Allocution télévisée du président de la République, le 24 novembre 2020 - Capture TV Nos Lendemains.
Allocution télévisée du président de la République, le 24 novembre 2020 - Capture TV Nos Lendemains.

« L’électorat de gauche et beaucoup de militants de gauche se retrouvent chez Emmanuel Macron, Je considère que la manière qui est mise en œuvre par le président de la République pour gérer cette crise pandémique majeure est une manière de gauche ». Après qu’Emmanuel Macron a présenté son programme pour l’élection présidentielle de ce printemps, Jean-Yves Le Drian a pu lâcher cette phrase qui en dit long sur la confusion idéologique qui règne dans l’électorat social-démocrate. Le président de la république, porteur du sobriquet hollandais de « président des riches », parvient encore à convaincre ces électeurs qui ont abandonné le parti socialiste, pour se réfugier dans le lit douillet et libéral du macronisme. Encore, en cette année présidentielle, l’électorat de la gauche sociale s’apprête à apporter ses suffrages, malgré les milliards rendus aux plus riches via la fin de l’ISF, les centaines d’euros supprimés aux plus pauvres par les APL, les droits des salariés rognés et plafonnés aux prud’hommes. Ces soutiens de gauche ont aimé le libéralisme de 2017, ils adoreront la bascule à droite du candidat LREM, à la chasse aux idées défendues par LR depuis 10 ans. D’aucuns pourront dire qu’Emmanuel Macron est devenu sarkozyste…

Les partisans du président crieront à la caricature, pourtant avec son programme de 2022, Emmanuel Macon revisite la pratique politique de Sarkozy déjà usitée lors de son premier quinquennat. Ainsi, la suppression de l’impôt sur la fortune a servi de bouclier fiscal aux plus aisés. A l’époque déjà, le président Sarkozy estime que les Français sont submergés de lourdeurs fiscales, et toute sa politique est conçue pour alléger « ces charges insupportables ». A défaut de supprimer l’ISF, l’ancien président de la république impose son impopulaire et inique protection des plus riches. Principe de ce fameux bouclier fiscal : « Un contribuable ne doit pas verser au fisc plus de 50 % de ses revenus au titre des impôts directs et des contributions sociales, incluant la CSG et la CRDS ». Dans une même logique de moins disant social, Nicolas Sarkozy invente le licenciement par consentement destiné à rendre plus souple le départ d’un salarié contre une prime aux volontaires, sans justification économique, ni intervention des syndicats. Dans cette dynamique, son gouvernement prévoit d’allonger le temps de travail, par le recul de l’âge de départ à la retraite ; non d’une manière radicale, mais sur plusieurs années. Un passage de 62 à 63 ans dès 2007, avec une perspective de 64 ans en 2025. L’élection perdu de 2012 freinera ces velléités de retour à l’équilibre des comptes de l’assurance vieillesse.

Les recettes du quinquennat Sarkozy ressuscitées

Dix ans plus tard, Emmanuel Macron semble vouloir prendre le relais de l’ambition sarkozyste avortée. Déjà éprouvée entre 2017 et 2022, le candidat du centre droit enfonce le clou de sa bascule à la droite de l’échiquier. Face à la faiblesse de la gauche, il part à l’assaut de la forteresse LR, via ses électeurs libéraux et rigoristes. Les principales annonces du programme vont dans ce sens. S’il est réélu, Macron fera passer l’âge départ à la retraite de 62 à 65 ans, bien avant 2025. Les allocataires du RSA auront « l’obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaine pour une activité permettant d’aller vers l’insertion professionnelle ». Quant au travailler plus pour gagner plus, cher à Nicolas Sarkozy, il est recyclé pour les professeurs qui, pour prétendre à une augmentation de salaire, devront s’acquitter d’heures et de tâches supplémentaires. Concernant les transmissions en ligne directe, l’exonération fiscale passera de 100 000 à 150 000 euros… En moyenne les Français héritent de moins de 80 000 euros, encore un clin d’œil aux plus aisés. Comme son prédécesseur de préférence, qui a augmenté la dette de 600 milliards d’euros en raison de la crise des subprimes de 2008, le candidat Macron ne craint pas la sienne due au Covid. En prévision : 15 milliards de dépenses en 5 ans, ajoutés aux 35 milliards d’investissements pour l’éducation, la jeunesse, la défense… Fermant ainsi les yeux sur les 50 milliards d’euros qu’ont coûté à la France les baisses d’impôt générales et non ciblées.

Si Emmanuel Macron l’emporte en avril, il pourra se considérer comme le finisseur du sarkozyme de gouvernement. Comme par hasard, l’ancien président ne parvient pas à annoncer son soutien à la candidate officielle des républicains, Valérie Pécresse. La guerre en Ukraine pourrait être une opportunité pour lui d’appeler à un vote à la dimension exceptionnelle, un vote d’unité nationale autour du chef de l’État. Ainsi, la boucle serait bouclée, faisant d’Emmanuel Macron le premier des sarkosystes.

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