Emmanuel Macron sur TF1 en Mai dernier - Capture Nos Lendemains.
Emmanuel Macron sur TF1 en Mai dernier - Capture Nos Lendemains.

C’est plus fort que lui : Emmanuel Macron a toujours besoin de comparer sa propre gestion de la crise sanitaire à celle des pays voisins. Comme s’il disputait le Championnat du Monde du coronavirus et visait la première place du podium européen, squattée par Angela Merkel depuis que l’ennemi invisible a débarqué en Europe. Cette fois-ci, c’est depuis la Lanterne, où il est lui-même traité pour la covid-19, que le Président s’est fait plaisir, via « L’Express » : « Je suis très prudent et il faut toujours rester humble, mais nous sommes l’un des pays européens qui se porte le mieux face à cette épidémie à ce stade ».

Importe-t-il au citoyen lambda coincé entre deux confinements et un couvre-feu que la France soit l’un des pays qui se porte le mieux à ce stade ? Non.

Ceux qui n’ont pas perdu une grand-mère, un frère ou un ami jusque-là, fait faillite ou été licenciés, veulent juste s’en sortir, que leurs proches s’en tirent au mieux, dans un pays dévasté, épuisé, divisé. Ceux qui développent une forme grave ou des séquelles se soignent et c’est parfois très long.

Alors pourquoi le président français se mesure-t-il systématiquement à ses homologues étrangers ?

Parce qu’il est en campagne pour 2022 et qu’il fourbit déjà ses armes. Sur ce front-là au moins, Macron anticipe en se délivrant un auto-satisfecit bienveillant. Pendant que le monde de la culture gronde ou pleure, en fonction de l’énergie qui lui reste. Idem pour les restaurants, bars et autres discothèques à l’arrêt.

Le Président explique ce qu’il voit néanmoins comme un succès par « l’action », « la cohérence » et le « travail d’explication » de son gouvernement refusant « l’espèce d’hyper simplification à la mode ». On pouffe à peine. Surtout à la lecture du terme « cohérence », avec quelques jolis exemples en tête. Dernier en date : l’imbroglio de l’autoconfinement familial préconisé à J… moins 1.

Pour évaluer ce que la France aurait pu faire autrement ou mieux que les autres, il faut au moins se référer à l’Allemagne, ce que le Chef de l’État ne s’est d’ailleurs pas privé de faire, profitant d’un passage délicat pour la chancelière Outre-Rhin. Un premier constat s’impose, souligné d’ailleurs par l’inventaire qu’il a lui-même commandé à un expert suisse, conforté par le rapport accablant du Sénat : Emmanuel Macron n’a pas vu arriver le coronavirus. Pourtant sa ministre de la Santé avait comme une inquiétude, à l’instar de toutes celles et tous ceux qui, de loin, ont remarqué dès janvier que les Chinois tombaient comme des mouches à Wuhan.

À chaque fois que le président français trouvera qu’il a été bon, il faudra lui rappeler que non, et qu’en prime il n’a jamais eu la modestie de le reconnaître. À chaque fois, on aura envie de lui rafraîchir la mémoire.

Alors allons-y. Pêle-mêle : le scandale des masques. Résumé en une phrase des parlementaires qui ont planché six mois, entendu 133 personnes pour sortir un document de 452 pages : « La pénurie de masques restera le triste symbole de l’état d’impréparation du pays et du manque d’anticipation des autorités sanitaires face à la crise ». L’exécutif qui appelle les Français à ne surtout pas en utiliser, sourd aux conseils des épidémiologistes qui en recommandent en vain le port dans les lieux clos. Les soignants, hospitaliers et de ville, les ambulanciers, la police, les gendarmes, les pompiers exposés faute de protections suffisantes. Le fiasco des tests, la France qui se targue d’en faire un million par semaine… alors qu’ils sont inutiles parce que les résultats arrivent huit jours après. Le temps jamais récupéré après le retard à l’allumage, les injonctions contradictoires. Jusqu’au coup d’envoi par le Chef de l’État lui-même, au mois de mai, d’illusoires jours heureux, avant le brassage estival précédé d’une rentrée scolaire hasardeuse, pour dix jours, dans le désordre, au mois de juin. L’arrivée logique de la deuxième vague, comme redouté, les cigales ayant chanté tout une partie de l’été. L’alerte de Delfraissy en septembre. Le temps de réaction, trop long, encore… jusqu’au confinement épisode 2 déconfiné.

Et il faudrait remercier l’artisan de tout ce scénario de nous octroyer le droit de fêter Noël après 20 heures à six personnes ?

En réalité, le bilan de l’homo economicus qui préside aux destinées de la France depuis 2017 sans avoir exercé le moindre mandat électoral en amont n’est pas reluisant. Certes, le coronavirus n’aura pas été un cadeau, pour lui non plus. Mais si le thème de la gestion du coronavirus devient un terrain de jeu électoral pour qu’il rempile en 2022, un seul critère doit prévaloir : la table de marque sanitaire. À ce stade, le pic record de nouvelles infections trouvées en 24 heures en France a atteint 86.852 cas, le 7 novembre. Au total, 2.479.151 cas ont été détectés. Plus de 60.900 citoyens sont officiellement morts du coronavirus entre mars et décembre, pour 67 millions d’habitants. La France affiche un taux de 90.4 décès pour 100 000 habitants, moins que le Chili, plus que le Brésil.  Côté économique, on est encore trop loin du compte tant qu’on ne connaît pas le montant de la facture finale…. et la façon dont elle se règlera. Pourquoi pas une taxe sanitaire sur les dividendes qui mettrait enfin à contribution les 0,1 % les plus fortunés, grands gagnants de la fiscalité Macron.

Forte de trente ans de carrière politique, Angela Merkel, 66 ans, aux commandes de l’Allemagne depuis quinze ans, attendait, elle, le SRAS-CoV-2 de pied ferme, après la mise en garde de Christian Drosten, le géniteur du test PCR, au point dès le 23 janvier. Ça lui a permis de contenir la première vague. La chancelière réputée psychorigide sur le front sanitaire et son expert ont alerté dès le mois d’avril contre une deuxième lame, encore plus violente. Aujourd’hui, l’Allemagne fait face à une situation difficile, notamment du côté des Landers de l’ex-RDA, qui se sont trop relâchés pour se refaire économiquement, contrairement à ce que préconisait le gouvernement fédéral. Résultat en chiffres : à ce stade l’Allemagne a enregistré 1. 534.218 cas confirmés. Elle déplore 27.297 décès pour une population de 83 millions d’habitants. Elle présente un taux de 32.76 décès pour 100 000 habitants, moins que le Honduras, plus que l’Irak.

Angela Merkel pourrait s’enorgueillir cyniquement d’avoir limité les dégâts par rapports à ses voisins, Macron en tête. Émotionnellement atteinte par le nombre de victimes, elle a la décence de ne pas se comparer : elle avance, l’âme en berne, touchée au cœur mais combative, à la hauteur d’une mission qui l’affecte, ça se lit sur les traits de son visage grave, triste même. C’est ça, l’humilité. Il n’y a pas de « mais ». Si une quelconque indulgence doit accompagner le bilan des gouvernants qui ont la malchance de se trouver là au moment où le SRAS-CoV-2 attaque, elle ne peut pas venir d’eux-mêmes. Macron est loin, très loin derrière Merkel. Question d’humanité, de classe, aussi. Il lui reste la vaccination pour assurer comme un chef tout en faisant profil bas, enfin. Tout ce qu’on lui souhaite, c’est de réussir.

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