Oulala … le Président est en colère. En colère contre Olivier Véran, son ministre, contre les administrations sanitaires qu’il désigne responsables de la lenteur du démarrage de la campagne de vaccination. Le titre barre la Une du Journal du Dimanche. Emmanuel Macron veut faire savoir aux Français qu’il est en colère, très en colère. Et nous voilà avec l’impression, non pas de tenir un journal d’information pour adultes, mais un album de maternelle « Grosse Colère », destiné à l’imaginaire des tous petits. Et revoilà donc ce sentiment qui ne nous lâche pas depuis mars 2020 voire depuis le début de ce quinquennat, ce processus permanent d’infantilisation dans la gestion de la crise comme dans la conduite de l’État.  « Grosse Colère », cet album pour enfants s’appuie sur un principe de dissociation, montrant la colère enfantine comme un autre à qui l’on peut s’adresser. Avec cet artifice de communication, Emmanuel Macron se dissocie de lui-même, de ce Jupiter qui dirige le pays et commande aux armées sanitaires en guerre contre le virus.  

Mais comme l’écrit Françoise Degois dans nos pages, « qui peut croire qu’il n’y est pour rien ? ». Emmanuel Macron ne préside-t-il pas le « Conseil de Défense » qui pilote dans les moindres détails la crise sanitaire ? N’est-il pas aux commandes de cet outil typiquement jupitérien ? Un outil qu’il a mis en place justement pour lui permettre d’incarner la maîtrise présidentielle de la politique sanitaire et économique de sortie de crise ?

Mais si le président s’engage dans cette voie délétère de la mise en accusation des administrations, c’est que le danger est grand et l’humiliation française intense.

Après le naufrage et les mensonges sur les masques, après la mise en place cafouilleuse et inefficace des tests et de la politique d’isolation, après le retard à reconfiner, Emmanuel Macron sait que la campagne de vaccination est sa dernière chance de démontrer son efficacité et se montrer à la hauteur de cette crise historique. Et ce d’autant plus que le rétablissement de l’efficacité de l’État est sa promesse fondamentale. Oui, tout le Macronisme repose sur cette promesse d’efficacité de l’action publique, basée sur le pragmatisme, le choix des solutions qui marchent d’où qu’elles viennent et le recrutement de personnes de la société civile et sélectionnées pour leurs compétences. Une grande partie de son électorat, notamment des cadres modernistes, issus du privé comme du public et qui ressentait ce besoin de renouvellement dans les méthodes et l’action, ont voté pour lui parce qu’il apportait cette promesse d’efficacité dans l’action publique. Ainsi Emmanuel Macron n’a eu de cesse de clamer son efficacité. Dans un grand entretien qu’il avait accordé au Point fin août 2017, le tout nouveau président déclarait : « Nous avons tourné la page de trois décennies d’inefficacité ». Et pour bien se faire comprendre, il prononçait dans cet entretien 14 fois le mot efficacité !

C’est aussi que l’efficacité de l’État, sa grandeur, est quelque chose de consubstantiel à l’identité française. On ne peut comprendre les crises que traverse le pays si l’on oublie cet ancien sentiment de fierté devant nos réalisations collectives. De la sécurité sociale aux hussards noirs de la République, de nos hôpitaux à nos trains et notre Concorde, cette fierté a servi de ciment national. Une fierté que le Général de Gaulle a su restaurer après « l’étrange défaite » de 1940 et les nouvelles humiliations des guerres coloniales. Or les décennies passées ont vu croitre le sentiment de déclassement et la fierté de ce que nous sommes disparaitre avec le recul et la paupérisation de trop nombreux services publics.

C’est là que réside l’humiliation suprême de voir la France totalement éclipsée, loin derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne qui ont déjà vacciné respectivement 1 million et 200 000 personnes. Mais aussi loin derrière Israël où plus d’un million de citoyens, une personne sur neuf, ont déjà reçu un vaccin anti-covid ou même loin derrière l’Italie qui a déjà vacciné 80 000 personnes en une semaine, en installant partout dans le pays des centres de vaccination et en lançant une grande campagne de communication, appelant à la renaissance du pays « L’Italia rinasce con un fiore », « L’Italie renait comme une fleur » . Là où en France, la communication et les publicités radiotélévisées restent centrées sur les gestes barrières comme au premier jour de la pandémie. Et pour le gouvernement comme les oppositions, il est inutile de jeter l’opprobre sur les administrations ou le secteur public en vantant l’efficacité du privé. En Grande-Bretagne, c‘est avec un service public de santé, le NHS, qu’un million de citoyens ont été vacciné. C’est le gouvernement de Boris Johnson qui a décidé au pied levé de changer les modalités de vaccination pour immuniser le plus grand nombre, malgré le mode d’emploi scientifique qui préconisait 2 doses aux mêmes personnes. Un changement, donc la reconnaissance d’une forme d’erreur et une décision politique.

En France, que s’est-il passé ? Quelles décisions ont été prises ou n’ont pas été prises par Emmanuel Macron, par le gouvernement sous son autorité, pour en arriver à ce nouveau fiasco humiliant ? La seule réponse d’Emmanuel Macron est, en off, « ce n’est pas moi, ce sont d’autres ». Sans même juger de la malhonnêteté du procédé, disons que cette façon de faire ne peut que se retourner contre son auteur. Un boomerang fatal au chef de l’État mais aussi à notre démocratie, notre bien le plus précieux aujourd’hui. Emmanuel Macron n’a d’autres choix que de reconnaitre et d’assumer les erreurs commises et d’adopter et faire adopter le plus rapidement possible ce qui fonctionne ailleurs en termes de vaccination. Qu’il s’agisse des publics à vacciner, de la mise en place de centres de vaccination partout sur le territoire, de la communication ou de la contribution de tous les personnels sanitaires, il y a urgence à s’inspirer des Britanniques, des Allemands, des Israéliens et des Italiens. Il en va de notre santé publique, de notre économie comme de préserver notre République.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Alexandre

    Merci pour cet article.
    Perso, certaines infos évoquées (inédites en ce qui me concernent) me laissent tout bonnement sur le cul… 🙄

  2. Emma

    Sans compter que Macron a fait appel au cabinet du conseil américain Mc Kinsey pour l’aider sur sa stratégie vaccinale. Combien à coûté aux contribuables pour les résultats que l’on sait !!!!

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