Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy lors de leurs interviews respectives sur TF1 - Captures TV Nos Lendemains.
Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy lors de leurs interviews respectives sur TF1 - Captures TV Nos Lendemains.

Au JT de 20H de TF1 lundi soir, c’est un Sarkozy fidèle aux canons du Sarkozysme que l’on a re-découvert. Tout y était : l’autorité, l’identité, la valeur travail… Et à l’entendre, on a pu mesurer combien, finalement, le débat à droite n’a pas progressé d’un pouce depuis 2007.

Finalement, l’ex-Président dit à sa famille et à son successeur : j’avais raison. Sur la Turquie. Sur l’Europe. Sur les Frontières. Sur les tensions identitaires. Sur le mérite et le travail.

Et il ajoute : on m’a reproché d’être un omniprésident, d’en faire toujours trop… « eh bien moi je pense que je n’en ai pas fait assez! ». Petite provocation à destination des journalistes et commentateurs, dont Sarkozy est coutumier, et visant à créer des polémiques microcosmiques afin d’entretenir le cycle médiatique et de faire tourner le débat autour de lui. Polémique dont il sait très bien qu’elle braquera « l’élite », mais mettra de son côté une grande partie sinon de l’opinion, du moins de son électorat. Facile, simple, efficace.

Car il est vrai qu’au regard des commentaires de l’époque, le fait que Nicolas Sarkozy revendique son omniprésidence et aille même plus loin peut paraître étrange… Mais c’est oublier qu’en 2012, le principal reproche que ses électeurs firent à Sarkozy ne fut pas d’avoir trop parlé d’identité, de sécurité, d’avoir employé des mots durs ou choqué une part de l’opinion… non, le premier reproche qui lui fut fait est que ces grands mots ne furent jamais suivis d’actes à la hauteur, et que plus la communication semblait fracassante, plus les décisions semblaient timides.

Donc quand Nicolas Sarkozy dit qu’il n’en a pas fait assez, il est dans le vrai – du moins, la vérité de son électorat. Il solde le procès que la droite n’est toujours pas parvenue à dépasser depuis 2012, à savoir l’idée que la droite promet beaucoup de réformes – entre libéralisme économique et durcissement sécuritaire -, mais une fois au pouvoir se comporte comme un parti centriste et gestionnaire.

Avouer cela, est-ce un premier pas vers un potentiel retour? ou n’est ce qu’une étape de plus vers une rédemption à laquelle chaque élu, souhaitant laisser sa trace dans l’histoire, aspire nécessairement? La suite nous le dira, mais une chose est sûre : ces propos sont aussi et avant tout un conseil envoyé à Macron. Macron dont le gouvernement se déploie partout, communique beaucoup, sans doute pour couper court à un futur procès en inaction à la rentrée si d’aventure la situation sociale et sanitaire tournait mal.

De débats sémantiques sur l’ensauvagement en dérapages incontrôlés sur le « j’étouffe » de Gérald Darmanin, le gouvernement multiplie les signaux et les messages, nourrit les chaînes d’info en continu, mais au risque de se voir reprocher la même chose qui fut reprochée à Nicolas Sarkozy…

La communication est essentielle lorsqu’elle accompagne, éclaire, rend l’action lisible. En revanche, elle devient terriblement contreproductive lorsqu’elle nourrit le sentiment d’être là pour cacher l’absence d’actes et de décisions. Or, à ce stade, les études d’opinion font état d’une mémorisation très faible des mesures annoncées par le gouvernement pour paver son « nouveau chemin ». Peu de symboles, aucune impression de « réinvention ». Et le style ne peut pas toujours compenser le fond. Dès lors, il ne s’agit évidemment pas ici de dire au gouvernement de ne plus parler aux Français. Mais méditer la jurisprudence Sarkozy pourrait s’avérer utile…

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