Discours d'Emmanuel Macron à l'Élysée où il recevait la Convention citoyenne pour le Climat - capture vidéo.

« Je crois », « Je crois au CO2 score », « Je crois à la croissance de notre économie », « Je crois », « Je crois » … 36 fois, oui 36 fois, Emmanuel Macron aura dit sa foi dans les propositions des conventionnels tirés au sort, dans ce qu’il voit comme un « projet humaniste » et surtout sa foi dans ses propres choix politiques.

Le Président de la République recevait les membres de la Convention citoyenne pour le Climat pour ce qui ressemblait fort à un prêche dans le Désert. La chaire du Pasteur protestant était remplacée par une estrade blanche et un pupitre modèle « Jupiter » tandis que la scène prenait place non pas dans le Désert cévenol ou dans le Béarn mais dans les jardins verts de l’Élysée. 

Ah ça oui, Macron a prêché la bonne parole, les belles actions en faveur du climat. Au lendemain d’une victoire électorale de l’idée écologique, incarnée par une nouvelle gauche plurielle, pouvait-il en être autrement ?

Mais à écouter une heure durant le Président de la République, outre que l’on apprend qu’il fait déjà beaucoup pour la Planète, il nous reste comme une impression d’après messe ou d’après culte. Point de preuve de l’existence de Dieu, ou même de son inexistence. Il faut croire. Croire en l’ambition écologique d’Emmanuel Macron. Croire en son projet, à ce que sera son « plan de relance économique, écologique et social ». Le Président qui est arrivé à bout de la patience de Nicolas Hulot par son immobilisme en matière de protection de l’environnement et par son refus de d’agir pour contre le réchauffement climatique, ne s’est pas décidé à entrer dans le concret.

Il faut donc croire sur parole ce président qui excelle pour dire ce que son auditoire veut entendre. De la brosse à reluire donc. Beaucoup même. Puis une description du travail de la Convention citoyenne qui, comme c’est formidable, va dans le sens du projet présidentiel. Les Conventionnels penseraient, comme Emmanuel Macron, que le projet écologique est un projet économique ! Emmanuel Macron partage cette idée de « placer l’écologie au cœur du modèle économique en faisant le pari de l’investissement dans les transports, les énergies, les technologies de demain », leur dit-il. Formidable aussi, comme lui, ils ne sont pas « décroissants ». Parce qu’Emmanuel Macron a foi en la croissance. Il le leur a bien sûr dit et redit.

Le Président est un homo economicus, pro business. Il faut entendre par là que sortir le carnet de chèque pour donner aux entreprises sans contreparties mentionnées « 15 milliards d’euros supplémentaires sur 2 ans qui seront injectés dans la conversion écologique de notre économie », c’est parfait et c’est ce qu’il annonce aux conventionnels. Mais attention, quand les mêmes conventionnels proposent une taxe de 4% sur les dividendes de plus de 10 millions d’euros versés aux actionnaires, alors là, c’est non.

Et c’est à ce moment-là, qu’Emmanuel Macron sort du registre de la foi, du « je crois » pour utiliser celui de la téléréalité. Le président de la République dit donc à la Convention : Joker !
Oui « Joker », il emploiera cette expression au moins 3 fois, pour les 3 jokers qu’il oppose à la Convention citoyenne.
Donc point de taxe à 4% sur les dividendes. L’écologie, c’est formidable pour verser des milliards aux entreprises. C’est de l’investissement voyons. Mais l’écologie pour demander aux mêmes entreprises de contribuer à la transition, c’est non. Prière de ne pas déranger le business et la distribution des dividendes aux actionnaires.

Joker aussi en ce qui concerne la limitation à 110 km/h sur l’autoroute. Là Emmanuel Macron met les rieurs de son côté, cabotinant dans une allusion à la limitation de 80 km/h. Puis donnant une master classe sur la meilleure manière de faire aboutir un projet. « Je formule cette proposition en spécialiste parce que j’ai présenté beaucoup de grands plans très ambitieux, avec beaucoup de choses formidables, qui ont parfois été résumées à une mesure ou une petite phrase. »

Joker plus fondamental et pour lequel on remercierait presque Emmanuel Macron. Il n’est pas question de « réécrire le préambule de la Constitution en plaçant l’environnement au-dessus de nos valeurs, de nos autres valeurs fondamentales ».

De la messe à l’émission de téléréalité, on en aurait presque oublié que nous venons à nouveau d’assister l’une de ces pièces de théâtre d’Emmanuel Macron. L’un de ces « seul en scène » dont le Chef de l’État nous abreuve et dont il use et abuse, notamment lors du « grand débat », pour nous « grand balader ». Emmanuel Macron vient de faire ce que savent faire à merveille les hauts fonctionnaires. Enterrer des propositions concrètes dans les méandres de l’État, des institutions et négociations internationales.

Le tour de passe-passe le plus fort ? Celui d’expliquer aux Français qu’il pourrait proposer un référendum d’ici fin 2021 pour « introduire les notions de biodiversité, d’environnement, de lutte contre le réchauffement climatique » dans la constitution. Voire même un deuxième référendum « sur un ou plusieurs textes de loi reprenant vos propositions ». Le tout à 6 mois des présidentielles. Sans rire.

Bien sûr, « on y croit » comme au sortir d’une belle messe …

Les 150 citoyens de la Convention pour le Climat applaudissent le président.

Les 149 propositions de la Convention citoyenne pour le Climat se trouvent dans le rapport publié ici :
Convention citoyenne pour le Climat – Rapport.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Lamiaud Alexandre

    Super article, bravo !❤️
    Aucune illusion à avoir sur le sursaut écologique opportuniste de Macron 1er…

  2. Michel Spinnewyn

    Un référendum qui va passionner le peuple…😉

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