Xavier Bertrand dans la 4L - DR.

Pour tenter de réduire l’ampleur d’une défaite annoncée aux élections régionales, l’Élysée a envoyé quinze ministres au front. Dont cinq dans les Hauts-de-France en vue neutraliser le sortant et potentiel candidat à la présidentielle, Xavier Bertrand. C’est raté.

Macron a même essuyé un échec cuisant… signé EM! : marqué par un couac géant et inédit dans la distribution de la propagande électorale avant les deux tours. Cette anomalie vient nous rappeler l’amateurisme constant dont l’exécutif a fait preuve depuis 2017 ; elle a évidemment contribué à l’abstention record. Quant aux Français qui se sont exprimés, ils ont clairement renvoyé la majorité présidentielle, coquille vide sans ancrage dans les « territoires », à ses chères études, avec un bilan électoral catastrophique, à force.

Au lendemain de cette gifle, les promoteurs de la macronie laminée  osent dire que ces élections n’avaient qu’une portée locale et non nationale. Pas de remaniement, donc. Même avec un garde des Sceaux qui a fait moins de 9 % dans le Pas-de-Calais. Et le passage du Président en campagne sur les terres du même Xavier Bertrand avant le premier tour, avec Luchini dans la poche pour vendre du bonheur et limiter la casse électorale, on en parle ? Non. On ne parle de rien. On fait exactement comme si rien ne s’était passé.  Comme si Macron n’avait pas tenté de peser et n’avait pas donné de sa personne en s’offrant opportunément un tour des régions aux frais des contribuables à partir de début juin.

Lundi matin, le chef de l’État, devenu au fil des défaites électorales spécialiste dans l’art du déni, est allé se balader chez Bertrand qui n’avait même pas eu le temps de digérer son succès. Les deux hommes se sont retrouvés sur le site Renault Douai. « Félicitations. Je suis heureux de vous retrouver ici », a glissé le chef de l’État, qui voit la vie en rose, à l’ancien ministre de Jacques Chirac. La veille, après sa victoire régionale, Xavier Bertrand avait déclaré avoir entendu le cri silencieux de la France oubliée et en souffrance. Loin de la légèreté présidentielle, il a immédiatement parlé des choses qui fâchent : « C’est important qu’on ait réussi à faire autant reculer le FN ». Réponse du Président : « Ça montre que quand on investit… ». Son rival, décidément en mode rabat-joie, ne l’a pas laissé finir : « L’abstention par contre… ». La QUOI ?… « Elle dit beaucoup de choses, on va tous en tirer des enseignements », a concédé Macron vite fait, poursuivant : « Ça montre que quand on investit… ». Bertrand a complété en l’interrompant : « On arrive à faire reculer la colère ». La QUOI ?
Cet échange, relayé en boucle, illustre parfaitement deux façons de faire de la politique. L’une hors-sol qui joue les coucous et fait son nid dans celui des autres puis s’envole ailleurs. L’autre enracinée dans la réalité locale, les pieds sur terre. L’une sourde, avant tout guidée par le marketing, forte de sa légitimité et oublieuse de sa faible représentativité originelle. L’autre à l’écoute, au moins en apparence, parce qu’elle a le souci de cette représentativité, mise à mal par le résultat des élections et pourtant fondamentale au sein d’une démocratie saine. 

La première méthode, c’est celle de Macron depuis 2017. Ce Président-là a vendu aux Français un nouveau monde illusoire et ne les entend depuis que lorsqu’il y est contraint. Après la claque électorale reçue dimanche, le président de la République songerait, selon Les Échos, à « renverser la table et réformer les retraites avant la présidentielle pour une mise en œuvre après le scrutin » sous la pression des pro-réforme. Seraient concernés tous les Gaulois nés en 1961 et après. Objectif prêté à l’exécutif (même si la fuite le dédouane, on n’est pas dupe) : caresser dans le sens du poil l’électorat de droite, attirer celui de gauche étant passé de mode. 

S’il n’est pas atteint d’amnésie parallèlement à sa surdité, Macron se rappelle forcément qu’il avait commencé par « assumer parfaitement », en novembre 2018, une certaine taxe sur les carburants dont le pays, et en particulier les fameux « territoires », ne voulait pas. Il avait été obligé de la retirer piteusement en urgence un mois plus tard. Trop tard. Ce manque de vista a déclenché le mouvement des Gilets jaunes, engendré des mois de crise sociale et coûté très cher à la France. La perspective d’une réforme des retraites « express » à marche forcée, contre l’avis des syndicats y compris celui du Medef, pourrait réveiller les citoyens silencieux et pour l’heure essentiellement occupés à leurs retrouvailles parfois délicates avec les jours heureux.

Emmanuel Macron, en pèlerinage dans le Lot pour sonder le pays, avait averti, le 3 juin, entre deux séries de confidences prolixes, qu’il serait peut-être amené à prendre des décisions difficiles qui l’empêcheraient de se représenter. Et si c’était vrai ? Comme un bouquet final ? Chiche.

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