Emmanuel-Macron-Face à face Emmanuel Macron / Xavier Bertrand à Montcornet dans l'Ainse - capture vidéo

Nous avions évoqué ici-même la leçon d’humilité et de « proximité » administrée par Xavier Bertrand à Emmanuel Macron il y a dix jours.
Voici donc le match retour…

Le Président s’apprête à rendre visite à l’usine de l’équipementier automobile Valéo d’Étaples, dans le Pas-de-Calais, afin d’annoncer un plan de soutien à une filière automobile durement frappée par la crise du coronavirus. La tradition républicaine veut que, dans ce type de déplacement, le Président soit accompagné des principaux élus locaux. Xavier Bertrand, Président de la région, aurait donc dû en être.

Las, ce dernier a fait savoir à l’AFP qu’il n’avait pas été convié. « J’ai été prévenu hier soir par le préfet m’indiquant que j’étais informé mais pas convié par l’Élysée ». Vous aviez aimé le « responsable mais pas coupable », vous adorerez le « informé mais pas convié ».  

Et le Président des Hauts de France d’ajouter auprès de BFMTV : « « Les bras m’en tombent. Je suis choqué que le président de la République fasse de la mise en scène alors qu’on devrait bosser tous ensemble. (…) C’est une crise sans précédent, qui concerne l’industrie automobile. Est-ce que ça ne vaut pas la peine qu’on bosse ensemble? Un président, dans cette période, ça doit rassembler. »

En guise d’explication, l’Élysée argue de la nécessité d’appliquer « un protocole sanitaire rigoureux », « avec notamment une délégation d’élus resserrée et réduite au strict minimum ». Excuse tout à fait cocasse, lorsqu’on a pu constater l’aréopage d’élus qui avaient accompagné Emmanuel Macron à Montcornet (mais il est vrai qu’ils étaient en extérieur), et surtout le fait que l’ensemble des présents avaient, sur demande expresse de l’Élysée, renoncé à porter des masques… sauf Xavier Bertrand, donc.

Dès lors, que cette décision d’écarter Xavier Bertrand soit une mesure de rétorsion ou bien qu’elle procède réellement des impératifs sanitaires, c’est un piège à double détente qui se referme sur le Président. Un Président qui apparaît comme politicien, voire infantile dans sa petite vengeance, alors même que comme diraient les enfants « c’est l’autre qui avait commencé ». Un Président qui laisse son adversaire lui ravir la posture qui devrait être la sienne : celle de l’homme au-dessus des clivages, capable de dépasser postures et petites querelles pour voir plus loin que son intérêt électoral immédiat. En se laissant entrainer à ce duel, il sert Xavier Bertrand – déjà classé parmi les figures politiques les plus populaires, à 46% dans le baromètre Ifop pour Paris Match contre 48% pour Macron -, qu’il laisse de fait se hisser à son niveau, et à qui il permet de gagner en notoriété (un quart des Français déclarent encore ne pas le connaître suffisamment pour le juger, il a donc besoin de se faire connaître). Surtout, il prend le risque que cette anecdote, cet épiphénomène politicien comme les journalistes politiques les adorent mais les Français les détestent, ne vienne parasiter son message du jour, et brouiller sa communication sur la relance du secteur automobile.

La comparaison de la structure de popularité des deux hommes est intéressante : alors que le Président « issu de la gauche » obtient 39% de satisfaits auprès de sympathisants de gauche, le président de région « issu de la droite » en obtient 44%. Et le Président à qui l’on reproche d’être « trop à droite » obtient 54% de satisfaits à droite, dont 57% chez Les Républicains, alors que celui qui a quitté Les Républicains pour mieux tracer son chemin obtient 68% auprès des sympathisants de droite, et 73% chez Les Républicains.

Au terme de ce nouvel épisode, on peut dire : Bertrand 2 – Macron 0.

Nul doute que les protagonistes n’en resteront pas là…

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