Allocution présidentielle du 12 juillet 2021 - Capture Nos Lendemains.
Allocution présidentielle du 12 juillet 2021 - Capture Nos Lendemains.

Véran, Beaune, Attal, Yaël Braun-Pivet , Cédric O etc. : ils ont tous promis, avant Macron himself, que le pass sanitaire ne serait jamais le maître du quotidien des Français. C’était « la ligne rouge ». Ils ont assuré qu’on n’obligerait jamais les citoyens à se faire injecter l’antidote pour avoir accès au restaurant, au théâtre… Pourtant, on en est là. Il faudra, en France, jusqu’à nouvel ordre, justifier d’une vaccination complète, d’un test de moins de 48 heures ou de la preuve que l’on a été infecté par le coronavirus pour aller voir un film au ciné (à partir du 21 juillet) ou boire une mousse en terrasse (à partir du 1er août), voyager en TGV, en Intercité, en car…

Pas question de laisser le Président et ses amis mettre ce revirement sur le dos du Delta qui aurait changé la donne. Le 9 juin, quand Emmanuel Macron a ouvert la saison des jours heureux après avoir entamé sont tour des régions pour vendre la vie en rose aux « territoires » dont il avait opportunément décidé de prendre le pouls, le variant indien maquillé en grec était déjà majoritaire en Angleterre. Seuls 20 % des Français étaient totalement vaccinés. Les rabat-joie qui ont osé dire que le chef de l’État déverrouillait le pays un peu trop vite l’ont juste murmuré pour ne pas casser l’ambiance : l’attente d’un été presque synonyme de liberté retrouvée était trop forte, partagée par tout un peuple… dont les professionnels qui rongeaient leur frein depuis de longues semaines.

Moins d’un mois plus tard, ils tombent de haut. Macron a totalement changé de pied. Il était bien loin, lundi soir, le président-mariole qui faisait le show avec Luchini devant chez La Fontaine. La cigale n’a pas chanté tout l’été. Côté décor : le chef de l’État est apparu derrière une tribune bleu-blanc-rouge, flanqué des drapeaux de la France et de l’Europe, la Tour Eiffel en fond, cravate marine, costume saphir. Côté discours : détermination et autorité. Pour décréter la mise œuvre d’une vaccination obligatoire qui ne dit pas son nom, sauf pour les soignants ou non-soignants ayant en charge des personnes fragiles et sauf pour les pompiers. Pas pour les policiers, partenaires essentiels du gouvernement pour contrôler les citoyens et sanctionner les tauliers, eux-mêmes étant supposés se transformer en garde-chiourmes sanitaires de leurs clients, voire de leurs salariés. Certains restaurateurs s’y refusent d’ores et déjà. Des négociations sont en cours. Et tout le monde se tourne vers l’Allemagne pour écouter Angela Merkel qui aura décidément eu l’attitude la plus juste de l’ensemble des chefs d’État et de gouvernent pendant cette pandémie « Nous n’avons pas l’intention de suivre la voie que la France vient de proposer » avant d’ajouter , coup de pied de l’âne à Emmanuel Macron « Je ne pense pas qu’on puisse gagner la confiance en changeant ce que nous avons dit, c’est-à-dire pas de vaccination obligatoire ».

Ce 14 Juillet a donc un drôle de goût. La France sonnée peine à mesurer concrètement les conséquences des annonces de l’exécutif. Les ajustements se font à la louche et dans le désordre, comme d’habitude. Pendant que le président de la République défile sur les Champ-Élysées, les shadocks continuent à pomper et ajoutent des tuyaux à l’usine à gaz. Deux nouveautés sont sorties du chapeau mardi : sept jours suffiront pour être considéré comme totalement protégé en France et accéder au pass sanitaire. Dixit le ministre de la Santé. « Les règles européennes des quatorze jours restent inchangées pour le moment ». Ha. D’accord. « Nous pourrons bientôt tomber le masque. Nous sommes partis pour lever l’obligation dans les endroits où le pass sanitaire s’applique ». Donc ni à la messe ni sur le lieu de travail.

Les parents en panique ont appris avec soulagement que les 12-17 ans seraient exemptés de pass sanitaire jusqu’au 30 août. Précision de taille apportée par le même Olivier Véran mardi soir. Pour « ne pas gâcher les vacances des familles ». Trop sympa. Un peu stressant, quand même, tout ça. Révoltant, aussi. Même pour une vaccinée de bonne foi. Même si la menace a provoqué une « ruée sur la vaccination » dont on ne peut que se satisfaire, tout en regrettant la méthode. « Nudge » ou pas, le débat est ouvert.

Les inquiets ont remarqué qu’aucune mesure immédiate de contrôle de l’épidémie n’avait été initiée par le Président. Ceux-là louchent sur l’Angleterre, qui sera ouverte à tous les vents par Boris Johnson le 19 juillet. On pourra bientôt commencer à mesurer l’impact du variant en termes d’hospitalisations et de réas : Bojo a franchi le seuil des 20.000 infections quotidiennes supplémentaires le 30 juin, il en était à 36.660 de plus en 24 heures le 13 juillet. Les alarmistes s’arrachent les cheveux et multiplient les alertes outremanche.

Sous la menace avec quatre à cinq semaines de retard sur le voisin britannique, les Français accueilleront peut-être favorablement, le choc passé, une stratégie visant à éviter de nouveaux couvre-feux ou confinements. Ils risquent cependant d’avoir de la défiance vis-à-vis d’un chef de l’État qui, non content d’imposer verticalement des décisions lourdes, situées à l’opposé de ce qu’il affirmait jusque-là et sans le reconnaître, profite de l’occasion pour braconner à droite en vue de la présidentielle de 2022. Dans la fermeté affichée, qui vise à séduire cet électorat-là. Dans les messages subliminaux distillés au passage. Par exemple l’étonnante promesse d’une entrée en vigueur de la réforme de l’Assurance chômage le 1er octobre. Scoop accompagné par ce commentaire présidentiel expliquant une « volonté simple » : « En France, on doit toujours bien mieux gagner sa vie en travaillant qu’en restant chez soi, ce qui n’est actuellement pas toujours le cas ». L’emploi de ce cliché devant 23,6 millions de Français a eu quelque-chose de malaisant, à ce moment précis, lundi soir. Au-delà des clivages. Le cynisme ne paie pas toujours et l’arrogance peut coûter cher. Emmanuel Macron ne l’a apparemment toujours pas assimilé.

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