Emmanuel Macron s'adresse aux Français le 14 juin 2020 - Capture vidéo.
Emmanuel Macron s'adresse aux Français le 14 juin 2020 - Capture vidéo.

L’Élysée a-t-il été transformé en salle de poker ? Un poker d’un genre nouveau, le poker électoral.

Autour du « tapis vert » ce lundi, Emmanuel Macron, Renaud Muselier et François Bonneau, respectivement président et président délégué de Régions de France ainsi que Jacqueline Gourault, ministre en charge de collectivités locales. Au cours de ce déjeuner, selon Le Figaro, le Chef de l’Etat a proposé un deal aux présidents de région : « Je vous aide (financièrement) si vous m’aidez à reporter les régionales après la présidentielle car j’ai des opposants politiques parmi vous ». Et Emmanuel Macron d’ajouter, comme s’il parlait de son patrimoine, « je ne vais pas donner de l’argent à mes adversaires ».

Renaud Muselier a transmis le message aux présidents de région. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les « opposants politiques » visés l’ont mauvaise. Les présidents Xavier Bertrand (Hauts-de-France), Valérie Précresse (Ile-de-France) et dans une moindre mesure Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhone-Alpes) lorgnent tous vers la présidentielle. Et un changement de calendrier ne peut que contrarier leurs ambitions.

Mais au-delà un tel changement de calendrier électoral « pour convenance personnelle », ce serait du jamais vu. C’est à peine croyable. Le second tour des municipales et la défaite cuisante des macronistes n’a pas encore eu lieu. Mais Emmanuel Macron travaille déjà aux élections suivantes, les régionales et surtout à la présidentielle en ligne de mire. On apprenait la semaine dernière, aussi grâce au Figaro, qu’Emmanuel Macron s’était adressé à ses soutiens financiers londoniens et avait évoqué eux une possible démission et donc un calendrier électoral là aussi manipulé.

Quelle agitation en pleine crise sanitaire et économique ! Une agitation qui montre qu’Emmanuel Macron a clairement conscience de l’impasse dans laquelle il se trouve.

Macron a perdu une bonne partie de la gauche. Les élections municipales le démontrent, tout comme l’éclatement du groupe LREM à l’Assemblée. Il sait que désormais son salut électoral ne pourra venir que de la droite. Mais sur ce terrain, les adversaires crédibles sont tellement nombreux que le risque d’échouer est très important. On se souvient de l’échec de Balladur face à Chirac en 1995. Et le scénario qui se profile est bien comme en 95 celui d’une droite divisée entre LR et LREM.

Le risque d’être éliminé pour Emmanuel Macron est d’autant plus important que les forces qui ont porté Emmanuel Macron pourrait se tourner vers l’une de ses alternatives. Valérie Précresse, François Baroin, Xavier Bertrand ou même Edouard Philippe. Quelle différence en terme politique cela ferait-il pour ces forces libérales qui n’ont d’autre boussole que l’argent et le business ?

L’instrumentalisation du projet décentralisateur

Emmanuel Macron instrumentalise donc le projet décentralisateur. L’échec de l’État central et régalien est dans cette crise sanitaire patent et il offre à Emmanuel Macron l’opportunité de donner à des présidents de région ce qu’ils cherchent depuis plusieurs années.

Valérie Pécresse, Xavier Bertrand ou même Carole Delga, la présidente PS de la région Occitanie militent pour l’accroissement des pouvoirs des régions notamment dans le domaine économique. « En rapprochant la décision du terrain, il y a une plus grande réactivité et une plus grande efficacité », plaidait Carole Delga dans une interview à La Tribune. Et bien avant la crise sanitaire, Xavier Bertrand comme Valérie Pécresse lorgnaient sur les Agences Régionales de Santé aujourd’hui rattachées au ministère de la Santé. Avec un argument démocratique. Aujourd’hui les directeurs d’ARS, nommés par le président de la République en Conseil des Ministres, ont une autonomie très large et ne rendent pas directement compte aux citoyens de leur région. D’où la volonté des présidents de région d’intégrer la politique régionale de santé à leurs prérogatives et estiment-ils avec la légitimité démocratique qui découlerait des élections régionales.

« L’organisation de l’État et de notre action doit profondément changer. Tout ne peut pas être décidé si souvent à Paris » a déclaré Emmanuel Macron dimanche soir lors de son allocution télévisée. Les présidents de région, les départements représentés par Dominique Bussereau, comme les maires dont l’association est présidée par François Baroin, tous sont demandeurs.

Mais la modification du calendrier électoral à 9 mois d’une élection apparaitra pour ce qu’elle est une basse manœuvre politicienne. Le projet décentralisateur vaut mieux que cela. Il nécessite un vrai débat démocratique et citoyen. Et celui-ci ne peut avoir lieu que lors de la présidentielle ou à l’occasion d’un référendum.

Un référendum ? Emmanuel Macron l’envisage pour les mesures issues de la Convention Citoyenne sur le Climat. Alors pourquoi pas sur une question aussi importante que la décentralisation ?
Le Général de Gaulle, dont Macron ne cesse de se réclamer, avait convoqué un référendum en 1969 sur le sujet de la régionalisation. Il avait mis son mandat dans la balance. Le Non l’ayant emporté De Gaulle avait alors démissionné.

C’est d’une autre grandeur que les fourberies auxquelles se prête Emmanuel Macron en pleine crise économique et sanitaire pour tenter de sauver une présidentielle très mal engagée.

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