Emmanuel Macron vote au Touquet en 2017 - Photo capture BFMTV.
Emmanuel Macron vote au Touquet en 2017 - Photo capture BFMTV.

Ce ne sera pas le premier à vouloir « enjamber » des élections. Hollande et Ayrault avaient cru pouvoir sauter à pied joints au-dessus des municipales, avant d’être arrêtés nets par la gifle électorale de 2014.

Mais cette fois-ci, tout se passe comme si Emmanuel Macron était en passe de réussir son pari. Jugeons plutôt : pas un commentaire, pas un édito supputant sur les « conclusions politiques » que le Président tirerait d’un triomphe des verts, des socialistes et des Républicains dans les urnes. Trois partis pourtant fermement opposés à sa politique, même si de nombreuses alliances opportunistes ont été conclues entre LREM et LR pour ce second tour – un front anti-écologique qui interroge, à l’heure de l’unanimisme pro-climatique dans l’opinion et du triomphe de la convention citoyenne ayant travaillé sur le sujet…

Le Président minimise, « localise » le débat autant que possible, et ça a l’air de fonctionner. Ses détracteurs, connaissant la défiance abyssale dont les « vieux partis » font l’objet, ont même un peu honte d’afficher leurs étiquettes et de revendiquer leur identité politique. Ils peinent donc à nationaliser un débat qui pourrait pourtant s’avérer être la dernière étape politique majeure susceptible d’orienter la fin du quinquennat.

Le gouvernement nous promet le retour de la réforme des retraites, qui a mis des millions de Français dans la rue ? On n’entend pas les candidats en parler, comme si la défaite était déjà encaissée d’avance.
Peut-on, dans ce contexte, s’étonner que 3 français sur dix n’aient aucune idée sur la tenue ou non d’un second tour dans leur commune ? Et que seulement 47% des Français, selon Odoxa, savent qu’un second tour est prévu dans leur commune et sont sûrs d’aller y voter ? Évidemment, si la claque électorale est infligée par moins d’un Français sur deux, on pourra faire dire ce que l’on veut à la « majorité silencieuse ».

Le confinement a permis à des millions de Français de mesurer combien avoir un maire, un président de région ou de département compétent, à sa tâche, peut s’avérer utile voire crucial lorsqu’il s’agit de compenser les failles de l’Etat.

Il a mis en lumière l’urgence de rebâtir ou de renforcer les services publics dits « de proximité », alors que la crise sociale frappe déjà durement, que l’accès à la santé reste un problème majeur.

Il a souligné l’importance du « consommer » et produire local, et plus globalement de changer nos comportements au quotidien, par des actes parfois peu spectaculaires mais que les élus de proximité sont souvent les premiers à pouvoir accompagner.

Il a, enfin, démontré que notre système institutionnel fait reposer trop de responsabilités sur une poignée d’hommes (peu de femmes – le quatuor qui gouverne la République est composé d’hommes, et si l’on y ajoute le très puissant Secrétaire général du gouvernement, cela fait 5 hommes), et que nous devons absolument partager davantage le pouvoir, avant que les déceptions et les failles (légitimes ou non) ne finissent pas achever le peu de confiance dont bénéficient encore nos institutions.

On peut écrire ici sans trop craindre de se voir démentir par les faits que la rentrée de septembre sera éprouvante sur le plan social, désastreuse sur le plan économique, et tendue sur le plan politique. Alors peut-être serait-il utile de rappeler dès maintenant, à ceux qui se trouveront dans la rue à l’automne prochain en hurlant à l’injustice, que ce dimanche c’est une part de pouvoir qui leur est donnée et qu’il ne faut pas la gâcher.

Il est encore temps d’éviter que cette élection ne devienne le énième rendez-vous manqué d’un peuple désorienté ou en souffrance avec son destin collectif. Sinon, dimanche, on pourra aussi aller se promener ou cultiver son jardin. Mais dans ce cas là, il ne faudra pas aller hurler à la trahison deux jours plus tard, quand le chef de l’Etat donnera une nouvelle orientation au pays.

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