Le président Emmanuel Macron rencontre le président Volodymyr Zelensky à Kiev ce jeudi 16 juin 2022 - Photo Présidence de l'Ukraine.

Contre toute attente, la Nupes, alliance de gauche née du succès de l’Union populaire à la présidentielle, est aujourd’hui en mesure de priver Emmanuel Macron d’une majorité à l’Assemblée nationale. La coalition présidentielle, Ensemble, n’a que des intentions floues à opposer à la plateforme alternative de plus de 600 mesures défendue par la gauche unie, qui ambitionne de conquérir Matignon, après être arrivée en tête au premier tour des élections législatives. La majorité présidentielle exclut donc toute confrontation projet contre projet et fuit le débat. Elle préfère diaboliser l’adversaire. Le discréditer. Lui barrer la route. Le détruire. L’étouffer. Dans cet objectif, Emmanuel Macron a choisi de frapper fort. Il a revêtu son costume de chef des armées. Direction Ukraine. « C’est simplement mon rôle, j’assume ». « Simplement » ? On pouffe à peine. À J-3 du deuxième tour. Juste avant un scrutin qu’il a lui-même qualifié d’« historique ». Alors qu’il aurait pu, dû, faire ce déplacement depuis longtemps. La guerre a bon dos et le cynisme a de l’avenir. Zelensky joue le jeu, sûrement pas plus dupe que les Français supposés s’extasier devant le courage présidentiel. Au lieu de se demander où en sont le chèque alimentation, le projet de réforme des retraites, les casseroles de Damien Abad ou de Dupond-Moretti.

La balade héroïque du Président chez les Ukrainiens est aussi destinée à sauver la France du péril Nupes, on l’a compris dès mardi. Sur le tarmac d’Orly, avant son départ pour l’Est, le Président s’est fendu d’une déclaration hallucinante. Excluant officiellement la dangereuse gauche unie du champ républicain. Pas une voix ne doit manquer à la République, a prévenu Macron, solennel mais brouillon. Il lui faut une majorité, solide, « dans l’intérêt supérieur » du pays. Autrement dit : voter autre chose qu’Ensemble, c’est être un ennemi de la République. Pour enfoncer le clou, le chef des armées a mis en garde contre un « désordre français » qui s’ajouterait au désordre mondial. On a dû bien rigoler du côté de Liverpool. Encore plus quand le président français a exprimé son besoin de « clarté » et de « sérénité ». En France, ça n’a pas fait rire. Un chef d’État qui accuse ses principaux opposants d’être des factieux, d’habitude, on voit ça ailleurs. Au Brésil. En Russie. En Chine. Et autres démocraties épanouies.

Macron combat l’ennemi « extrémiste de gauche » (dont Ségolène Royal et Lionel Jospin, Martine Aubry …) de l’extérieur, pendant que tous les ténors de la majorité présidentielle et les ministres opèrent de l’intérieur. Et ils tapent dur. Quitte à donner dans l’intox, à l’image de François Bayrou, qui balance sur un plateau télé que les députés LFI sortants ont passé leur temps à mettre le bazar dans l’hémicycle. Il ne faudrait donc pas qu’ils soient trop nombreux dimanche soir, glisse l’ex ministre de la Justice exfiltré du gouvernement pour un souci judiciaire et promu Haut-commissaire fantôme. Des propos lourdement irrespectueux du travail et du mandat des dix-sept parlementaires concernés, dont quatre ont d’ailleurs été réélus dès le premier tour.

Parallèlement, le chef de la majorité monopolise l’info en continu, sature les télés et les radios, et personne ou presque ne trouve rien à redire à cette com. pol. un peu délirante d’un Président hilare aux côtés de ses homologues européens à Kiev. Macron H24 dans la dernière ligne droite de la campagne, jamais on n’avait assisté en France à une telle séquence d’un chef de l’état élu par défaut qui insulte ses opposants et envoie aux électeurs un message simple : moi ou le chaos ! Après avoir câliné les supposés anti -républicains entre  les deux tours de la présidentielle parce qu’il avait besoin d’eux pour être réélu. La démocratie est piétinée. Le chef de clan déguisé en chef de guerre sature l’espace médiatique. La Nupes, devenue inaudible, répond à cette offensive tentaculaire en se mobilisant sur le terrain, sur les réseaux sociaux ; la dynamique est là, porteuse, en sourdine. Pas sûr qu’elle suffise face à la tornade médiatique qui se déchaîne pour faire obstacle à la jeune force de gauche. 

Pas sûr non plus que la stratégie spectaculaire du président de la République fonctionne. Le deuxième tour des législatives offre aux Français la possibilité de le placer sous contrôle. Ses gesticulations hors des frontières de la France, entre deux tours, pourraient convaincre certains électeurs de ne pas rater le coche : lui ou le chaos, ils ont déjà donné, ils ont eu le chaos. La prometteuse entame du quinquennat 2 d’Emmanuel Macron et son mépris « assumé » pour la démocratie peuvent conduire à penser que le danger n’est pas la ou l’on croit.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.