort de ses ambiguïtés qu’à ses dépens, disait le Cardinal de Retz. Ce soir, Emmanuel Macron devra pourtant sortir de l’ambiguïté, de cet « en même temps », qui, à terme, mécontente tout le monde.

Son premier ministre a parlé de « basculement possible ». Un mot très fort.

Le contredira-t-il en adoptant cette attitude qui l’a desservi pendant la crise sanitaire, une forme de faux enthousiasme, tourné vers demain. Ou bien prendra-t-il la mesure pour tenter de dénouer cette crise et commencer à renouer les fils distendus, presque rompus, au cœur de notre société ?

Il s’agit probablement de l’une des interventions les plus importantes du chef de l’État, qui, contrairement aux apparences qu’il veut projeter, celle d’un homme dynamique en marche, est en réalité une personnalité politique qui a toujours le plus grand mal à trancher, choisissant toujours une sorte de côte mal taillée.

Ce soir, il devra le faire non sans arrière-pensée : à qui parlera-t-il ? À tous les Français ou bien au seul électorat qu’il doit garder, celui de toutes les droites, libérales, conservatrices, souverainistes. Souhaitons que la réponse ne soit pas déjà contenue dans la question.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 2 commentaires

  1. Renaud Lemoulant

    Quelle est la cote de la côte ?

  2. Conti

    J’ai détesté ce que j’ai entendu hier. Quand on s’annonce manifestation anti-raciste, on ne tient pas de propos racistes, ni à l’égard des juifs, ni à l’égard de celles et ceux qui ne sont pas noir(e). Certes al Justice -encore une fois- n’a pas été à la hauteur. Peut-on décemment faire attendre une famille pendant quatre ans pour annoncer une sorte de verdict alors qu’Adam Traoré n’a pas à être jugé ? Imaginons que les magistrats en viennent à conclure que le jeune homme n’est pas décédé sous les coups des policiers… C’est devenu inaudible ! OU la famille ou les policiers vont trinquer alors que les magistrats se sont rendus responsables de la crise en faisant durer le plaisir ! Face à une telle affaire, on n’attend pas, on prend ses responsabilités. Cool, la profession de juge, c’est la seule dans notre pays qui n’a jamais de compte à rendre !!!!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.