Face à face Emmanuel Macron - Xavier Bertrand à Montcornet, le 17 mai 2020.

Au fil de notre observation des humeurs, des coups de gueule, des peurs et des aspirations exprimées par les Français depuis le mois de mars, une grille de lecture de l’action gouvernementale –et singulièrement, parce que nous avons une conception très monarchique de l’exercice du pouvoir quoi que l’on en dise, d’Emmanuel Macron – s’est installée.

D’un côté, on reconnaissait au pouvoir de faire « ce qu’il peut » en des temps exceptionnels, incertains. Mais de l’autre, les critiques se sont multipliées : trop tard, trop peu, zig-zag…

Certains mots, très durs, sont revenus avec insistance : Déconnexion. Infantilisation. Humiliation.

Déconnexion d’une bureaucratie qui, sans politiques capables de lui tenir la bride, a trop souvent entravé au lieu d’épauler.

Déconnexion d’un Président parfois trop lyrique, trop optimiste.

Infantilisation de Français à qui l’on demandait de prendre leurs responsabilités, mais en agitant la menace de sanctions (nous avons déjà évoqué ce point dans un autre article de ce blog).

Humiliation d’une Nation aussi pessimiste que fière, sans doute pessimiste parce que fière, qui a été mise en échec par un bout de tissu avec des élastiques.

Humiliation dont elle rend responsable, essentiellement, ses dirigeants – haute administration, gouvernement, et évidemment, le paratonnerre politique par excellence, le Président.

Un Président dont de nombreux Français nous ont dit, ces derniers temps, ne pas comprendre qu’il se « balade », qu’il « se montre » un peu partout en France, alors qu’il « devrait laisser bosser les soignants ». Un Président qui a certes fait un mea culpa devant les soignants, à la Pitié Salpêtrière, mais pour souligner ensuite que l’échec stratégique sur l’hôpital était cruel « pour lui ». Un Président qui, lorsqu’il a célébré le courage et la résilience des Français – car il l’a fait, à maintes reprises -, a suscité de nombreuses railleries, de la part de Français qui n’y voient que le paternalisme un peu méprisant d’un homme trop content de lui.

Alors quand Emmanuel Macron a célébré De Gaulle ce dimanche, il a nécessairement exaspéré cette part de la France qui se sentait humiliée et en colère. N’est pas De gaulle qui veut, a-t-on pu lire sur les réseaux sociaux.

Et soudain, au terme du discours et au moment de saluer les quelques élus locaux présents, un homme se dresse face au chef de l’État et plante ses yeux dans les siens.

Un homme qui, conscient de cette colère des « humiliés », des « réfractaires », des « irréformables », lui dit en substance qu’il faut être fier des Français. Que dans la tempête, c’est l’abnégation, la résilience, l’inventivité des Français qui ont permis au pays de tenir tête au virus, de faire face malgré la lourdeur bureaucratique, les erreurs politiques. Cet homme, en somme, lui rappelle que comme le disait Napoléon, il ne tient son pouvoir que de l’imagination des Français. Et qu’il ne tient qu’à eux de l’en priver.

Pour ajouter l’affront à la leçon d’humilité, cet homme – il s’agit de Xavier Bertrand, président des Hauts de France – porte un masque. Ce masque que le Président ne porte pas, ou peu. Ce masque qui rappelle les échecs de son administration. Ce masque qui coûte cher aux familles – jusqu’à 200 euros par mois et par foyer, soit bien plus que le beurre dans les épinards que beaucoup n’avaient déjà plus les moyens de se payer. Un masque qui rappelle, surtout, la peur qui continue à tenailler les Français. Et donc rappelle ce président qui se projette déjà dans la victoire, que son peuple est encore, lui, dans les tranchées.

Le Président acquiesce, car comment dire le contraire ? La grandeur de la France, son esprit de résistance, ne vient-il pas de les célébrer ?

Au fond, Xavier Bertrand a énoncé tout haut, calmement, simplement, sans polémique inutile, l’exaspération que beaucoup expriment tout bas. Il semble dire qu’il ne suffit pas de convoquer « l’esprit de résistance » pour en être jugé digne par des Français immensément sévères et exigeants vis-à-vis de l’ensemble de leur classe politique. Et il renverse l’humiliation de Français qui ont le sentiment que leurs victoires sont appropriées par des dirigeants qui ne les méritent pas.

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